Pourcentages de réussite aux items de français et de mathématiques à l'entrée en sixième selon le type
d’établissement fréquenté - France métropolitaine, septembre 2005 (M.E.N., 2005).
b. ...l’évolution de la société ?
On invoque souvent la responsabilité des jeux vidéos, de la télé, du chômage, des parents, ou même une « incompatibilité
culturelle »...
c. ...aux « pesanteurs scolaires » : élitisme républicain et professeurs d’un autre âge
?
L'échec scolaire serait dû à plusieurs facteurs : des programmes trop chargés, des horaires trop lourds, les
redoublements, la sélection, les méthodes trop directives des professeurs ou encore leur obstination à enseigner leur discipline...
On a même recours à l'idée d'une « constante macabre » selon laquelle les professeurs réserveraient inconsciemment un
certain pourcentage de mauvaises notes à leurs élèves, poussés par la pression sociale...
Enfin, les enseignants seraient trop attachés à leur statut et à leurs horaires, donc responsables de l'échec des
élèves.
3. Vrais problèmes, fausses solutions : de l’égalité à l’égalitarisme
a. Céder à la société
On peut noter plusieurs dérives, qu'il s'agisse de
− succomber aux modes : les T.I.C.E. (technologies de l'information et de la communication dans l'éducation) sont servies
à toutes les sauces. Certes, elles sont un outil intéressant, mais pas une fin ni un objectif en soi.
− s’adapter aux comportements violents voire les tolérer, au point que certains établissements sont devenus des zones de
non droit.
− faire entrer les parents à l’école, ce qui fait entrer la société à l'école et éclater son cadre. Les établissements
n'ont pas à s'adapter localement et à répondre aux demandes des parents.
− faire éclater le cadre national de l’enseignement.
b. Repenser les exigences
Un certain nombre de réformes et de mesures contribuent à casser l'école :
− la révision à la baisse des programmes et des contenus d’examen. Par exemple, la grammaire et l'orthographe ne donnent
plus lieu à aucune évaluation ni sanction.
− les quotas de réussite fixés à l’avance et l'institutionnalisation du «passe-dégage », tout comme la « remédiation
perpétuelle », qui ne font qu'abaisser le niveau d'exigence et font en sorte que plus aucun élève ou presque ne redouble quel que soit son niveau.
− la révision des « rythmes scolaires ». On cherche systématiquement d'autres modèles jugés moins harassants ou plus
propres à l'épanouissement. Le système allemand fait aujourd'hui figure de modèle, alors même que l'Allemagne est précisément en train de le remettre en question.
− le type d'évaluation préconisé : on n'évalue plus les connaissances mais les « compétences ». Le socle commun défini
par le ministère demande d'évaluer non plus des savoirs ou des savoir-faire mais des « savoir-être ». Désormais, ce qui compte est de faire preuve d'esprit d'initiative ou de savoir
travailler en groupe, concepts qui nous viennent droit du monde de l'entreprise.
c. Changer le métier de professeur
Il est grand temps de redonner au professeur le rôle qui lui revient, à savoir d'instruire, de transmettre des savoirs et
des savoir-faire.
− la promotion des « méthodes actives » et des pédagogies constructivistes fait de l'élève l'artisan de sa propre
éducation : on lui demande de construire le cours tout seul.
− le développement de l’inter/pluri/trans-disciplinarité casse les compétences propres aux professeurs : ces derniers se
voient sommés de faire des « projets » fourre-tout, où il s'agit d'enseigner tout en même temps, la géographie et les sciences par exemple.
− l'enseignant a été transformé en animateur socio-culturel sans compétence disciplinaire particulière – avec horaire et
salaire en conséquence...
− le professeur est mis au pas via l’autonomie de l’établissement et le conseil pédagogique, qui accordent davantage de
place et de crédit aux chefs d'établissement, aux personnels de l'éducation et aux parents quand il s'agit de juger de l'acquisition des savoirs.
Conclusion : fin de l’Ecole républicaine, hasard ou complot ?
• Une alliance contre-nature
Ce système regroupe des gens de droite et de gauche. A droite, les ultra-libéraux, pour qui l'école coûte trop cher et
selon qui la mise en concurrence des établissements permettrait de faire le tri. A gauche, l'élève est mis au centre et l'école doit être ludique et plaisante. L'enfer est pavé de bonnes
intentions, et on confond ici l'objectif, à savoir la construction de citoyens et la liberté, et le moyen : les pédagogistes de gauche souhaitent que la liberté soit, d'emblée, un
moyen.
Cette alliance droite-gauche doit être contrée.
• Le risque libéral, la charité contre l’égalité
Si l'école vise l'égalité des chances, ce n'est certainement pas en faisant la charité aux élèves issus des milieux les
moins favorisés qu'elle accomplira sa mission. La charité telle que la pratique Descoings à Sciences Po, où les boursiers se voient admis sans passer le concours d'entrée, doit être
combattue.
L’opportunité républicaine, le choix de la transmission et de l’exigence, demeure la seule issue. Contrairement à ce que
préconisent des associations telles qu'S.O.S. Education ou Créer son école, l'école républicaine fonctionne et le salut ne viendra pas de son démantèlement.
N.D.L.R.: Claire Mazeron est professeur agrégé de géographie et Vice-Présidente du S.N.A.L.C. (Syndicat national des
lycées et collèges). Membre du jury du C.A.P.E.S., elle siège également au conseil supérieur de l'éducation. Elle est l'auteur d'une Autopsie du Mammouth - L'éducation nationale respire-t-elle encore ?, Paris, Jean-Claude Gawsewitch éditeur,
2010.