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Pour En Savoir Plus Sur Nous...

  • Section de Toulouse-Languedoc d'Action française
  • Refondée en 2008 après une période d'hibernation par le Délégué régional de l'Action française dans le Grand Sud-Ouest Vincent Gaillère, la section de Toulouse & Haut-Languedoc rayonne sur la Haute-Garonne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Lot, l'Aude, l'Aveyron, l'Ariège et les Pyrénées-Orientales.
  • Refondée en 2008 après une période d'hibernation par le Délégué régional de l'Action française dans le Grand Sud-Ouest Vincent Gaillère, la section de Toulouse & Haut-Languedoc rayonne sur la Haute-Garonne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Lot, l'Aude, l'Aveyron, l'Ariège et les Pyrénées-Orientales.

Pas d'exclusive chez nous... sauf contre l'Anti-France!

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est national

est nôtre.

Le Duc d'ORLEANS.

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"Que faire?" La réponse de Maurras!

"Pas de doctrine

sans action,

pas d'action

sans doctrine!"

(MAURRAS)

 

Archives Militantes De L'action Française-Toulousain Depuis 2007!

18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 08:00

 

On lira ci-après un article publié par un professionnel de la sécurité rapprochée dans la revue L’Auditeur de l’Institut National des Hautes Etudes sur la Sécurité et de la Justice, n° 34 de janvier 2011. Après les dérives policières de l'ère Sarközy et alors que la sécurité du nouveau président de la République connaît quelques ratés, pour ne pas dire un certain amateurisme, il nous a semblé intéressant de le proposer à nos amis. Bien que son auteur soit un républicain farouche, l'article relève par le menu les abus auxquels mène la protection des "élus du peuple". L'enseignement politique à en tirer est que l'abus par la profession politique de ses privilèges est inhérent à la Démocratie. On y voir le Régime au naturel, dans les privilèges des "princes qui nous gouvernent". Le titre, intertitres et soulignements sont de la Rédaction du blogue.

P.S. Trois ans après, la guerre des polices fait toujours rage dans la sécurité présidentielle: http://www.atlantico.fr/decryptage/guerre-tete-gspr-chuchotements-soubresauts-et-bavures-autour-protection-francois-hollande-gilles-gaetner-2138076.html

A.F.-Toulouse & Haut-Languedoc

  

« La France vous aime, Majesté, vous ne risquez rien ! ».

 

C’est par ces mots que Louis Barthou, ministre des affaires étrangères, accueille le roi Alexandre Ier de Yougoslavie et l’accompagne dans la mort lors de l’assassinat de ces deux personnalités le 9 octobre 1934 à Marseille. Cet événement est à l’origine du S.V.O.S.P.H. (service des voyages officiels et de la sécurité des hautes personnalités) en 1935, devenu en 1994 le S.P.H.P. (service de protection des hautes personnalités). La protection des hautes personnalités a toujours constitué une préoccupation des gouvernants : assurer la sécurité du Chef, du Roi, du Président!

 

I/ Définitions préliminaires 

 

Protection rapprochée

et accompagnement de sécurité

d’une haute personnalité

 

La distinction est importante: l’accompagnement de sécurité concerne 1 ou 2 gardes du corps agissant ponctuellement se distingue de la protection rapprochée nécessitant au moins 3 gardes du corps présents en permanence au minimum lors des déplacements  de la personnalité. Cette conception de la Police française est basée sur l’observation scientifique: pour couvrir les 360° indispensables à une bonne sécurité, il faut être 3. Même si la conception militaire du travail en binôme existe, elle n’est pas retenue ici.
 

Se pose également le problème de l’endroit familier, voire du domicile, et donc de la vie privée de la personnalité qui accepte mal la présence d’agents de sécurité dans une sphère qu’elle estime à tort souvent sécurisée : les agressions de Bakhtiar, Voynet, Douste-Blazy, Delanoë… permettent d’affirmer qu’aucun endroit n’est vraiment sûr et qu’une véritable protection ne subit pas de rupture de continuité, elle s’exerce en tous temps et en tous lieux.

 

La notion de "haute personnalité"

 

 Un chef d’Etat ou de gouvernement est une haute personnalité mais cette qualification est moins évidente pour les membres d’un gouvernement ou d’autres institutions, voire des proches. Tout dépend de l’importance que chaque pays accorde à la notion de personnalité. En fait, le critère essentiel est dans la plupart des cas l’appartenance au monde politique.
 

Ainsi l’attribution d’une protection obéit à 2 critères: le rang protocolaire  et le degré de menace évalué en France par l’U.C.L.AT. (unité de coordination et de liaison antiterroriste) de la police nationale qui évalue la menace sur une échelle allant du niveau 1 (menace imminente d’attentat) au niveau 4 (risque faible ou inexistant). En pratique, il y a souvent confusion entre protocole et risque.

 

II/ La compétence territoriale

 

Lors d’une visite d’une personnalité étrangère, il appartient au pays d’accueil d’assurer la sécurité de cette personnalité. Malheureusement certains (Etats Unis, Russie, France dans une moindre mesure, et même la Libye (!) ont pris la fâcheuse habitude d’imposer leurs propres normes de sécurité en apportant leurs véhicules officiels, en particulier. Les Etats Unis sont les champions dans ce domaine en imposant systématiquement la présence des 2 voitures du président américain. La voiture officielle est conduite par un agent américain et un membre du Secret Service occupe le siège avant. J’ai vécu cette situation lors des cérémonies du bicentenaire de la Révolution en 1989, étant en charge de la sécurité de la délégation américaine (900 personnes dont 300 agents du Secret Service). Il m’a fallu 3 semaines de discussions houleuses pour obtenir que mon adjoint soit assis dans la voiture du président américain à Paris. Cette décision était motivée par des arguments sécuritaires (il me fallait une liaison radio pour pouvoir prendre rapidement une décision en cas d’incident). Je regrette que cette pratique que j’avais instituée ne se soit pas répétée mais depuis nous avons eu le spectacle de la visite de Kadhafi en France (Mercedes blanche, tente à Marigny et autres  exigences !) Au-delà des aspects sécuritaires, c’est quand même une question de souveraineté nationale !
 

Sur le propre territoire français, le S.P.H.P. qui a compétence exclusive pour la protection des chefs d’Etat et de gouvernement étrangers en visite officielles rencontre des difficultés à accompagner la personnalités dans des lieux protégés comme les pistes d’aéroports ou les zones militaires comme Taverny où lors d’une visite du Président Moubarak, j’ai eu le plus grand mal à l’accompagner au P.C. de commandement de la force nucléaire alors que les 2 gardes du corps égyptiens n’avaient, eux,  aucun problème ! Il semble bien que certaines institutions officielles ignorent que la protection rapprochée d’un chef d’Etat en visite en France est en premier du ressort du S.P.H.P.  et en second des officiers de sécurité étrangers et ceci en tous temps et en tous lieux.

 

III/ La protection sous ses différents aspects

 

A/ Les 3 types de protection :

l’agression, l’accident, l’image

 

1 - La protection contre l’agression physique:

 

Tout le monde pense bien évidemment à la protection qui vise à empêcher une agression contre l’intégrité physique d’une personnalité. Ces agressions ont pour conséquence la mort de la personnalité (Kennedy, Sadate, Bhutto, Rabin…), ou une blessure (Reagan, Berlusconi, Delanoë, Douste-Blazy), ou n’aboutissent pas (Bush, Chirac). Mais ces agressions ont le mérite de révéler au grand jour les forces mais aussi les faiblesses des services de protection rapprochée.
 

En pratique, le complot est assez rare dans ce domaine, il s’agit la plupart du temps de l’acte d’un déséquilibré qui agit seul, dans un espace public. Ces caractéristiques rendent ainsi difficile l’évaluation de la menace par les services spécialisés. L’événement a lieu en quelques secondes et dans la quasi-totalité des cas les services de protection rapprochée n’ouvrent quasiment jamais le feu car d’une part le but recherché est l’évacuation de la personnalité (« la meilleure défense, c’est la fuite »), d’autre part il faut n’y a préserver la vie de l’agresseur pour les besoins futurs de l’enquête judiciaire et enfin le temps manque pour la riposte. Ainsi, depuis 30 ans,  le S.P.H.P. n’a tiré qu’une seule fois, en 1983, pour protéger Charles Hernu lors d’une cérémonie d’obsèques de nos soldats morts au Liban.
 

Quelques exemples d'agression

 

L’agression d’une personnalité a fortiori quand elle est filmée a au moins le mérite de souligner les forces et surtout les faiblesses des services spécialisés : les démonstrations d’entraînement sont toujours impressionnantes, mais la réalité est tout autre : erreurs et fautes fréquentes (mauvaise décision, absence de réaction, absence d’anticipation, agents mal placés, vestes fermés …). :
 

- 30 mars 1981 : attentat sur Reagan : très bonne réaction du Secret Service qui évacue le président dans sa voiture,  mais faute énorme de contrôle en amont du pool de presse dans lequel l’agresseur Hinkley se trouvait, ayant de plus montré un comportement agité !
- 26 février 2000 : Lionel Jospin, caillassé par des militants islamistes en sortant  de l’université Bir Zeit en Cisjordanie, est heureusement protégé par les policiers français du S.P.H.P. (vue l’incompétence des services locaux) qui déploient la mallette de protection balistique (elle y gagne l’appellation de mallette Jospin !): la bonne décision n’aurait-elle pas été de ne pas sortir ?
- 24 juin 2008 : un coup de feu retentit sur l’aéroport de Tel-Aviv lors de la visite du président Sarkozy et de son épouse : les policiers du G.S.P.R. les font monter dans l’avion en les rendant encore plus visibles alors qu’il aurait été plus judicieux de les mettre à l’abri derrière l’échelle de coupée en déployant les mallettes de protection  balistiques !
- 14 décembre 2008 : double lancer de chaussure par un journaliste irakien sur Bush : absence totale de réaction des policiers irakiens et surtout du Secret Service mal placé, manquant d’initiative et ne tenant pas ses secteurs d’observation.
- 24 décembre 2009 Benoit XVI est agressé par la même déséquilibrée que l’année précédente : mauvaise analyse des risques !
 

En résumé, il convient que l’officier de sécurité soit à sa place et réagisse en temps utile, encore faudrait-il que ses mains ne soient pas encombrées par des dossiers ou un parapluie comme on a pu le constater sur les déplacements de Chirac ou Sarkozy !

 

2 - La protection contre l’accident:

 

Cet aspect de la protection fait partie intégrante du domaine de la sécurité rapprochée même s’il est moins médiatique que l’agression physique. Il s’agit ici d’éviter la chute (Gérald Ford !) ou la bousculade. J’étais en charge du premier ministre d’Israël, Itzhak Rabin qui sur le tapis rouge du Quai d’Orsay a raté une marche : j’ai pu le retenir, car j’étais juste derrière lui, malgré les réticences du service du Protocole et de la Presse officielle à voir des agents de sécurité dans un endroit certes sécurisé, mais où un accident est toujours possible. La sécurité rapprochée doit donc s’exercer en tous lieux mais il ne faut pas tomber dans l’excès comme les agents du Secret Service qui dans le hall de l’Elysée ont bousculé Michel Rocard premier ministre qui voulait serrer la main de George Bush lors des cérémonies du bicentenaire en 1989! Cet incident a entraîné des excuses officielles américaines et nous a permis de travailler dans une ambiance nettement plus détendue. La présence effective des agents de sécurité même dans les lieux sécurisés est indispensable. Ainsi, si les policiers du S.P.H.P. et du Bka (Bundeskriminalamt) allemand avaient été à leur place, la chancelière Merkel ne se serait pas fait bousculer par un photographe sur les Champs Elysées lors des cérémonies du 11 novembre 2009.

 

3 - La protection contre les atteintes à l’image :

 

C’est la dernière fonction et non la moindre d’une bonne protection de sécurité. La mission de protection consiste enfin à veiller à la protection de l’image de la personnalité vis-à-vis de la Presse notamment : les policiers du S.P.H.P. et les gendarmes du G.S.P.R. ont toujours fait écran pour éviter la prise de photos du président Mitterrand pris de malaise. Les officiers de sécurité ne sont pas là pour empêcher les journalistes de remplir leur mission, mais ils peuvent intelligemment s’interposer quand ils sentent qu’un événement fâcheux pour l’image de leur personnalité va se produire: le désormais fameux « Casse-toi, pauvre con !» du président Sarkozy au Salon de l’agriculture le 23 février 2008 n’aurait jamais dû se produire, il suffisait de s’interposer ! De même, étant dans le hall de l’hôtel de Crillon, au milieu d’une foule dense de journalistes, lors d’une visite de Boris Eltsine, j’ai pu l’évacuer immédiatement quand portant un toast à l’amitié franco-russe, il s’est renversé sur sa cravate son verre de champagne : aucune photo n’a été prise, les journalistes présents ne s’étant même pas rendu compte de l’incident.

 

B/ La nature de la protection et ses abus 

 

Une protection rapprochée (et non un simple accompagnement de sécurité) d’une personnalité se fait en général lors des déplacements à pied avec un triangle de sécurité (3 agents) au minimum. Lors des déplacements en voiture il faut ajouter les 2 conducteurs. En fait avec une équipe en précurseur, une voiture précédent celle de la personnalité et une voiture suiveuse on arrive très vite à 8-10 agents, chiffre qu’il faut multiplier par 2  pour tenir compte des relèves, vacances... En France, ne bénéficient de ce dispositif que le président de la République (80 policiers du G.S.P.R. en charge également de la demi-douzaine de proches du chef de l’Etat, le premier ministre (40 policiers) et les ministres dits régaliens (intérieur (22 policiers !), défense, affaire étrangères et justice.  Une visite de chef d’Etat étranger peut mobiliser 40 policiers du S.P.H.P. Le président des Etats Unis se déplace avec 300 agents du Secret Service alors que la sécurité de chefs d’Etat ou de gouvernement de pays de l’Europe du Nord ne rassemble que quelques agents ! Les déplacements des personnalités se font très souvent, en France, avec l’utilisation des gyrophares et sirènes de police. Le code de la route n’autorise ces dispositifs qu’en cas d’urgence (police secours, pompiers…). Bien évidemment, la présence de motards de la police nationale en uniforme permet de s’affranchir légalement des règles habituelles de la circulation, mais cette pratique est subordonnée à la notion d’urgence notamment justifiée par la sauvegarde des vies humaines. Par conséquent, en aucune façon, l’utilisation des couloirs de bus, des sirènes et des gyrophares n’est autorisé sur les voies ouvertes à la circulation pour se rendre à un rendez-vous-même pour le Président de la République. Cette pratique a déjà entraîné des accidents corporels dont ont été victimes de simples citoyens et lors de la formation au S.P.H.P. on apprend parfaitement à gérer la sécurité lors des arrêts du véhicule dans la circulation : j’ai moi même demandé à ce que l’on respecte la signalisation lors d’un déplacement de Moubarak de l’hôtel de Marigny au Val de Grace. En fait, ce qui est le plus choquant, c’est l’utilisation des signaux prioritaires pour frayer dans la circulation un passage au véhicule d’une personnalité étrangère en déplacement purement privé, la voiture de la personnalité étant suivi d’ailleurs de dizaines d’autres qui toutes franchissent les feux rouges. Cette situation typique de la France ne se retrouve pas ailleurs en Europe.
 

Peut-on protéger une personnalité qui se met elle-même en situation illégale ? Cette hypothèse peut surprendre et pourtant elle existe. C’est le cas de Jean-Marie Le Pen, protégé par le S.P.H.P. depuis les événements de Carpentras en 1990,  qui va de lui-même se heurter aux forces de la police nationale : dans ce cas le S.P.H.P. considère qu’un de ses membres ne peut se mettre lui-même en position illégale, sa responsabilité pénale et civile pouvant alors être engagée.

 

Le cas du suicide

 

Doit-on protéger une personnalité contre elle-même ?: Cette situation paradoxale est plus fréquente que l’on ne croit :
 

Je pense tout d’abord au suicide de Pierre Beregovoy avec l’arme de service du policier du S.P.H.P. laissé dans la boite à gants de la voiture : cette faute est inexcusable et tient d’une part au manque de vigilance du fonctionnaire qui, ayant trop longtemps côtoyé une personnalité, a oublié  toutes les règles de sécurité. Je pense aussi à Berlusconi qui, après avoir reçu dans un meeting un objet qui le blesse au visage, est évacué par ses gardes du corps, mais qui ressort de son véhicule le visage en sang pour montrer à ses supporters qu’il ne va pas trop mal ! Quelle erreur: il fallait évidemment l’évacuer et le mettre en sécurité quelle que soit sa volonté, car il aurait pu y avoir une autre agression. Je pense aussi à toutes ces personnalités qui pensent – à tort – ne risquer rien parce qu’elles sont dans leurs circonscriptions (Longuet, Voynet, Douste-Blazy, Delanoë …). Je pense enfin à Jacques Chirac se heurtant à ses gardes du corps israéliens dans les rues de la vieille ville de Jérusalem, le 22 octobre 1996, leur disant en anglais de le laisser avancer avec cette phrase : « no danger ». Ce sont quasiment les mêmes mots que ceux prononcés 62 ans avant par  Louis Barthou ! Le même Chirac, victime d’un attentat par Maxime Brunerie le 14 juillet 2002 sur les Champs Elysées, aurait-il accepté devant les caméras de télévision d’être évacué par les gendarmes du G.S.P.R. ? Encore aurait-il fallu que ceux-ci soient en écoute radio des services de police, ce qui n’était pas le cas. L’attentat n’a été connu qu’1/4 h après, le président étant déjà installé dans la tribune officielle ! Il faut bien constater que le président a appris en même temps que le G.S.P.R. qu’il avait été victime d’un attentat alors qu’il était déjà installé dans la tribune officielle: Le même problème se pose toujours  aujourd’hui : en cas de tentative d’attentat dans une cérémonie officielle, la personnalité va-t-elle en  fait obéir à son service de sécurité ou privilégier l’aspect protocolaire et médiatique ?

 

IV/ Les exceptions françaises

en matière de sécurité :

 

A/ Le service responsable: chiffres et personnel 

 

En France, c’est le S.P.H.P., service de la police nationale, qui, depuis 2008, avec l’intégration du G.S.P.R., du G.P.P.N. (groupe de protection de la police nationale, qui a longtemps fonctionné sans existence réglementaire!) et de la 14ème section des Renseignements généraux de la préfecture de police (R.G.P.P.), a l’exclusivité des missions de protection des hautes personnalités ( à l’exception de quelques missions assurées par la D.C.R.I. et le G.I.G.N. au profit de personnalités civiles (renseignement) ou militaires.

 

Le S.P.H.P., c’est environ 800 policiers, dont 40 femmes (seulement 5% de l’effectif), avec une écrasante majorité de gradés et gardiens (700) alors qu’il y avait une majorité d’inspecteurs à l’époque du S.V.O., les officiers ne sont que 80 avec une majorité écrasante de commandants (60) et les commissaires (10). La moyenne d’âge est passée en quelques années de 43 à 38 ans. Mais ce service a de plus en plus de mal à recruter, les gardiens ne restant que 4 ans en moyenne. En résumé, ce service s’est fonctionnarisé dans le mauvais sens du terme (récupérations des heures supplémentaires entre autres). Les effectifs se répartissent entre G.S.P.R. (80), personnalités françaises (280), personnalités étrangères (130) et personnalités menacées (160 dont 40 pour la Corse).
 

Le S.P.H.P. dispose de 200 voitures, 4 motos civiles, 15 mallettes balistiques. Il a sa disposition  70 motos de la C.R.S. n° 1. Par contre il n’y a plus aucune voiture blindée affectée au S.P.H.P. Le S.C.A. (service central automobile) du ministère de l’intérieur dispose de 6 voitures blindées et l’Elysée de 3 véhicules blindés dont il faut bien constater que les vitres se baissent électriquement contrairement par exemple aux voitures de la gendarmerie royale en charge de la sécurité du premier ministre du Canada : la volonté politique française  a donc un poids supérieur aux exigences d’une véritable  sécurité !
 

Le S.P.H.P.  est le seul service de la police nationale strictement préventif et où tous les fonctionnaires ont passé des tests de sélection physiques et psychologiques et bénéficient une formation initiale d’1 mois, y compris les policiers recommandés par une personnalité, ce qui constitue indiscutablement un progrès par rapport aux pratiques du passé. Toutefois, les commissaires ne sont pas astreints à ces tests alors qu’ils sont en charge, sur le terrain, des opérations les plus importantes. C’est aussi le service où les 9 fonctionnaires de l’antenne de Strasbourg (sécurité du Conseil de l’Europe) ont une activité si restreinte qu’elle n’excède pas 6 jours par mois !
 

Armement, entraînement

et coordination des forces de l'ordre

 

Les policiers du S.P.H.P. disposent d’une arme de poing : le Glock-26 (et non le Sig Sauer) et aussi, cas unique en France, d’un poste radio par fonctionnaire: Toutefois, le système Acropol qui présente l’avantage d’avoir des communications cryptées n’est pas opérationnel pour les missions de protection (temps de latence trop important, appareil pas assez puissant lorsqu’il est sous une veste, mauvaises transmissions des voix aigues, mauvaise ergonomie …). Tous ces inconvénients conduisent les policiers du S.P.H.P. à privilégier l’usage du téléphone cellulaire. Cette situation constitue une régression par rapport au passé. Même si l’attentat contre Chirac a révélé les déficiences de communication, ce qui a entraîné l’affectation d’un policier du S.P.H.P. à la salle de commandement et d’information de la préfecture de police en cas d’événements importants, force est de constater qu’en 2010 le réseau Acropol Police est distinct du réseau Rubis de la gendarmerie. Cette absence de réseau commun police/gendarmerie est aggravé par le fait que les policiers et les gendarmes ne s’entrainent pas ensemble : sous Chirac, au sein même du  G.S.P.R. mixte police/gendarmerie, il n’y avait ni liaison radio, ni entrainement en commun. D’ailleurs, lors de l’A.V.C. de Chirac le 2 septembre 2005, les gendarmes du G.S.P.R.  n’ont pas informé le ministre de l’intérieur qui, devenu président, n’a gardé que des policiers au G.S.P.R. en 2007!

 

Actuellement, lors d’une visite d’état en France, la garde républicaine assure l’escorte moto et le S.P.H.P. qui assure la protection rapprochée. Que se passerait t-il en cas d’incident nécessitant une évacuation immédiate de la personnalité - les policiers du S.P.H.P.  devraient-ils renverser  une moto de la Garde? -, tout ceci parce qu’il n’y a ni entrainement en commun ni liaison radio directe !
 

Conduite des véhicules

 

Une autre spécificité française tient au véritable lobby des conducteurs de ministres: ainsi c’est un conducteur qui n’appartient pas au S.P.H.P. qui conduit le premier ministre François Fillon. Ce cas n’est pas isolé, mais plutôt la règle pour les membres du gouvernement et même du président (Pierre Tourlier avec François Mitterrand, Jean Claude Laumond avec Jacques Chirac). Certains conducteurs sont formés aux conduites de sécurité, mais pas tous, et surtout, aucun n’est armé ni n’a de liaison radio avec les policiers du S.P.H.P., ce qui constitue 2 inconvénients, étant précisé que le conducteur policier qui conduit une personnalité en protection rapprochée a aussi pour vocation, dès l’arrêt du véhicule, à couvrir un secteur d’observation et intervenir le cas échéant. Le conducteur est donc lui aussi un agent de sécurité et, comme le pilote d’un avion, il est un élément essentiel en matière de sécurité : c’est ainsi que le conducteur libanais  n’a eu aucun réflexe de sécurité lors de l’assassinat de notre ambassadeur Louis Delamare le 4 septembre 1981 à Beyrouth!

 

Plus généralement, la France est le seul pays d’Europe qui assure une sécurité pour tous les membres du gouvernement sans exception. Cette situation est règlementaire car prévue expressément à l’article 5 de l’arrêté de 2008. Est également réglementaire la protection permanente des anciens chefs d’Etat français (notes de Charasse et Jospin en 1985 et 2001). Ce dispositif est le même dans tous les pays européens. De même, sont parfaitement réglementaires les missions de protection des chefs d’Etat et de gouvernement en visite officielle ou privée en France (article 6) Par contre, la note du premier ministre Fillon de 2007 proscrivant l’emploi de motos d’escorte pour les déplacements privés n’est pas toujours respectée, notamment lors des séjours du président Wade (exception pour les chefs d’Etat de rang protocolaire exceptionnel, - cas prévu de façon ambigüe dans la même note !).

 

Evaluation des menaces

et attribution d'une protection aux personnalités

 

 

Par contre, à l’exception des chefs d’Etat ou de gouvernement en visite officielle ou privée en France, toutes les autres mesures de sécurité concernant toutes les personnalités françaises ou étrangères sont subordonnées à l’évaluation de la menace par l’U.C.L.AT. qui depuis 2007 évalue de 4 à 1 en fonction du risque croissant, les menaces sur une personnalité. Cette évaluation est révisée tous les 3 mois en ce qui concerne les protections permanentes.

 

En ce qui concerne toutes ces missions non institutionnelles, l’arrêté du 17 décembre 2008 prévoit expressément 2 dispositions:

1) La décision d’accorder ou de supprimer une protection ou un accompagnement de sécurité pour une personnalité française ou étrangère est prise par le ministre de l’Intérieur. Ce n’est ni le directeur général de la police nationale, ni le chef du S.P.H.P. qui décident mais uniquement le ministre : l’échelon politique et non technique est donc primordial dans ce domaine.
2) Cette décision est subordonnée règlementairement à l’avis d’une commission (article 13) qui dans tous les cas (sauf urgence) doit se réunir pour l’octroi ou la levée de toute mesure de protection ou d’accompagnement de sécurité. Cette commission présidée par le directeur de cabinet du ministre comprend les directeurs de la police et de la gendarmerie, le préfet de police, les chefs de l’U.C.L.AT. et du S.P.H.P., entre autres, ou leurs représentants. Cette commission est composée uniquement d’agents du ministère de l’intérieur et elle ne prévoit pas par exemple la présence de représentants du ministère des affaires étrangères ou de personnalités indépendantes.

 

Une simple réunion préparatoire a bien eu lieu mais cette commission ne s’est jamais réunie depuis 2 ans ! Force est de constater que le ministère de l’intérieur n’applique pas ses propres textes : le sujet serait-il trop sensible politiquement en particulier quand il s’agit de ne pas accorder ou de retirer une protection ? Sur le plan juridique, il est permis de penser que depuis 2 ans, les missions de protection et d’accompagnement ne sont pas exécutées dans des conditions réglementaires et sont de ce fait entachées d’irrégularités. L’idée de rationalisation qui a présidée à l’institution de cette commission était excellente mais l’absence de réunion de celle-ci pérennise la déconnexion entre la protection et le niveau de menace. C’est bien évidemment la levée brutale, un soir d’élections régionales, le 14 mars 2010, de l’ex-garde des Sceaux Rachida Dati qui a éveillé l’attention. Un ancien ministre ne garde pas sa sécurité après la fin de ses fonctions (à l’exception des ministres de l’Intérieur qui conserve par tradition et à vie des policiers du S.P.H.P. – cas unique  en Europe !). Y avait-il une telle urgence pour que la commission précitée (composée de hauts fonctionnaires disponibles et joignables en permanence)  n’ait pas eu le temps de se réunir ? C’est donc bien une décision purement politique n’ayant rien à voir avec la sécurité qui a été prise officiellement par le ministre de l’intérieur et par lui seul comme chacun s’en doute bien !

 

Les abus de la Démocratie

 

En pratique, beaucoup de personnalités françaises et étrangères ne faisant l’objet d’aucune menace, bénéficient des services du S.P.H.P. et ceci parfois depuis des dizaines d’années. Il y a par an, environ 250 missions privées de personnalités étrangères en visite en France (40% des missions et 25 % de l’activité de la sous-direction des hautes personnalités étrangères). 30 personnalités françaises qui ne sont pas menacées bénéficient de 2 à 5 fonctionnaires du S.P.H.P. Ainsi, 70 policiers sont affectés à des missions de confort  pour lesquelles le S.P.H.P. supporte le coût des déplacements et des frais de mission en France et aussi à l’étranger : les seuls déplacements des officiers de sécurité de Dominique de Villepin ont couté plus de 90.000 euros sur une seule année (2008), la mission de sécurité d’Ingrid Betancourt a couté plus de 120.000 euros uniquement en frais de mission, essentiellement, et c’est là le paradoxe, pour des voyages aux Etats Unis ! Relevons aussi le cas des candidats battus aux élections présidentielles qui depuis leur défaite bénéficient des services du S.P.H.P. à savoir François Bayrou et Ségolène Royal et citons également le cas de Michel Charasse qui bénéficie de la protection de 2 policiers du S.P.H.P. en Auvergne (mais pas à Paris !) et  pour lesquels la police nationale paye un loyer au propriétaire du studio qui se trouve être le même Michel Charasse ! Notons aussi les missions de sécurité au bénéfice des membres de familles royales saoudienne, des pays du Golfe et du Maroc qui laissent toujours planer le soupçon réel de remise de cadeaux ou d’argent! En réalité, la présence de policiers français, outre le fait qu’elle concurrence les missions de sécurité privée, n’est en fait justifiée que par des privilèges exorbitants du droit commun, notamment en matière de non-application du code de la route ! Par ailleurs, quand on sait que les frais de mission d’un fonctionnaire en France, sont limitées à moins de 50 euros par nuit d’hébergement et que le coût d’un hôtel de luxe à Cannes excède facilement les 500 euros, on peut se demander à quoi sert la sécurité, si les policiers sont obligés de se loger loin de la personnalité laissée sans surveillance la nuit, à moins qu’ils ne soient pris en compte pour tous leurs frais par  ladite personnalité ce qui pose quelques problèmes en matière de déontologie où une personne privée supplée aux dépenses d’un fonctionnaire de l’Etat avec les dérives potentielles que l’on imagine aisément.

 

Toutes ces missions de confort (ou de complaisance !) ont un coût que l’on peut raisonnablement chiffrer: 90 policiers et 6.000.000 d’euros chaque année (salaires et frais de mission) sont ainsi consacrés à assurer une protection à des personnalités qui ne sont pas menacées ! D’autant que chaque année, le déficit chronique du S.P.H.P. de plusieurs dizaines de milliers d’euros est rattaché à l’exercice suivant en contradiction avec les dispositions des lois de finances ! Le bon sens allié à une saine rigueur budgétaire voudrait que toutes ces missions de confort permanentes ou temporaires pour des personnalités françaises ou étrangères n’ayant ni rang protocolaire suffisant et ne subissant aucune menace soient toutes supprimées afin de permettre au S.P.H.P. de se recentrer sur sa vraie mission de protection.

 

La réponse ne peut venir structurellement que de l’échelon politique au plus haut niveau!

 

Eric Stemmelen

 

Source: http://police.blog.lemonde.fr/2011/03/28/la-securite-des-hautes-personnalites/

 

L'auteur: Commissaire divisionnaire en retraite, M. Stemmelen  a un parcours professionnel assez atypique: en effet, il n'a pratiquement jamais exercé dans les services de police en France, ce qui confère à son opinion une certaine liberté vis-à-vis des clans politiciens qui dirigent la Police française! En revanche, il a passé 8 ans à la sécurité des chefs d'Etat au S.P.H.P., 1 an au F.B.I. et à Scotland Yard, 6 ans comme attaché de sécurité intérieure au Japon et aux Pays-Bas et enfin 4 ans au ministère des affaires étrangères en charge de la sécurité de nos ambassades et consulats. Il est aussi expert du haut comité français pour la défense civile et de l'institut national des hautes études de la sécurité et de la justice.
 
 
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publié par la Section de Toulouse & Haut-Languedoc - dans Politique intérieure

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