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Pour En Savoir Plus Sur Nous...

  • Section de Toulouse-Languedoc d'Action française
  • Refondée en 2008 après une période d'hibernation par le Délégué régional de l'Action française dans le Grand Sud-Ouest Vincent Gaillère, la section de Toulouse & Haut-Languedoc rayonne sur la Haute-Garonne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Lot, l'Aude, l'Aveyron, l'Ariège et les Pyrénées-Orientales.
  • Refondée en 2008 après une période d'hibernation par le Délégué régional de l'Action française dans le Grand Sud-Ouest Vincent Gaillère, la section de Toulouse & Haut-Languedoc rayonne sur la Haute-Garonne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Lot, l'Aude, l'Aveyron, l'Ariège et les Pyrénées-Orientales.

Pas d'exclusive chez nous... sauf contre l'Anti-France!

Tout ce qui

est national

est nôtre.

Le Duc d'ORLEANS.

Vous Cherchez, Nous Trouvons!

"Que faire?" La réponse de Maurras!

"Pas de doctrine

sans action,

pas d'action

sans doctrine!"

(MAURRAS)

 

Archives Militantes De L'action Française-Toulousain Depuis 2007!

25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 08:00

Vingt "intellos" bien en cour réclament la réforme de la construction européenne dans un sens qui n'ignore plus les peuples et leur volonté de rester eux-mêmes. Combien de fois avons-nous entendu de la part de politiciens les plus divers à Gauche et à Droite cette antienne lénifiante! Elle ne fait que perpétuer l'idée que la construction européenne serait nécessaire, profitable aux peuples et bonne en soi.


Depuis les origines, l'habileté de l'Europe des marchands a été de faire croire que les abdications de souveraineté, qu'on consentait pour son édification, étaient une garantie de la paix et de la prospérité sur le continent, alors qu'il était patent avant 1991 que c’était clairement le parapluie stratégique ouvert par la présence américaine qui les permettait; après, l'absence de menace directe rendait cet argutie caduque! On ne pouvait plus cacher les failles juridiques et sociales de ce monstre.


La menace terroriste actuelle, loin de justifier la continuation de cette erreur historique, est, bien au contraire, une conséquence de l'esprit économiste qui prévaut depuis 1945: en France comme en Allemagne, pour suffire à la reconstruction après-guerre et surtout pourvoir à la croissance dans les années 1960-70, l'appel massif à une main-d'oeuvre étrangère a créé dans nos pays un appel d'air pour l'expansion de l'Islam et ses déviations.


Solutions d'Action française au problème européen


Il serait vain de croire remédier à cette situation par "plus d’Europe". Seuls, la sortie sans délai, - au besoin au mépris des traités, - de l'Union européenne, la fermeture des frontières, la réservation du marché du travail aux seuls nationaux, l’expulsion des étrangers dangereux, l’internement des Français d'extrême-Gauche qui rêvent d'anarchie et d’extrême-Droite qui veulent la guerre civile devraient normalement suffire à régler ce problème d'ordre public. Cela suppose l'avènement d'un gouvernement national fort et indépendant.


Après le Brexit, qui confirme vingt-cinq ans de désaffection des peuples pour la technocratie de Bruxelles et de Francfort, il ne faudrait plus se tromper d'adversaire: comme nous l'avons affirmé lors du référendum ( http://af-aquitaine.over-blog.com/2016/06/referendum-anglais-comment-nous-sortirons-de-l-europe.html ). Pour l'Action française depuis Pierre Pujo, il ne s'agit pas de réformer l'Europe, mais de la détruire. Nous devons œuvrer pour recouvrer totalement notre souveraineté en matière économique et politique. Les limitations techniques de souveraineté qu'on peut accepter ne devront jamais, à l'avenir, toucher au politique.


Inutilité de l'autoritarisme


L’expérience du combat contre les projets de constitution a montré les limites du référendum: les politiciens de tous les pays savent toujours, sur les injonctions de Bruxelles, le contourner des résultats qui ne leur conviennent pas. Elle a également prouvé que la Démocratie ne garantit pas le maintien de notre liberté de Peuple: l'Europe pose implicitement la question du Régime et de sa nocivité.


Encore faut-il ne pas y apporter de mauvaises réponses, démocratiques elles aussi, plébiscitaires ou autoritaires; comme l'a montré le bonapartisme, l'autorité pour l'autorité ne suffit pas sur le long terme! Maurras aurait demandé: L'autorité de qui? Pour faire quoi? Le caporalisme d'un chef ou d'une cheftaine boy-scout ne remplace pas la vraie légitimité, celle qui se construit jour après jour par la confiance gagnée par l'honnêteté et les services rendus à une Cause, - cela vaut pour les Etats comme pour les groupuscules, hein, Bel-Ker!


Pourquoi et comment prendre le Pouvoir?


Normalement, pour modifier l'opinion publique dans le sens de l'intérêt national, l’Action française use de tous les moyens à sa disposition, même légaux, mais il faut bien reconnaître que ceux ci se font de plus ne plus rares. Il deviendra de plus en plus évident que, pour sortir de l’Europe, il faut prendre le Pouvoir et en changer la nature. Le Brexit montre que cela est extrêmement difficile avec une classe politique étroitement imbriquée, comme le veut la logique de la Démocratie électoraliste, avec les intérêts économiques mondialistes.


Avant d'agir, il faut aussi réfléchir si le Roi, qu'à l'A.F. nous appelons au secours dans le désert, en serait capable. Un Roi qui en veuille et qui en ait, certainement; toutefois, la lucidité reconnait qu'aucun prétendant présomptif ne remplit ces conditions aujourd'hui. Nous ne nous battons pas pour une monarchie bourgeoise-conservatrice, parlementaire en termes de constitution et moralisatrice en matière spirituelle, appuyée sur Auteuil-Neuilly-Passy et autres "bonnes banlieues" (une base politique "LMPT" serait pas de base du tout!)! La vieille bourgeoisie française, avec son hypocrisie foncière et son égoïsme sacré, n'est pas une classe d'avenir: le nationalisme s'adresse au Peuple tout entier. Dès lors, une solution d'attente s'impose: dans l'Interrègne, les nationalistes doivent assumer la régence du Pouvoir, selon des modalités à définir. La politique n'est pas l'idéalisme, mais le réalisme.


Souhaiter démagogiquement un énième référendum sur le sujet n'est donc qu'une voie de garage; même dans le cas d'une victoire, ce ne serait que remporter une victoire à la Pyrrhus. Rappeler Sarközy, élire Mlle Le Pen ou couronner M. Jean d'Orléans ne vaudrait rien du tout pour la France!


Les remords des clercs après leur trahison?


Comme on le verra plus bas, il est par ailleurs amusant de voir comment, et avec quelle rapidité, les commentateurs des médias officiels et officieux, dès qu'ils sont écartés des postes lucratifs, deviennent les défenseurs de la liberté d'expression, des opinions "dissidentes" et du pluralisme doctrinal, alors même qu'ils ne renient pas entièrement leurs opinions progressistes: la quadrature du cercle!


L'Action française-Grand Sud-Ouest l'a toujours dit: L'anticonformisme, la pseudo-"dissidence d'esprit" ne sont, dans la Société consumériste, qu'un créneau commercial parmi d'autres, qui ne menace en rien l’Ordre établi. Dans les années 60 et 70, la "rébellion" se situait à Gauche, le Pouvoir gaulliste et giscardien la tolérait fort bien. Aujourd'hui et depuis 2005-2007, elle s'affiche dans la Droite dure, et, depuis 2012-13, à l'extrême-Droite, et le Pouvoir ultralibéral-libertaire ne la tolère que mieux, puisqu'elle lui permet de renouer avec les fondamentaux de la IIIème République antiréactionnaire et "progressiste".


Ainsi, il n'y a pas lieu de s'en féliciter comme d'un succès, mais d'y voir une menace pour l'intégrité de nos doctrines, pour la cohésion de notre parti, pour le progrès de notre Cause. Le succès ne viendra pas du nombre, il viendra de la résolution des hommes d'Action française (les vrais) et des évènements. Il faut se répéter inlassablement que, dans un Système politico-économico-social libéral, les oppositions sont nécessaires pour faire croire au pluralisme et à la possibilité d'une alternance interne et externe, d'une "autre Europe", et, si elles sont caricaturales, pour renforcer le Pourvoir en place quelle que soit sa "couleur". Donc, ce ne sont pas tant nos idées qui sont à édulcorer ou à faire évoluer, mais leur expression: le radicalisme, l'extrémisme et l'activisme, qui sont à proscrire de la panoplie de l'Action française, ce à proportion de sa volonté de changer réellement les choses. Ce n'est pas à eux que se reconnait une volonté de fer, ni le sens de l'efficacité. Là encore, nos Maîtres l'ont toujours dit: La première réforme à opérer est intellectuelle et morale!


Quand on a, comme dans notre école, de fortes convictions, on aurait tort de céder à un facile anticonformisme de facade. Ce n'est pas sur les idées et les modes intellectuelles des autres que l'on fait de la force d’Action française, mais sur les nôtres, et à la lumière de l'empirisme organisateur! Encore faut-il les apprendre et les comprendre, et être doté d'un cerveau!


A.F.-Grand Sud-Ouest


Sources: http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/06/30/31002-20160630ARTFIG00290-brexit-vingt-intellectuels-eurocritiques-lancent-un-appel-pour-un-nouveau-traite.php

Le Brexit comme révélateur d'une demande d'Etat, même dans l'Angleterre post-thatchérienne!

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/08/09/31002-20160809ARTFIG00189-theresa-may-et-la-renationalisation-industrielle-la-fin-de-l-ere-thatcher.php


P.S. Vue par un journal de Centre-Gauche anglais, une conversation entre le ministre du Brexit et ses hauts fonctionnaires: désopilant!

https://www.theguardian.com/tv-and-radio/2016/aug/07/yes-minister-brexit-eu-jonathan-lynn-sir-humphrey?utm_source=esp&utm_medium=Email&utm_campaign=GU+Today+main+NEW+H+categories&utm_term=185094&subid=11792130&CMP=EMCNEWEML6619I2


Médias et pluralisme:

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/08/19/31002-20160819ARTFIG00333-brice-couturierle-parti-des-medias-et-l-intelligentsia-meprisent-la-realite.php

"Mes amis, avec l'Action française-Grand Sud-Ouest, il y aura toujours de l'action; la seule que vous n'aurez pas, c'est celle de la prièpe!"

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 08:00

La fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'Action française prend acte avec satisfaction du résultat du référendum britannique du 23 juin 2016 sur l'appartenance à l’Union européenne. Le peuple anglais a fait le bon choix, reste à espérer que ses politiciens sauront le respecter. Puisse cet acte politique historique susciter chez d'autres peuples la volonté de récupérer leur liberté enchaînée à Bruxelles!

Forte de sa longue expérience politique militante, l’Action française-Grand Sud-Ouest s'oppose néanmoins fermement à ce qu'il y ait référendum en France, et ce, pour plusieurs raisons.

Un référendum, c'est une solution de facilité pour les partis: cela sert de soupape de sécurité au Régime, tout comme les élections sans enjeu, ainsi les européennes.

De plus, la Démocratie, en France, ne suit jamais la volonté du Peuple, même, comme lors du référendum du 29-Mai 2005, elle s'est exprimée nettement.

Alors que la classe politique anglaise est réaliste, la française est idéologue. Le Régime est une religion antinationale, cosmopolite et humanitaire, ce que n'est pas la monarchie anglaise, fruit d'un compromis entre les forces sociales et politiques.

Dans ces conditions, il n'est pas souhaitable de donner dans un panneau menant à une impasse. La seule solution, c'est le recrutement sélectif et la formation sérieuse d'une élite nationaliste qui emmènera le reste du Peuple sur les chemins de la liberté.

Pour sortir de l'Europe, - et nous en sortirons! - il faudra prendre le Pouvoir! Cela ne se fera vraisemblablement pas par des élections. On ne fera pas l'économie du coup salvateur!

Pour la Fédération:

Le Délégué régional,

signé: GAILLERE

Le discours historique et responsable de Nigel Farage, le chef du parti United Kindom Independance Party (UKIP), qui tacle avec humour la majorité européiste du "parlement" de Strasbourg après le référendum du 23-Juin 2016: "You're not laughing now, are you?!"

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publié par la Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'Action française - dans Politique étrangère Politique intérieure
16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 19:00

La fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'Action française et son Délégué régional, - qui avait eu le privilège de causer avec lui, - apprennent avec regret la disparition de S.E. Pierre Boutros-Ghali, ancien secrétaire général de l'Organisation des Nations-Unies, puis premier secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie voulue par Jacques Chirac.

Ce diplomate accompli, lettré ami de la culture française, était un partisan acharné du dialogue des civilisations; il savait que celui-ci ne pouvait avancer que dans l'Ordre et le Progrès, en combattant tout fanatisme, d'où qu'il vienne. Forte des mêmes convictions, la Fédération, à son niveau, poursuivra dans ce sillon.

A l'égal de notre Fondateur Pierre Pujo, nous en garderons le souvenir d'un gentilhomme, - un vrai, - égaré dans un monde qui, des bas-fonds aux classes nanties, méprise toute forme de supériorité émanant de l'intelligence et de l'honnêteté. Ils ont subi sans faiblir le même genre de trahisons et d'humiliations. Honorant leur noble exemple, défendant leur mémoire et gardant leur leçon, cela nous encourage à faire triompher la Vérité politique sur l'obscurantisme réactionnaire, fondamentaliste et démocratique!

Pour la Fédération:

Le Délégué régional,

Signé: Vincent GAILLERE

On lira ci-après l'une de ses dernières interviouves:

http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/boutros-boutros-ghali-une-histoire-egyptienne,0994

...et sa biographie officielle:

http://www.un.org/fr/sg/formersgs/boutrosghali.shtml

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publié par la Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'Action française - dans Politique étrangère Notre mémoire
14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 08:00

31 Lisez A.F

 

En ce jour de fête nationale de l'Armée, l'Action française-Pau propose à la réflexion de ses lecteurs quelques extraits d'une interviouve sans concession parue au début de l'année au Figaro d'un officier supérieur, spécialiste bien connu de stratégie, le colonel Goya.

 

Le même officier supérieur avait déjà détaillé au même journal la situation incroyable d'une Démocratie en guerre sur quatre fronts: http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/23/31001-20150223ARTFIG00208-lutte-contre-le-terrorisme-les-quatre-fronts-o-l-armee-francaise-est-engagee.php . Comme le disait Maurras, la Guerre impose tôt ou tard sa Monarchie... c'est-à-dire qu'à un pays en guerre comme la France, les institutions militaires devront s'imposer aux politiciens!  Sa critique en filigrane du régime sec infligé, depuis la fin de la Guerre froide, à une Armée devenue tiers-mondisée pose nettement la question de la nocivité de la Démocratie en matière militaire et de défense du Pays et ébauche le programme d'un redressement.

 

On peut ne pas partager l'optimisme forcé du colonel sur la réactivité du césarisme présidentiel dit "Vème République", qui lui permet d'envoyer les soldats français se faire tuer aux antipodes pour le roi de Prusse américain ou pour la "défense de nos valeurs", sans justification militaire, ni aucune autorisation du Parlement, ni aucune consultation préalable des états-majors ou du bon sens. Les barbouzardes "opérations spéciales", ce "grand succès" de la Démocratie, ne valent guère mieux sur le plan stratégique ou tactique (on trouve ici un bon aperçu de leur arbitraire dangereux pour notre sécurité nationale: http://www.sudouest.fr/2015/03/29/quand-la-france-tue-pour-regler-ses-comptes-1874668-880.php ). De même, sa critique du service national nous semble viser les pratiques inégalitaires au profit de la bourgeoisie d'une époque révolue, non le principe bénéfique de la fusion d'une classe d'âge au service désintéressé du Pays. Il confirme dans l'ensemble les analyses que l'Action française depuis un siècle fait sur l'inadéquation de la Démocratie et du souci de défense sur Pays. En ce centenaire de la Grande Guerre, il n'est pas inutile de les renouveler!

 

Pour que la France soit en mesure de faire face à n'importe quelle menace, le remède est évident: une meilleure organisation, renouvellement du commandement, plus de crédits, plus d'hommes, plus de matériel (comme le souligne le général Desportes ici: http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/07/13/31003-20150713ARTFIG00278-general-desportes-l-armee-francaise-n-a-pas-les-moyens-des-missions-qu-on-lui-confie.php), le rétablissement du service militaire. Mais ce que ne dit pas le colonel, c'est que cela suppose un autre Régime que la République...

 

A.F.-Pau & Pyrénées

 

"Q - Ces différentes interventions se justifiaient-elles toutes selon vous? Parleriez-vous de virage atlantiste de la politique étrangère française?

 

"R - Encore une fois, la France n'a pas attendu les attaques du 11 septembre 2001 pour être concernée par la lutte contre les organisations djihadistes. Cette lutte était souterraine. Elle a pris un tour nouveau avec l'engagement en Afghanistan, au départ plutôt en soutien du gouvernement afghan et, plus discrètement, à la frontière pakistanaise dans le cadre de l'opération Liberté immuable. Le premier vrai tournant à eu lieu en 2008, lorsque la France s'est engagée dans la province afghane de Kapisa et le district de Surobi. En parallèle du retour dans la structure de commandement de l'OTAN, nous nous trouvions alors délibérément et de manière importante aux côtés des Américains dans une zone de guerre, essentiellement pour des raisons diplomatiques mais aussi pour réaffirmer le rôle de la France comme acteur important de la scène internationale. La contradiction entre la faiblesse de l'enjeu et le prix à payer a cependant rapidement invité à un repli militaire, en refusant l'effort supplémentaire demandé en 2010 par les Américains, en restreignant ensuite sur place les prises de risques et donc l'efficacité, en se retirant enfin plus vite que prévu de Kapisa-Surobi.

 

"Paradoxalement, alors que les Américains et beaucoup d'Alliés à leur suite, renonçaient par lassitude à de nouvelles interventions au sol, la France non seulement restait en première ligne mais elle s'y impliquait encore plus qu'auparavant. Par certains aspects, la situation ressemble à celle de la fin des années 1970 alors que les Etats-Unis sortaient affaiblis de la guerre du Vietnam et que la France multipliait à l'époque les interventions en Afrique en s'y opposant notamment à l'expansionnisme soviétique. Les Etats-Unis ont une logique opérationnelle assez binaire: directe avec engagement massif au sol, ce qui suppose un vote du Congrès, ou indirecte, c'est-à-dire que l'on fait tout pour vaincre un ennemi mais sans envoyer d'unités de combat en première ligne, ce qui relève simplement de la décision de l'exécutif. Les Etats-Unis sont désormais, et sans doute pour quelques années encore, dans cette deuxième posture, là où la France, moins usée par les interventions récentes et bénéficiant d'institutions de défense plus souples, conserve une plus grande liberté et finalement aussi volonté d'action. Cette volonté d'agir s'exprime de manière assez différente entre la volonté de s'attaquer à des Etats destructeurs de leur propre peuple, comme en Libye et comme on l'aurait souhaité en Syrie, la lutte contre les organisations djihadistes dans le Sahel, la participation à la campagne indirecte contre Daesh ou encore l'opération de stabilisation en Centrafrique. La France reste somme toute autonome dans ses engagements et l'adoption de la même phraséologie (guerre contre le terrorisme) et maintenant de certains méthodes (les «ciblages») que les Américains relève plus de la similitude de style qu'un véritable alignement.

 

"Quant à savoir si ces interventions se justifiaient, je crois que oui même si je conserve quelques doutes sur le rapport coût (y compris politique)-efficacité de l'engagement en Irak. On a critiqué l'engagement en Libye contre le régime du colonel Kadhafi sous prétexte qu'il aurait finalement déstabilisé la région. Pour ma part, moi qui ai vécu quelques temps dans Sarajevo assiégée, j'ai du mal à accepter l'inaction devant les massacres. Maintenant, on serait bien en peine de savoir ce qui se serait passé si on n'était pas intervenu. La vraie erreur a surtout consisté, selon moi, à ne pas intervenir après la chute de Kadhafi en essayant d'y aider à la normalisation de la situation.

 

"Q - La France est engagée sur de multiples théâtres d'opérations et doit également faire face à une menace intérieure dans un contexte où le budget de la Défense ne cesse de baisser. L'armée française a-t-elle les moyens de faire face à toutes ses missions?

 

"R - Très clairement non. On peut raisonner en termes bruts en considérant que si la France avait simplement continué à faire le même effort de défense qu'en 1990, époque où celui-ci n'était pas forcément considéré comme insupportable, le budget de la défense serait d'environ 68 milliards et non de 31 milliards. C'est environ 200 milliards d'euros d'investissements dans les équipements qui auraient été réalisées en plus. Les capacités et les effectifs seraient effectivement toutes autres qu'aujourd'hui ainsi que la liberté d'action stratégique. Pour autant, 31 milliards d'euros représente quand même un budget conséquent, plusieurs fois supérieurs par exemple à celui des armées de Bashar el-Assad ou du colonel Kadhafi. Le problème est que ce budget est insuffisant pour disposer à la fois d'une force aérienne capable seule de vaincre un ennemi moderne et d'une force terrestre capable seule d'obtenir un rapport de forces conséquent face à un ennemi important ou même d'assurer une forte présence stabilisatrice, comme en témoigne l'opération Sangaris en Centrafrique. L'opération Barkhane au Sahel est une opération de raids et de frappes aussi parce que nous n'avons guère les moyens de faire plus.

 

"La meilleure manière d'être efficace au loin pour une armée moderne implique d'investir simultanément dans les deux branches de manière à avoir un système à la fois cohérent, polyvalent et aussi suffisamment volumineux. Cela a cependant un coût financier que l'on peut chiffrer empiriquement au minimum aux alentours de 3 % du PIB. Ceux qui acceptent cet effort disposent d'armées efficaces ou en voie de l'être sur la scène internationale. Ceux qui refusent cet effort sans faire vraiment de choix sont condamnés rapidement à l'impuissance partout. Toutes choses égales par ailleurs, à 1,5 % d'effort on ne devient pas deux fois moins puissant qu'à 3 % mais plutôt quatre fois moins. C'est ainsi que le 6e budget de défense au monde ne peut plus rien faire d'important sans faire appel à d'aléatoires alliés, souvent réticents, parfois inefficaces (et ce d'autant plus que l'on est nombreux), quelquefois dominateurs et poursuivant de toutes façons toujours leurs propres objectifs politiques.

 

"Q - La manière de faire la guerre et les moyens pour la mener ont-ils beaucoup changé depuis vos débuts?

 

"R - Nos mains sont devenues plus efficaces mais nous avons de moins en moins de mains. J'ai commencé ma carrière dans un régiment d'infanterie mécanisée où la mission était de combattre, plutôt en Allemagne, les unités du Pacte de Varsovie. Depuis, les appelés ont disparu, le corps blindé-mécanisé a fondu. Il y a deux fois moins d'hélicoptères et six fois moins de chars qu'à l'époque. Je suis devenu officier dans les Troupes de marine à la fin de la guerre froide. La tendance était à l'époque au «soldat de la paix» et aux missions d'interposition, avec le résultat que l'on sait. La dernière opération de ce gendre a été l'opération Licorne en république de Côte d'Ivoire qui a coupé le pays en deux jusqu'à ce que l'on se décide enfin à agir. On a multiplié ensuite les missions de stabilisation, en Bosnie, au Kosovo puis, on l'espérait, en Afghanistan pour s'apercevoir là-aussi de l'effort en hommes et en temps que cela impliquait. L'opération Sangaris en Centrafrique est de ce type, les moyens en moins. Il est probable qu'au regard de notre solitude dans cette action et de l'impossibilité que nous avons de déployer le volume de forces qui serait nécessaire qu'il s'agisse là aussi de la dernière de ce type avant longtemps. L'efficacité d'une opération dépend d'abord de son cadre politique et on a fait là beaucoup de progrès avec l'opération Serval au Mali en revenant au classique, avec l'idée de guerre pleinement assumée, et donc aussi celle d'ennemi. Le problème est que cette volonté nouvelle d'emploi ne s'accompagne pas de la même volonté de disposer des moyens. Nos mains sont devenues plus efficaces mais nous avons de moins en moins de mains.

 

"Q - La France est en première ligne pour défendre l'Europe. Cette dernière ne devrait-elle participer davantage au coût des dépenses militaires françaises?

 

"R - Il est délicat de l'imaginer, l'emploi des instruments régaliens, surtout lorsqu'il ne faut les engager au combat, ne se partageant pas. Cela se peut peut-être ponctuellement, comme lorsque l'engagement occidental dans la guerre du Golfe a été financé par des pays extérieurs à la coalition comme l'Allemagne ou le Japon, mais il est difficile d'ériger cela en système. Il n'y a pas d'Europe de la défense et il n'y en aura pas tant que les visions politiques et les cultures stratégiques aussi différentes, sachant que ces divergences ont même eu tendance à augmenter. On peut concevoir d'extraire les dépenses de défense des critères de Maastricht mais ce serait là sonner le glas de ces mêmes critères. Politiquement, je crains que l'on ait définitivement perdu la position d'alternative occidentale aux Etats-Unis ...

 

"Q - La réintégration de la France dans l'OTAN est-elle une force ou une faiblesse?

 

"R - Militairement, je crois que cela n'a pas changé grand-chose aux pratiques existantes auparavant, cela était d'ailleurs un des arguments pour la réintégration complète dans l'organisation. La France est plus présente dans les états-majors et espère pouvoir y exercer une influence plus grande. Pour l'instant, on n'en voit guère les bénéfices. Ce que l'on voit très concrètement, c'est la plus grande nécessité de s'aligner sur les normes et règlements de l'OTAN, eux-mêmes alignés sur ceux des Américains. Politiquement, je crains que l'on ait définitivement perdu la position d'alternative occidentale aux Etats-Unis que cela nous procurait.

 

" Q - Après les attentats, l'idée d'un service national resurgit. Que cela vous inspire-t-il? Si le service, et notamment le service des armes, est si bénéfique, pourquoi avoir supprimé des dizaines de milliers de postes dans les armées ?

 

"R - Beaucoup de scepticisme. Les raisons pour lesquelles, on a suspendu le service militaire, n'ont pas disparu. Outre que la menace majeure contre la France avait disparu, ce qui était considéré surtout comme un impôt en temps était devenu totalement sexiste, puisque les filles ne le faisaient toujours pas alors qu'elles pouvaient occuper n'importe quelle fonction dans l'armée d'active, et socialement injuste puisque la probabilité d'effectuer le service national était inversement proportionnelle avec son niveau d'études. Au moment de la fin du service, la proportion d'élèves de HEC l'effectuant était en dessous de 1%. Au bilan, un quart d'une classe d'âge effectuait le service militaire et, alors que l'on commençait à réduire le format des armées, on n'avait même plus assez de postes pour eu, d'où les formules un peu baroques comme le service national en entreprises. Le coup de grâce est venu de la décision de ne pas engager les appelés dans les opérations extérieures, hors des volontaires pour un service long, alors que celles-ci devenaient la norme pour toutes les unités des armées. Un service national obligatoire ne peut se concevoir qu'il est réellement universel sinon il serait injuste. Il faut également qu'il soit utile et enrichissant, ce qui demande de trouver chaque année des emplois intéressants pour 600 000 jeunes. Le retour à un service militaire poserait d'énormes problèmes ne serait-ce que pour les encadrer ou les loger maintenant que de nombreuses garnisons ont été supprimées. Surtout, il faudrait changer le modèle d'armée et revenir, sauf à engager ces nouveaux appelés en opérations, à l'armée mixte de la guerre froide avec par exemple la création d'une garde nationale mais sans la justification de la menace et avec un budget nettement supérieur. On peut, et c'est entendu comme cela, faire un service universel au sens d'un champ beaucoup plus large d'emplois, mais où? Comment et avec quelles ressources, pour des volumes représentant vingt fois les chiffres du service civique volontaire tel qu'il existe aujourd'hui? J'ajouterai que si le service, et notamment le service des armes, est si bénéfique, pourquoi avoir supprimé des dizaines de milliers de postes dans les armées?

 

Source: http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/01/31/31002-20150131ARTFIG00075-colonel-michel-goya-la-guerre-la-france-et-moi.php

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publié par la Section de Pau & Pyrénées de l'Action française - dans Politique étrangère
21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 08:00

    V Victoire

 

Pour bien commencer la rentrée de l'année politique 2014-2015, nous proposons à nos fidèles lecteurs une intéressante analyse par une universitaire américaine indépendante, le professeur Deepa Kumar, sur l'échec de la propagande sioniste. La grossièreté des arguments employés par les Israéliens contrastaient en effet avec la menace supposée posée par le Hamas. Il semble qu'internet ait changé le rapport de force traditionnellement pro-sioniste dans les médias en faveur des Palestiniens. L'Action française les félicite de cette victoire de David contre Goliath et les encourage à poursuivre leur noble combat justifié contre l'impérialisme "occidentaliste"!

 

A.F.-Toulouse & Haut-Languedoc

 

"La guerre de propagande d’Israël a franchi une nouvelle étape dans la bassesse. Alors que le monde essayait encore d’encaisser le choc du meurtre de masse à Shejaiya, Benjamin Netanyahou s’est montré devant les caméras de CNN pour affirmer que le Hamas se sert des « télégéniquement morts » pour promouvoir « sa cause. » Il a ajouté que pour le Hamas : « Plus il y a de morts, mieux c’est. » Même si Netanyahou avait suivi le script prévu par la propagande qui consiste d’abord à montrer de la sympathie et à exprimer des regrets, en réduisant les Palestiniens tués à des sessions photographiques, il a montré comment fonctionne son esprit.

 

"Il existe un script standard pour la manière de parler des victimes palestiniennes. Après qu’Israël a tué quatre garçons sur une plage de Gaza le 16 juillet, la classe médiatique américaine s’est alignée sur le canevas de la communication israélienne : reconnaître la tragédie mais faire porter le chapeau au Hamas. C’est exactement ce qu’a fait Mark Regev, le porte parole israélien, quand il a été soumis à un feu roulant de questions par le journaliste présentateur John Snow sur Channel 4 News. (Angleterre). C’est également ainsi que le porte parole du Département d’Etat US Jen Psaki a répondu, utilisant le même argumentaire mot pour mot.

 

"Ce canevas, ce cadre argumentatif, a été développé en 2009 et est exposé dans le Global Language Dictionary de l’Israel Project. Ce manuel orwellien propose une méthode détaillée sur la manière de « communiquer efficacement pour soutenir Israël. »

 

"Un de ses premiers commandements est que les propagandistes po-israéliens doivent montrer de l’empathie. Le manuel souligne qu’ils doivent « montrer de l’empathie pour les DEUX camps » (en majuscules dans le texte original) comme moyen de gagner en crédibilité et en confiance. Pour s’assurer que ce point sera bien compris, le manuel répète encore (en gras souligné cette fois) l’instruction «utilisez l’Empathie » – l’idée étant que l’empathie est un outil important à utiliser dans la guerre de propagande.

 

"Quand des femmes et des enfants palestiniens innocents sont tués, la première réponse doit consister à faire preuve d’empathie ; la suivante est de reformuler lle problème en observant qu’on ne peut pas en faire reproche à Israël qui ne fait que se défendre et qui veut seulement la paix. Même quand pleuvent mort et destruction, le manuel est clair : « Rappelez à l’auditoire – encore et toujours – qu’Israël veut la paix. »

 

"Elaboré après la guerre contre Gaza en 2008, à un moment où les Américains commençaient à montrer une plus grande sympathie pour les Palestiniens, ce manuel de propagande essaye de combler certaines des insuffisances [de la propagande, NdT] pendant l’opération Plomb Durci. Parmi les diverses améliorations qu’il propose, le manuel note qu’il est important de faire la distinction entre le peuple palestinien et le Hamas. Ayman Molhyeldin, un des rares journalistes internationaux à avoir couvert Plomb Durci, avait observé qu’Israël cherchait à « présenter tout le monde à Gaza comme des sympathisants du Hamas, des sympathisants terroristes » comme moyen de justifier les tirs meurtriers aveugles.

 

"Le manuel de 2009 va au rebours de cette stratégie, en affirmant que bien que les Américains « saisissent » que le « Hamas est une organisation terroriste… s’ils ont l’impression que vous attaquez le peuple palestinien ;;; vous perdrez du soutien. » Le manuel souligne encore : « En ce moment même, beaucoup d’Américains ont de la sympathie pour le sort des Palestiniens et cette sympathie va se renforcer si vous ne parvenez pas à différencier le peuple de ses dirigeants. »

 

"En d’autres termes, si on veut le recul de la sympathie pour le peuple palestinien, de nouveaux procédés sont nécessaires pour en compléter d’autres plus anciens.

 

"La propagande israélienne a une longue histoire. En 1982, l’invasion du Liban avait suscité la condamnation internationale. En particulier, le massacre de Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila avaient nui à son image auprès de l’opinion publique. Israël avait alors crée un organisme de relations publiques dont la mission était d’entretenir une bonne image médiatique aux Etats Unis. Le projet de Hasbara propagande] comprenait la formation des diplomates et des attachés de presse israéliens à parler d’une manière qui garantisse une couverture médiatique favorable. L’observatoire des médias, le Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America (CAMERA), fut crré pour assurer une veille médiatique et répondre au traitement médiatique « injuste » d’Israël.

 

"Mais le traitement médiatique d’Israël n’est pas simplement le produit de bons argumentaires, il est plutôt le résultat de la « relation spéciale » entre les Etats Unis et Israël et de leurs intérêts mutuels au Moyen Orient. C’est out sauf une coïncidence si Psaki utilise les même langage que Mark Regev. ou si John Kerry fait écho à Netanyahou.

 

"L’élite politique américaine, l’élite israélienne et les propriétaires des grands médias ont en commun un ensemble d’intérêts politiques et économiques qui garantit la domination de la propagande israélienne dans les médias établis. Si les journalistes et les médias s’écartent trop du script, diverses organisations pro-israéliennes comme CAMERA déclenchent un tir de barrage et mobilisent suffisamment de pression sur les rédactions et les journalistes pour qu’ils rentrent dans le rang.

 

"Comme Glenn Greenwald l’a observé récemment, les personnalités et les cadres dirigeants des médias ont plus « peur » de traiter d’Israël que de n’importe quel autre sujet. Jon Stewart a dit la même chose sur un ton comique dans son sketch ‘Nous devons parler d’Israël.’

 

"Le résultat est qu’au final, le traitement par la presse du conflit israélo-palestinien suit un patron [pattern ou modèle] qui est schématisé par Sut Jhally, un universitaire spécialiste des médias, dans une vidéo éducative qu’il a produite intitulée Peace, Propaganda and the Promised Land, US Media and the israeli-Palestinian Conflict. Fissures dans la machine de propagande.

 

"Mais quelque chose de nouveau s’est produit dans les médias établis, particulièrement depuis la tragédie du 16 juillet. Ayman Mohyeldin, qui travaille actuellement pour NBC [un grand network américain], a assisté et a rendu compte de l’assassinat de sang froig par Israël de 4 petits garçons palestiniens qui jouaient au football sur la plage. Le reportage de Mohyeldin était poignant mais avait néanmoins été diffusé par NBC.

 

"Cependant, NBC avaut immédiatement rappelé Molhyedin, sans donner d’explication sur pourquoi son meilleur journaliste sur ce sujet (Mohyeldne avaiit déjà travaillé à Gaza, parle arabe et a une bonne connaissance de la situation politique au Moyen Orient) devait être retiré de la bande de Gaza.

 

"C’est la procédure standard dans l’establishment médiatique. Mais ce qui s’est passé par la suite est tout sauf standard.

 

"Suite à un article de Glenn Greenwald sur cette situation |le rappel du journaliste] dans Intercept, de nombreuses personnes, surtout à travers les réseaux sociaux, ont mis la pression sur NBC. A la différence des procédures habituelles où la pression vient seulement d’organisations pro-israéliennes bien dotées financièrement, cette fois ce sont des gens ordinaires ébranlés par le nombre de tués palestiniens qui ont organisé leur dissidence..

 

"Le résultat a été que Mohyeldin a été rétabli à son poste. Il a tweeté : « Merci pour tout ce soutien. Je retourne à #Gaza pour rendre compte [de la situation]. Je suis fier de l’engagement constant de NBC pour couvrir le côté #palestinien de l’histoire. »

 

"De la même manière, l’indignation suscité par Diane Sawyer d’ABC [autre grand network américain] qui avait présenté comme israéliennes des victimes affligées par le deuil et la souffrance alors qu’elles étaient palestiniennes, a eu pour résultat, chose rare, que ce grand média pro-israélien a présenté des excuses.

 

« La dynamique à l’oeuvre est la suivante : En premier lieu, des médias indépendants ont joué un rôle décisif en contrant la propagande israélienne et en proposant des versions alternatives [des événements]. En second lieu, les médias sociaux ont fourni un forum qui a permis de véhiculer le travail de journalistes indépendants ainsi que des témoignages de première main émanant de Palestiniens à Gaza. Troisièmement, dans ces espaces Israël est en train de perdre la bataille de la propagande malgré ses vastes ressources en spécialistes de la désinformation. Quatrièmement, des militants de terrain qui utilisent les réseaux sociaux ont été en mesure de faire exercer des pressions sur l’establishment médiatique. Cinquièmement, ce climat a mis les journalistes des grands médias présents sur le terrain à parler plus ouvertement des horreurs que subit Gaza.

 

"Ainsi, Tyler Hicks, journaliste photo pour le New York Times, qui a aussi assisté à l’attaque israélienne sur la plage, a eu l’autorisation de publier un article dans le New York Times sur cette expérience. Qualifiant de mensonge les déclarations israéliennes selon lesquelles seul le Hamas est visé par les bombardements, il écrit : « Une petite cabane en métal dépourvue d’électricité et d’eau courante sur une jetée en bord de mer sous un soleil de plomb ne semble par le genre de le lieu fréquenté par des militants du Hamas, lles cibles expressément visées par l’armée israélienne. Des enfants, mesurant un peu plus d’un mètre, habillés en tenue d’été, fuyant une explosion, ne correspondent pas non plus à la description de combattants du Hamas. »

 

"Présent sur la plage quand cette tragédie s’est produite, Hicks demande : « Si des enfants sont tués, qu’est-ce qui pourra me protéger, ou protéger n’importe qui d’autre ? »

 

"Ben Wedemen, correspondant à l’étranger chevronné pour CNN, a pu découvrir par lui-même que rien ne peut protéger les journalistes. Il a été touché à la tête par une balle israélienne en caoutchouc. Après cet incident, il a fait un reportage en direct sur une famille de Gaza qui évacuait son quartier en prévision d’une attaque israélienne. Le cri d’horreur d’une fillette entendant une frappe de missile près de là où elle se trouvait a rempli les écrans des téléspectateurs de CNN.

 

"C’est peut-être la première fois que les Américains sont informés de la souffrance du peuple palestinien par la presse de l’establishment ? Même si le cadre de référence qui consiste à « accuser les Hamas » domine la couverture de la situation par les médias dominants, l’humanité des Palestiniens fraie son chemin à travers les fissures d’une propagande pro-israélienne bien installée depuis de dizaines d’années.

 

"Et comment pourrait-il en être autrement ? Quand l’expérience réelle des journalistes contredit le discours propagandiste, s’ils ont un coeutr et un cerveau, ils ne peuvent faire autrement que considérer la propagande sioniste pour ce qu’elle est. C’est sans doute pour ça qu’Israël avait tenu à l’écart les journalistes étrangers êndant l’opération Plomb Durci en 2008.

 

"Une autre journaliste de CNN, Diana Magnay, qui entendait les applaudissements des Israéliens quand les Palestiniens étaient bombardés, a dit spontanément en direct – « c’est vraiment stupéfiant, macabre et vraiment quelque chose de vraiment horrible de voir ce spectacle des flammes dans le ciel. » Journaliste expérimentée, elle semble s’être auto-censurée et avoir substitué les mots « spectacle des flammes » à ceux qui traduisaient vraiment sa pensée sur les gens qui applaudissaient : « salauds », le mot qu’elle tweetera par la suite.

 

"Magnay avait écrit : « Des Israéliens sur la colline qui surplombe Sderot applaudissent quand des bombes tombent sur Gaza ; ils menacent de « détruire notre voiture si je dis quelque chose de mal.’ Salauds »

 

"En dépit des fortes tentatives d’intimidation que subissent les journalistes, ici de faire sauter la voiture de Magnay si elle dit seulement un »mot de mal », ce genre de pressions semble de moins en moins efficace. Si Magnay a été éloignée de Gaza par CNN, des réseaux sociaux vigilants ont combiné leurs effets aux manifestations de masse dans le monde entier pour créer un climat dans lequel si les médias veulent garder leur crédibilité ils doivent au moins donner l’impression d’avoir une position équilibrée.

 

"C’est l’ouverture que les militants en faveur des droits des Palestiniens doivent exploiter afin de recadrer le débat. S’ils manquent d’organisations de lobbying, d’observatoires de surveillance de la presse, de trolls rémunérés, de spécialistes de la désinformation et des vastes ressources financières dont dispose le camp israélien, ils ont une chose pour eux – la vérité."

 

Deepa Kumar est professeur d'études médiatiques à l'université Rutgers. On peut la suivre sur Twitter @ProfessorKumar et sur son site Deepakumar.net. Elle est l'auteur d'un livre remarqué sur L'Islamophobie et la politique impériale.

 

Source: http://deepakumar.net/telegenically-dead-israels-crumbling-media-war/

Traduit de l’anglais par Djazaïri.

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 08:00
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En ce jour de la fête du Trône marocain, l'Action française-Toulouse juge intéressant de proposer à ses lecteurs l'excellent article paru il y a quelques temps sur un site d'information, qui montre tout ce que l'actuelle monarchie alaouite, plébiscitée par ses sujets, doit au colonisateur royaliste Lyautey, véritable fondateur du Maroc moderne. Par delà les indépendances et les constitutions, son oeuvre, empreinte de réalisme, demeure la charte du développement du pays et la garantie de sa sécurité et de son audience dans la communauté internationale.

Même si le modèle est loin d'être en tous points idyllique et s'il n'a que de lointains rapports avec la Monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée que nous souhaitons instaurer, il n'est pas inutile de noter le dynamisme que la puissance de la volonté d'un homme peut insuffler à un système en bout de course: l'histoire de Lyautey au Maroc en est la preuve.

A.F.-Toulouse & Haut-Languedoc

"Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey

"Le maréchal Lyautey a personnifié la présence française au Maroc. Il y a surtout renforcé l'autorité de la monarchie.

"L’action d’un homme est à l’origine d’une formidable fabrication de l’Histoire du Maroc moderne. Celle d’une «exception marocaine» que le prince Moulay Hicham, cousin du roi, renie mais traduit volontiers par «une épaisseur historique» pour expliquer par quel miracle Mohammed VI a été épargné par les révolutions arabes.

"Son nom: Louis Hubert Lyautey, résident général au Maroc d’avril 1912 à octobre 1925.  Lyautey demeure une icône largement respectée du Maroc indépendant. Un cas unique au sein du monde musulman, où une figure de la colonisation n’est pas honnie.

"L’homme a consacré l’essentiel de sa carrière à la France coloniale, dont plus de vingt ans à l’Afrique du Nord. Mais c’est au Maroc qu’il a donné toute la mesure de son talent, au point que les élites dirigeantes du pays, qu’il contribua plus que nul autre à faire passer sous le joug colonial, n’ont cessé d’inscrire leur action dans ses pas. Peut-être même sans le savoir vraiment de nos jours.

"La légende dorée du «bon colonial»

«En Lyautey, la France désire absoudre sa brutalité coloniale, ainsi que le regard hautain qu’elle porta sur les "indigènes". Quant au Maroc, il trouve en cet homme la preuve du caractère unique de son destin, tandis que ses élites s’honorent d’avoir reçu tant de puissance et de dignité des mains de ce conservateur émérite», écrivait l’historien Pierre Vermeren dans Le Journal Hebdomadaire.

"Avant lui, les historiens Charles-André Julien dans Le Maroc face aux impérialismes (1978) et Daniel Rivet Lyautey et l’institution du Protectorat français au Maroc (1988) ont déconstruit le mythe de l’architecte du protectorat, expliquant comment sa vision de la société marocaine a eu un impact considérable sur le Maroc moderne.

"Mais qui fut Lyautey pour le Maroc au-delà de la légende dorée que lui ont tressée ses hagiographes? Le personnage se singularise par sa complexité: monarchiste au service de la République, Général méprisant l’esprit militaire, catholique défenseur de l’Islam, légitimiste qui choisit un sultan à sa convenance, inventeur du protectorat, dirigeant imbu de son autorité mais qui dénie celle de sa tutelle, l’homme déroute autant qu’il éclaire certains débats et enjeux du Maroc d’aujourd’hui.

"Des convictions royalistes affirmées

"Louis Hubert Lyautey est né à Nancy en 1854 dans une famille aristocratique lorraine. Catholique et royaliste, celle-ci donne par tradition ses hommes à l’institution militaire. Le jeune Lyautey assiste aux avant-postes à la débâcle française de 1870 face à la Prusse. Il hésite alors entre l’habit ecclésial et la tenue d’officier. En 1873 s’impose le choix de Saint-Cyr, pour forcer le destin et défier le triste sort d’une patrie abaissée. Signe avant-coureur, sa première affectation le conduit deux ans en Algérie.

"Lyautey a des convictions royalistes affirmées. Il se dit légitimiste par défaut. Féru d’histoire et rêveur de gloire, il vit difficilement l’enracinement de la République. Mais lui, conservateur dans l’âme, est peu enclin à la conspiration.

"Lyautey mène alors une brillante carrière d’officier de cavalerie, fréquentant assidûment salons mondains et milieux artistiques parisiens. A Paris, il brille par son esprit, sa plume et son art de la mise en scène à l’aube de sa carrière marocaine. (...)      

"À 40 ans, il quitte la France pour l’Indochine nouvellement colonisée. Elle sera sa «révélation», lui qui cultive en secret une fougue bismarkienne. Il y seconde le général Gallieni. Cette grande figure de la France des tropiques, de cinq ans son aîné, est un officier non-conformiste. Il invente la «tactique de la tâche d’huile», laquelle consiste à soumettre, sécuriser et séduire les populations «indigènes». Au seul rapport de force, il convient de substituer «un ordre juste», respectueux des coutumes et de la hiérarchie traditionnelle.

"Lyautey est séduit par cette approche, tout autant que par Gallieni, dont il partage désormais les convictions (...) À l’orée de ses cinquante ans, déjà doté d’un riche passé colonial, le colonel Lyautey est affecté aux confins algéro-marocains.

"Là, il y prépare l’encerclement de l’Empire chérifien. Cette expérience algérienne est déterminante dans la carrière de Lyautey. L’homme y apprend la rudesse du Maghreb, le désert, les tribus, l’Atlas, la noblesse des guerriers berbères, mais aussi les colons, leur morgue et l’esprit d’accaparement qui les anime. 

"À l’assaut du Maroc grâce aux rebelles

"En Algérie, Lyautey acquiert la conviction que la France doit s’affranchir des traités qu’elle a conclus avec le vieil Empire chérifien. De son compagnonnage avec Gallieni, il retient la tactique de l’occupation progressive. La conquête du Maroc, dont il devient l’ardent défenseur à Paris, doit s’opérer grâce à ses forces centrifuges, les tribus «siba» c’est à dire rebelles au sultan, sans tenir compte du pouvoir central —le fameux Makhzen— jugé faible et sans importance.

"L’accord franco-allemand de 1911 donne à la France les mains libres au Maroc, hormis les territoires laissés à l’Espagne. Elle se charge d’en assurer le contrôle au moment où l’étranglement financier du sultan et les concessions imposées à Moulay Hafid incitent les tribus et les chefs de guerre à le défier, et prendre la tête du jihad. Pour Lyautey, la France doit rétablir l’ordre en s’entendant avec les tribus récalcitrantes, qu’il estime désireuses de se débarrasser du joug d’un pouvoir tyrannique.

"Il incite le gouvernement français à soumettre le Maroc. Le diplomate accrédité, Eugène Regnault, se saisit d’un appel à l’aide suggéré au sultan, et impose, le 30 mars 1912, le Traité de protectorat, dit «de Fès». Ce diplomate devient le premier résident général. Mais le plan échoue. L’annonce du traité, qui place le pays sous la protection des «chrétiens», provoque une levée en armes. Lyautey est alors nommé Résident général.

"La rénovation d’une dynastie décrépie

"Constatant que la France «marche dans le vide» au Maroc, l’officier pragmatique et intelligent abandonne rapidement ses illusions. Il estime que ce n’est pas de l’abaissement du Sultan qui viendra le retour à l’ordre, mais de l’application du traité, qui prévoit le respect de la souveraineté de l’État chérifien et du pouvoir législatif du Sultan, sous la tutelle de la France. La monarchie alaouite recevait ainsi son premier gage de survie.

"Lyautey sécurise le Maroc central, transfère la capitale de Fès, alors assiégée par les tribus, à Rabat, et assure l’exil du sultan Moulay Hafid qui abdique. Lyautey fait avaliser par les oulémas —les gardiens de la foi— l’élection de son frère, Moulay Youssef, qu’il choisit pour sa réserve, sa piété et son manque de personnalité.

"Pourtant, Lyautey s’attache à restaurer le trône alaouite dans une splendeur rénovée. Fasciné par cette monarchie surgie du fond des âges et épargnée par la modernité, ce conservateur esthète veut rétablir la pompe d’un sultanat décrépi. Il s’emploie alors à lui réinventer un décorum déjà fantasmé par les orientalistes et un faste que poussera bien plus tard à leur paroxysme Hassan II.

"Lyautey considère alors par simple tactique ou profonde conviction – les historiens demeurent partagés sur cette question —que, seule, la restauration du pouvoir du Sultan dans son prestige et sa tradition, peut rassurer le peuple et ses notables, et briser le cercle d’une insurrection que cet admirateur de l’ancien régime tend à sublimer. Une idée qui deviendra le ciment du trône. Aujourd’hui encore quand la monarchie est menacée, c’est l’épouvantail de la désagrégation de toute une nation qui est brandi.

"Lyautey est un homme du XIXe siècle séduit par «l’indirect rule» britannique, qui permet à l’Angleterre victorienne de contrôler l’immense Empire des Indes, et à son alter ego lord Cromer, «simple» consul, de diriger l’Egypte. Au grand dam des coloniaux, il s’honore d’être le «premier serviteur de Sidna» (Notre Seigneur).

"En un geste qui frappe les imaginaires, Lyautey n’hésite pas à tenir l’étrier du sultan, lorsque celui-ci descend de cheval dans les grandes occasions. Comment ne pas penser un siècle plus tard à tous ceux aujourd’hui, politiques, hommes et femmes de pouvoir, intellectuels et célébrités d’Occident qui à chaque occasion qui se présente, tiennent la bride à Mohammed VI pour vanter ses mérites?

"La monarchie, «une créature» de la France

"Mais le Général est vite rattrapé par les nécessités de sa fonction et son caractère autoritaire. Lorsque, le 10 octobre 1912, Lyautey écrit à son ami Albert de Mun, «Je crois que Moulay Youssef est ma plus belle réussite», il signifie que l’édifice du protectorat est vicié, le contrôle s’exerçant sur une «créature du résident général». De surcroît, le résident s’évertue à maintenir le sultan en vase clos, entouré de «vieux Marocains rituels», sans contact avec les Européens, les automobiles et les dîners au champagne. La conservation confine alors à la momification.

"Et que dire de la «politique des grands caïds»? Lyautey s’illusionne sur les «seigneurs de l’Atlas», chefs tribaux qu’il assimile aux pairs de France, cette vieille noblesse d’épée issue de la féodalité qui égale en dignité la Famille de France. Son royalisme nourri par Charles Maurras livre des millions de montagnards à la tyrannie du Glaoui, délaissant tout contrôle au profit de l’arbitraire le plus extrême.

"Encore une fois, le parallèle avec l’actualité est saisissant. En France, la Ve République a toujours été conciliante avec les pouvoirs orientaux à la poigne de fer. De gauche comme de droite, les politiques français ont encouragé la monarchie marocaine à demeurer sous cloche, perpétuant d’une part sa dépendance à la France et encourageant le renouvellement d’une élite cooptée et asservie. 

Pour porter ces convictions, Lyautey s’entoure d’hommes atypiques qui doivent à la fois porter les projets du chef, faire respecter la France des musulmans, conserver le «Vieux Maroc», et faire surgir cette «Californie française» autour de Casablanca, que Lyautey appelle de ses vœux. La cooptation makhzénienne, si redoutable aujourd’hui était née.

"Le protectorat, une «fiction»? s’interroge Lyautey

"Entre autoritarisme éclairé et pesanteurs coloniales, que reste-t-il du protectorat et de son essence, le «contrôle»? Dans sa stupéfiante «note du coup de barre» du 18 novembre 1920, Lyautey s’interroge. Et si le Protectorat n’était «qu’une fiction»? Mais il se lance aussitôt dans «le plus dur constat d’échec qu’un homme d’État ait dressé contre sa propre œuvre».

«Dans la pratique, Moulay Youssef n’a aucun pouvoir réel, il n’a de rapports qu’avec le conseiller chérifien (NDLR: Lyautey) qu’il voit journellement, mais c’est tout». Le Protectorat fait approuver au sultan des textes préparés par les services de la Résidence. Les Français ont l’administration directe «dans la peau», déplore Lyautey, qui constate qu’on «en arrive de plus en plus à l’administration directe». Mais de coup de barre, il n’y eut point, et le constat demeura sans suite.

"Impuissant à appliquer le Protectorat, Lyautey en tire les enseignements. Au-delà de ses boutades sur le caractère éphémère de la présence française au Maroc, le Résident manifeste une étonnante et prémonitoire lucidité. Moins de 10 ans après le traité, il écrit:

«À défaut des débouchés que notre administration leur donne si maigrement et dans des conditions si subalternes, (la jeunesse marocaine) cherchera sa voie ailleurs», et «le mouvement d’idées qui est en train de naître à côtés de nous, à notre insu», tôt ou tard «prendra corps et éclatera».

"En écho à cette prémonition, le vieux Maréchal déclare lors du Conseil de politique indigène à Rabat, le 14 avril 1925:  

«Il est à prévoir, et je le crois comme une vérité historique, que, dans un temps plus ou moins lointain, l’Afrique du Nord évoluée, civilisée, vivant de sa vie autonome, se détachera de la métropole. Il faut qu’à ce moment-là – et ce doit être le but suprême de notre politique – cette séparation se fasse sans douleur et que les regards des indigènes continuent à se tourner avec affection vers la France».

"Un royaume façonné de toutes pièces

"L’ampleur de l’héritage laissé par Lyautey est assez considérable. L’empreinte la plus puissante concerne le trône chérifien, qu’il a reconstruit et pérennisé, doté d’un pays soumis et pacifié, et dont il a réinventé le prestige et la puissance. L’absence d’équivalent dans tout le monde musulman est à lui seul la preuve de l’ampleur de ce travail. Après 1912, Lyautey s’est attaché à réaliser la «pacification» du Maroc au nom du sultan.

"Mais l’empreinte de Lyautey excède l’héritage étatique marocain. Jusqu’à la fin du Protectorat le 2 mars 1956, les 13 Résidents qui succèdent à Lyautey s’appliquent à «faire du Lyautey». Pourtant, leur conservatisme souvent frileux et parfois borné ne résiste pas à la comparaison. Lui avait anticipé l’indépendance du Maroc à l’aube des années 20. Mais les convictions de Lyautey, ses goûts et ses représentations, ont aussi durablement conforté un modèle politique et social marocain.

"Dans Lyautey écrivain (1976), André Le Révérend souligne ses conceptions très peu démocratiques, un euphémisme… Lyautey considéra dès sa jeunesse qu’il appartenait à «une caste supérieure», et ne doutait pas d’avoir «le sentiment dans le sang» de faire partie «de la classe sociale la plus élevée». Cette propension à la suffisance sociale lui donnait l’assurance d’être dans son bon droit, d’être le «right man» appelé de ses vœux à la reconstruction de «l’Empire fortuné». Il aurait pu endosser le rôle du «Général revanche» selon l’expression de l’historien Daniel Rivet face à l’Allemagne, ou encore devenir le «Mussolini de la France» des années 30, mais l’histoire lui offrit le Maroc. Il le marqua d’une manière indélébile.

"Un mépris hérité pour la démocratie

"Le premier héritage qui transcende le Protectorat, c’est l’excès d’autorité du pouvoir d’État, et plus encore de son chef. Lyautey «considérait son pouvoir comme régalien, il se voulait entièrement libre», note Charles-André Julien. Son successeur, le Résident Alphonse Juin, ne s’y trompe pas, qui déclare au Président Vincent Auriol le 5 octobre 1947: «Oui, Lyautey instaura l’administration directe (…). Tous auraient fait comme Lyautey. Il fallait d’abord créer l’État chérifien». Jacques Berque, ancien contrôleur civil, reprend à son compte cette formule en vogue depuis Lyautey:

«Le Maroc est un pays où l’autorité est un postulat administratif. On n’y parle jamais de contrôle de l’autorité, mais d’autorité de contrôle».

"Point besoin d’épiloguer pour analyser l’usage qu’ont fait de cette pratique les dirigeants du Maroc indépendant.

"Le second héritage durable est l’extrême fragilité du sentiment démocratique, a fortiori républicain, légué par Lyautey. Ce représentant de la République n’avait que mépris pour elle, lui préférant l’autorité sans contrôle, et le respect des hiérarchies traditionnelles. Lyautey agit toujours en «patron et non en démocrate» et a «dans la peau le dogme des hiérarchies sociales».

"Lyautey a révoqué certains de ses fonctionnaires, même de qualité, pour républicanisme, mais s’accommode de la corruption de ceux qui le servent, s’ils lui obéissent. Confrontées au spectacle d’une France autoritaire éloignée des principes qu’elle proclame, les élites marocaines restent souvent à l’écart des idées démocratiques, et se demandent légitimement si la République française n’est pas, elle aussi, une fiction. Pour eux, des expériences comme celle du Mouvement du 20 février sont soit au mieux romantiques soit au pire dangereuses pour «l’ordre établi» si cher à Lyautey.

"La consécration d’une société de castes

"Le troisième héritage manifeste de Lyautey est la perpétuation au Maroc d’un ordre social particulièrement inégalitaire. Devant les chefs indigènes, Lyautey déclare en octobre 1916:

«Le Makhzen fortuné, les chefs héréditaires et les Pachas forment autour de lui (le sultan) comme une couronne éclatante de joyaux précieux»

"Dans la directive politique qui découle de cet éloge aux grandes familles, Lyautey exige de ses administrateurs «que les rangs et les hiérarchies soient conservés et respectés, que les gens et les choses restent à leurs places anciennes, que ceux qui sont les chefs naturels commandent et que les autres obéissent». Une doctrine plus que présente aujourd’hui où l’esprit de caste est une norme difficilement transgressable.

"Cette politique s’est matérialisée par les «écoles de fils de notables», les collèges musulmans, l’école des officiers de Dar el Beïda de Meknès, ou encore la politique des Grands Caïds. Plus tard, ce seront les lycées de la Mission française qui assureront cette politique de «coopération» dont l’un des plus imposants, celui de Casablanca, porte le nom du Maréchal Lyautey. Lorsque le Résident Eirik Labonne déclare en 1947, «Nous avons misé sur une oligarchie, sur une caricature d’aristocratie (…). Jouons maintenant la carte du peuple», il était déjà trop tard pour voir éclore une transition démocratique et socialisante. 

"Dans ces conditions, «structurellement, Ben Barka n’avait qu’une chance infime de devenir le Bourguiba marocain», résume avec justesse Pierre Vermeren. 

"Aussi, la biographie de Lyautey et sa politique marocaine expliquent bien des réalités sur le Maroc de Mohammed VI. Elle n’était pourtant pour lui «qu’une province de son rêve»."

Ali Amar

D’après les travaux, articles et ouvrages de Pierre Vermeren, Charles-André Julien et Daniel Rivet

Source:    http://www.slateafrique.com/99031/roi-maroc-marechal-lyautey-moulay-youssef-alaouite  

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 08:00
Syrie 2012

L'hécatombe continue en Syrie (Photo D.R.)

 

On lira avec intérêt ci-après l'importante interviouve donnée par le journaliste libanais, spécialiste du Proche-Orient, René Naba, publiée par le mensuel Afrique-Asie dans son numéro de mai dernier.

 

A.F.-Toulouse & Haut-Languedoc

 

"Grand spécialiste du monde arabe, René Naba, auteur d’un récent ouvrage sur l’Arabie Saoudite*, décrypte pour «Afrique Asie» l’action malfaisante d’un royaume des ténèbres tenu par une gérontocratie qui a confisqué l’islam, et dont le «nanisme politique» a conduit à la décomposition du monde arabe. Cet incubateur matriciel du djihadisme, otage volontaire des Occidentaux, n’a pas vu que ses alliances contre nature l’avaient inexorablement conduit à son crépuscule. Avant la fin ?

"Journaliste réputé, grand connaisseur du monde arabe depuis près de quarante ans, auteur d’une douzaine d’ouvrages et animateur du blog www.renenaba.com, René Naba a été correspondant au bureau régional de l’Agence France-Presse (AFP) à Beyrouth (1969 à 1979), responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP (1979 à 1989), puis conseiller du directeur général de la radio RMC Moyen-Orient, chargé de l’information (1898-1995). Durant cette période, il a couvert tous les conflits d’importance dans la région : guerre civile jordano-palestinienne, « septembre noir » de 1970, guerre du Liban (1975-1990), 3e guerre israélo-arabe d’octobre 1973. Il a aussi été un membre fondateur des Lumières de Paris, l’équivalent français du prix cinématographique américain Golden Globe.

Afrique Asie: Vous venez de consacrer un livre au royaume wahhabite. Pourquoi ?

RN: Pardonnez-moi ce propos sacrilège: l’Arabie Saoudite est le pays au monde qui invoque le plus quotidiennement Allah, mais cette incessante invocation divine paraît sans effet devant la gabegie et la démagogie de ses dirigeants et leur nanisme politique, à en juger par l’état de décomposition du monde arabe dont elle est grandement responsable.

"La dynastie wahhabite a fondé sa légitimité sur une imposture. L’Arabie Saoudite est certes la terre de la prophétie musulmane, mais il n’est écrit nulle part qu’elle doit être la propriété de la famille Al-Saoud. L’appropriation d’une religion planétaire, son interprétation dans un sens ultra restrictif, régressif et répressif ainsi que son instrumentalisation à des fins politiques au service des anciens colonisateurs du monde arabe et musulman relève de l’imposture et de la forfaiture, qu’il importe de dénoncer, de combattre et de sanctionner.

"Le royaume vit un état de schizothymie, avec une très grande complaisance des «grandes démocraties occidentales» pour les turpitudes de la dynastie wahhabite. Il importait de pointer les dysfonctionnements saoudiens, de même que le discours disjonctif occidental. De remettre les pendules à l’heure en ce qu’il est du devoir de tous les démocrates arabes de combattre sans relâche cette grave aberration mentale, si préjudiciable au développement du monde arabe. De déconstruire toute une stratégie fondée sur l’instrumentalisation d’une religion, l’islam, comme arme de combat au service du camp atlantiste et du pancapitalisme financier. Le combat n’est donc pas contre une religion, mais contre des dignitaires religieux ou des politiques qui instrumentalisent une religion.

"Le monde arabe vivait une révolution de grande ampleur, impulsée par l’immolation du Tunisien Mohamad Bouazizi, et l’Arabie Saoudite, comme indifférente à ce bouleversement qui sapait les fondements de l’ordre ancien, s’imaginait pouvoir interrompre ce flux à coups d’interdits, les fatwas, son arme de destruction massive. Quinze fatwas tout aussi lubriques que concupiscentes ont été décrétées durant ce que l’on désigne faussement de «printemps arabe», fatwa de la copulation de l’adieu, qui s‘apparente à de la nécrophilie, fatwa pour l’allaitement de l’adulte, fatwa pour le meurtre de Bachar al-Assad (alaouite) prioritairement à celui d’un Israélien, comme si la fonction d’un dignitaire religieux était de préconiser le meurtre ; fatwa enfin pour la destruction des Églises de la péninsule arabique.

"Les pétromonarchies comptent une dizaine d’églises, la plupart installées à la demande des autorités du pays, notamment des congrégations religieuses libanaises, tant pour veiller à la bonne éducation des enfants des familles princières et de la grande bourgeoisie du Golfe que pour répondre aux besoins spirituels de près de dix millions de «travailleurs immigrés occidentaux» expatriés dans la zone. En revanche les pétromonarchies abritent sept importantes bases aéronavales, sans compter la base de drones en Arabie Saoudite. Ce qui pervertit l’esprit ne vient pas tant de ces églises que de ces bases qui asservissent les pays de la région et aliènent leur souveraineté et leur dignité. Détruire une dizaine d’églises aurait exacerbé l’islamophobie ambiante des pays occidentaux et aurait suscité en réaction la destruction de plusieurs centaines de mosquées en Europe et ailleurs. Il est malsain de s‘abandonner à sa rance phobie sans en mesurer les conséquences, à court et à moyen terme, sur autrui.

"Dans la maturation de ce livre, une raison subsidiaire a joué qui relève de mon équation personnelle: je viens d’un pays, le Liban, dont la capitale, Beyrouth, s’est offerte en victime sacrificielle de la défaillance arabe, à deux reprises, glanant au passage le glorieux titre de «mère de toutes les villes du récit de la résistance arabe», dans sa double version Beyrouth-Ouest (1982) et Beyrouth-Sud (2006). Elle revêt, à ce titre, dans la conscience collective arabe, la fonction de «Vietnam d’Israël» en ce qu’elle revendique le privilège unique au monde d’avoir symbolisé, à deux reprises dans l’Histoire contemporaine, la résistance arabe à l’hégémonie israélo-américaine.

"Les Libanais veulent bien mourir pour la Palestine, mais pas se faire poignarder dans le dos par des planqués à des milliers de kilomètres du champ de bataille, de surcroît les alliés objectifs d’Israël, quand bien même ils sont arabes. Surtout s’ils sont arabes.

Afrique Asie: L’Arabie Saoudite est actuellement une gérontocratie moyenâgeuse. Comment expliquez-vous le fait qu’elle soit devenue, selon une expression de l’ancien ambassadeur de France à Riyad, une « dictature protégée » ? Par l’Occident bien entendu.

RN: L’Arabie Saoudite est le ravitailleur énergétique des grands pays industrialisés à des prix défiant toute concurrence. Une vache à lait. L’instrument docile de la stratégie américaine, unique cas au monde d’un partenariat dans la vassalité. Le deal est simple : la sécurité du ravitaillement pétrolier des États-Unis, et son ravitaillement au moindre prix, en contrepartie de la protection du royaume, plus précisément de la dynastie wahhabite.

"Vaste marché de consommation à fort pouvoir d’achat, l’Arabie est un exutoire. Un gros client de l’industrie d’armement des pays occidentaux, dont les transactions militaires exorbitantes, de l’ordre de plusieurs centaines de milliards de dollars, sont conçues comme des polices d’assurance qui obligent ses fournisseurs à le protéger et à soutenir sa politique, si erratique soit-elle. Les Occidentaux laissent l’Arabie s’enfoncer dans ses dérives et ses excès pour accroître sa vulnérabilité et accentuer la dépendance de la dynastie à leur égard. Le moment venu, exit. Comme avant elle la dynastie pahlévi d’Iran.

Afrique Asie: Main dans la main avec l’Occident, l’Arabie Saoudite a toujours joué un rôle d’avant-garde dans la déstabilisation des États séculiers dans le monde arabe (Égypte nassérienne, Syrie, Irak, Algérie, Libye, etc.). Comment expliquez-vous ce pacte d’apparence contre nature ?

RN: Non pas à l’avant-garde, mais à proprement parler le fer de lance de la contre-révolution arabe. Les pays qui lui sont frontaliers lui servent de balises de sécurité: le Yémen pour combattre Nasser et épuiser son armée pendant six ans (1960-1966) au point de la rendre incapable, en 1967, de faire face à la guerre préventive israélienne. L’Irak, dont elle a commandité la guerre pendant dix ans contre l’Iran (1979-1989), pour fixer un pays doublement dangereux à ses yeux, un pays révolutionnaire et chiite. Saddam Hussein a été un âne absolu. Quel besoin avait-il de faire le sale boulot pour le compte des monarchies les plus rétrogrades, lui qui se réclamait d’un régime séculier, d’une idéologie nationaliste et laïque ?

Afrique Asie: Le roi Abdallah d’Arabie vient de publier plusieurs décrets criminalisant le terrorisme au moment même où il apporte un soutien multiforme à tous les mouvements terroristes dans le monde arabe et musulman, voire partout dans le monde. Pourquoi cette volte-face ?

RN: La criminalisation des organisations djihadistes a constitué la condition préalable à la visite d’Obama en Arabie, en même temps qu’elle signait l’entrée en fonction du nouveau responsable des services de sécurité du royaume, le prince Mohamad ben Nayef, ministre de l’Intérieur et successeur de Bandar ben Sultan, le prince des ténèbres par excellence. En instrumentalisant d’une manière inconsidérée, à coups de pétrodollars, tous les paumés de l’islam, les djihadistes-takfiristes, les pays occidentaux ont eu à pâtir des retours de flamme (l’effet feed-back), un résultat qu’il ne pouvait soutenir devant leur opinion publique. Et cela d’autant plus difficilement que l’Arabie Saoudite avait déjà bénéficié de leur indulgence criminelle, qu’elle avait déjà été exonérée de ses responsabilités dans les attentats du 11 septembre 2001 (quinze pirates de l’air sur dix-neuf étaient de nationalité saoudienne), faisant assumer à l’Irak les conséquences de cet acte de folie.

Afrique Asie: On assiste actuellement à une guerre de succession feutrée, mais féroce, au sein de la famille régnante. Comme cette guerre va-t-elle se conclure ?

RN: Le roi Abdallah a manœuvré de manière à s’assurer que son fils Mout’eb accède au trône, en le mettant sur orbite et en verrouillant le processus de succession. Le clan Sideiry, les sept frères issus de la même mère (Faysal, Fahd, Sultan, Salman, Nayef, Ahmad, Moqren, et leurs descendants Bandar ben Sultan et Saoud al-Faysal), monopolise le pouvoir. Le roi Abdallah, qui appartient au clan rival d’Al-Shammar, veut assurer la pérennité de sa dynastie. Il a opéré un changement dans l’ordre successoral à la veille de la venue de Barack Obama à Riyad fin mars, plaçant le tuteur américain devant le fait accompli. Une fois Bandar ben Sultan, le commandant en chef des djihadistes, prestement évacué sanitairement aux États-Unis en février 2014, ce fut au tour du prince héritier Salman ben Abdel Aziz de subir les avanies de l’âge et du pouvoir. Atteint d’Alzheimer, un tuteur lui a été affecté en la personne de son demi-frère, le prince Moqren, faisant de lui le deuxième dans l’ordre de succession, en sa qualité de deuxième vice-président du Conseil. Autrement dit, le prince héritier du prince héritier. Le roi, 89 ans, a subi un triple pontage coronarien qui le place hors service durant de longues périodes. La pathologie du prince héritier Salman ben Abdel Aziz, 77 ans, fait planer des doutes sur son aptitude au pouvoir, bien qu’il soit l’héritier. Le prince Moqren, 68 ans, troisième plus haut dirigeant du royaume, et le deuxième dans l’ordre de succession, était à la tête des services de renseignements saoudiens avant son remplacement par Bandar.

"L’âge du roi Abdallah et sa santé déclinante alimentent régulièrement les rumeurs sur l’avenir des dirigeants du royaume, acteur-clé au Moyen-Orient et premier exportateur mondial de pétrole brut. Prudent et prévoyant, le roi Abdallah a placé son fils Mout’eb au poste stratégique de deuxième vice-président du conseil, verrouillant l’ordre de succession au bénéfice de son fils, sans possibilité d’en modifier l‘ordre de succession. Une semaine après ce tsunami de l’ordre successoral du royaume, c’est au tour du fils du prince héritier de subir les dures lois de la lutte du pouvoir. Le prince Turki ben Salman, président d’un important groupe de presse saoudien, a été dégagé de ses responsabilités le 6 avril. Ce changement à la tête du plus important groupe de presse saoudien intervient alors que la presse du Golfe est le théâtre d’une restructuration à marche forcée, à coups de pétrodollars. L’ancien premier ministre du Qatar, Hamad ben Jassem, l’homme du «printemps atlantiste arabe», s’est en effet emparé, l’été dernier, d’un des plus prestigieux journaux panarabes, Al-Qods Al-Arabi, évinçant sans ménagement son fondateur Abdel Bari Atwane pour la somme de 19 millions de dollars, en vue d’en faire un vecteur chargé de propager les vues et les visées du Qatar à destination du lectorat arabophone d’Europe et du continent américain. Un vecteur qui opérera en complément à ses «qatarologes», véritables missi dominici du salafisme dans les zones péri-urbaines de France et d’ailleurs, dont le plus en vue n’est autre que Nabil en-Nasri, président du Conseil des jeunes musulmans de France. En guerre ouverte avec le Qatar, l’Arabie Saoudite a entrepris, de son côté, une remise en ordre de sa structure politique et médiatique. Pour faire pièce à la nuisance d’Al-Jazeera, elle a lancé depuis Bahreïn une chaîne transfrontière, Al-Arab, propriété du prince Walid, et a repris en main le groupe As Shark al-Awsat.

Afrique Asie: Des informations récentes font état d’un début de fronde au sein des tribus contre le monopole du pouvoir par la famille Saoud. Quelle est la crédibilité de ces informations?

RN: À la faveur du printemps arabe, faisant preuve d’un courage inhabituel dans un pays régi par la police religieuse (Al-Mouttawah’a), 2 400 jeunes Saoudiens ont lancé une pétition en ligne proclamant le «refus de la tutelle paternaliste», s’insurgeant contre «la mainmise du pouvoir politico-religieux sur la vie publie et privée des Saoudiens» et la «tutelle paternaliste qui bride nos pensées». Le collectif des jeunes activistes déplore que «la génération précédente se soit égarée dans de conflits secondaires, une déviation des grands de causes nationales vers des débats sectaires, partiels et parcellaires».

"Leur emboîtant le pas, un dignitaire, Abdallah al-Ouwaydate, s’est attaqué à une pratique ancestrale, sujet tabou s’il en est : la cessation des activités profanes durant les heures de prière.

«La fermeture des centres commerciaux durant les heures de prière est une pure invention qui ne repose sur aucun fondement religieux ou rationnel. Ces centres ferment par crainte des représailles de la police religieuse, alors que les propriétaires de fonds pâtissent en premier du préjudice de cette mesure», a-t-il soutenu non sans témérité.

Afrique Asie: Comment analysez-vous les relations entre le royaume wahhabite et les Frères musulmans ? Comment se fait-il que Riyad les soutienne en Syrie et les combatte en Égypte?

RN: Primo: Trois des grands pays musulmans de la zone, l’Iran, une théocratie identique à l’Arabie, mais de rite chiite, la Turquie, un régime crypto néo-islamiste sunnite, et l’Égypte, surtout du temps de Mohamed Morsi, procèdent à la transmission du pouvoir par la voie des élections. Il s’agit d’une menace mortelle pour la dynastie wahhabite qui est, elle, régie par la transmission héréditaire du pouvoir selon la loi de la primogéniture, le plus ancien dans la classe d’âge. Cela prouve a contrario que l‘on peut être un musulman et même un pratiquant et recourir à l’élection sans dévoyer l’islam.

"Deuxio: L’Arabie Saoudite a été l’incubateur des Frères musulmans depuis leur défaite face à Nasser, dans la décennie 1950. Ils avaient même le monopole de l’embauche des travailleurs tant égyptiens que syriens pour les emplois en Arabie Saoudite, avec leur contribution y afférente.

"Tertio: l’Arabie Saoudite a servi de fusée porteuse pour la mise en orbite de la confrérie dans l’espace européen, faisant d’elle un levier d’opinion auprès de l’importante communauté arabo-musulmane, estimée à près de vingt millions de personnes.

"La brouille est intervenue dans la décennie 1990-2000. D’une part, lorsque l’Arabie a voulu s’exonérer des attentats du 11-Septembre en faisant porter la responsabilité de ses excroissances extrémistes aux Frères musulmans, et non à la doctrine wahhabite. D’autre part, lorsque la confrérie, s’estimant bien implantée dans la diaspora occidentale, a cherché à se positionner de façon autonome par rapport à ses anciens bailleurs de fonds.

"Il n’existe pas de contradiction entre la position de l’Arabie Saoudite vis-à-vis des Frères musulmans de Syrie et ceux d’Égypte. La Syrie assume une fonction identique à l’Afghanistan dans la décennie 1980. Un défouloir au trop-plein de djihadistes de la péninsule arabique, qui autrement serait opérationnels sur leur propre territoire national. Les Saoudiens font faire le sale boulot au «régime mécréant des alaouites», plutôt que de le faire eux-mêmes.

"Sous couvert de guerre contre le terrorisme, l’Arabie Saoudite a procédé à une normalisation de facto avec Israël, criminalisant la confrérie des Frères musulmans, au-delà des rivalités de voisinage et des conflits de préséance.

"La diabolisation des Frères musulmans, matrice originelle d’Al-Qaida et de ses organisations dérivées, apparaît ainsi comme une grande opération de blanchissement des turpitudes saoudiennes et de dédouanement de la dynastie à son soutien à la nébuleuse du djihadisme erratique depuis son apparition dans la décennie 1980, lors de la guerre antisoviétique d’Afghanistan.Un parrainage qui a valu à l’Irak d’assumer, par substitution, la fonction de victime sacrificielle d’un jeu de billard à trois bandes en 2003, en compensation au châtiment de l’Arabe Saoudite pour sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.

"Cette décision à l’encontre d’une confrérie qu’elle a longtemps couvée, qui fut de surcroît son instrument docile dans sa guerre contre les régimes républicains du versant méditerranéen du monde arabe, témoigne du brutal retournement de situation à l’égard d’une organisation autrefois portée au pinacle, désormais vouée aux gémonies. À l’apogée de sa puissance au début du « printemps arabe », en 2011, l’unique formation transnationale arabe se retrouve à son périgée trois ans plus tard, en butte désormais en aux coups de boutoir conjugués de son pays d’origine, l’Égypte, et de son pays incubateur, l’Arabie Saoudite, les deux plus grands pays arabes, le premier par sa puissance militaire, le second par sa puissance économique.

"L’alliance des Frères musulmans avec le philo-sioniste Bernard-Henri Lévy, erreur impardonnable et mortelle, ne leur a été d’aucun secours. Vaincus par Nasser puis par Sissi, et désormais bannis par les Saoudiens, les Frères musulmans ont illustré le « degré zéro de la politique ». Ils devraient changer de logiciel politique. Plutôt que de mener une politique revancharde, ils auraient dû viser une posture type Nelson Mandela, en dépassant les antagonismes de la société égyptienne. Le nanisme politique est antinomique de la grandeur.

Afrique Asie: On évoque souvent le scénario d’une implosion du royaume. Dans quelle mesure cette hypothèse est-elle plausible ?

RN: La partition constitue une épée de Damoclès suspendue de manière permanente sur la tête de la dynastie. Elle a été brandie la première fois par Oussama ben Laden lors de son divorce avec ses anciens commanditaires, à la suite du débarquement américain en Arabie Saoudite pendant la première guerre de la coalition internationale contre l’Irak (1990). Le sous-traitant émérite de la stratégie saoudo-américaine dans la sphère arabo-musulmane au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine en Afghanistan (1980-1989) avait préconisé la constitution d’une République islamique du Hedjaz, regroupant les lieux saints de l’islam (La Mecque et Médine) sous son autorité, à l’effet d’ôter toute légitimité spirituelle aux wahhabites.

"La seconde fois, après les attentats du 11-Septembre, lorsque le Pentagone a laissé fuiter un plan prévoyant le démembrement du royaume en quatre parties: la zone pétrolière chiite à l’Irak, à l’époque sous mandat américain, le périmètre des lieux saints à la dynastie hachémite de Jordanie, ancien titulaire des lieux, etc. La menace de partition a un effet dissuasif sur la dynastie. Observez ce qui s’est passé au Soudan, au mépris du principe de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation. La peur du gendarme est le commencement de la sagesse. Les dirigeants saoudiens ne sont pas doux et sages, ils sont dociles et serviles.

Afrique Asie: Le Conseil de coopération du Golfe, création de l’Arabie Saoudite, contre l’Iran et l’Irak à l’époque, est en train d’imploser. Pourquoi ?

RN: Le Qatar est un poignard planté sur le flanc de l’Arabie. La guerre intestine entre les frères ennemis wahhabites est une guerre de survie dynastique. Dans l’hypothèse d’une partition du royaume, le Qatar serait le substitut. La dynastie Al-Hamad, une version light du wahhabisme de la famille Al-Saoud. Cette crise, la plus violente depuis la création du Conseil de coopération du Golfe il y a trente ans, paraît devoir entraver le fonctionnement de l’ultime instance régionale de coopération arabe encore en activité et perturber la stratégie islamo-atlantiste en Syrie. Ce syndicat des pétromonarchies du Golfe est sous haute protection militaire occidentale. Formé des six pétromonarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, sultanat d’Oman), le Conseil de coopération du Golfe a été mis sur pied dans la décennie 1970 au moment de l’accession à l’indépendance de l’ancienne Côte des pirates (Émirats arabes unis), dans la foulée du retrait britannique à l’est de Suez.

"Les six pétromonarchies abritent chacune une base occidentale d’envergure, faisant de la zone la plus importante concentration militaire atlantiste hors de l’Otan. Que le mufti de l’Otan (87 ans) soit parvenu, au soir de sa vie, à saborder les relations entre les meilleurs alliés de l’Otan, ses supplétifs dans la recolonisation du monde arabe, donnent la mesure de la fragilité de cet édifice et de ses adhérents.

Afrique Asie: Comment expliquer les relations explosives entre l’Arabie et la Syrie ? 

RN: La Syrie, éternel trouble-fête de la politique arabe, a fait l’objet d’une manœuvre de contournement de la part des grands pays arabes, en vue de provoquer sinon l’effondrement du régime baasiste, du moins la rupture avec son allié iranien. En vue aussi d’annoncer sa reddition au nouvel ordre américain, que les États-Unis et leurs grands alliés régionaux, l’Arabie Saoudite et Israël, tentent vainement d‘instaurer au Moyen-Orient depuis le début de la présidence de George Bush Jr il y a dix ans avec son projet de «Grand Moyen-Orient».

"Unique pays se réclamant de la laïcité dans le monde arabe mais partenaire stratégique de l’Iran – le seul régime théocratique se réclamant du chiisme, la branche rivale du sunnisme –, la Syrie est simultanément et cumulativement accusée d’être un foyer du terrorisme international, un pivot de l’axe du mal, le phagocytaire du Liban et de la Palestine, le fossoyeur du leadership libanais. En un mot le grand perturbateur d’une paisible et riante zone par excellence: le Moyen-Orient. Une thèse relayée sans retenue et avec une belle unanimité par les grands médias occidentaux, tant dans la presse audiovisuelle que dans la presse écrite, tant par les intellectuels médiatiques que par les scribouillards besogneux.

"Mais ce paria-là, selon le schéma occidental, au-delà des turpitudes dont il peut être crédité, se trouve être en phase avec la multitude des «laissés-pour-compte» de la paix, à tout le moins perçu comme tels, qui voient en lui l’ultime porteur de la revendication nationaliste arabe, à une période de l’Histoire marquée par une déperdition identitaire et une religiosité régressive. Redoutable honneur qui lui vaut l’hostilité sans nuances des pays qualifiés de «modérés» dans le jargon diplomatique et médiatique occidental, principalement l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Jordanie, c’est-à-dire les régimes affligés des mêmes tares d’autoritarisme, de népotisme et de corruption que le régime syrien, mais que leur alignement docile au camp occidental exonère de toute critique."

 

Source: http://www.renenaba.com/interview-de-rene-naba-a-la-revue-afrique-asie/

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 08:00

A l'occasion du premier anniversaire de son décès, l'Action française-Pau rend hommage à lady Thatcher qui opéra une véritable Contre-Révolution économique et sociale dans son pays. Même si les conditions sont différentes dans le nôtre, un homme politique réaliste ne peut manquer de la considérer comme une femme d'Etat européenne marquante de la deuxième moitié du XXème siècle, et s'inspirer de son volontarisme.

A.F.-Pau & Pyrénées

A sense of purpose

Mrs Thatcher’s steely resolve to improve Britain is sorely needed today, but tempered by compassion for the post-industrial working class.

       

 

"Britain at the start of 1979 was a horrid place to live. Tens of thousands of public sector workers were on strike; lorry drivers refused to deliver heating oil, forcing the closure of over a thousand schools; bodies in Liverpool lay unburied because grave-diggers had downed tools.

 

"It was Britain’s Winter of Discontent. Large-scale industrial unrest caused by trade union demands for pay rises clashed with the governing Labour Party’s policy of pay freezes.

 

"Margaret Thatcher was leader of the opposition Conservative Party at the time. As Charles Moore, her official biographer noted yesterday, she saw that “her nation was failing. At home, trade union power, over-government, over-borrowing, high taxes, inflation were destroying it. On the international scene, Soviet Communism was threatening the future of freedom in the West.”

 

"This malaise was reflected across an increasingly impotent nation: Sir Nicholas Henderson, the British Ambassador to France, noted in a diplomatic communiqué (later leaked and widely published) that Britain’s “economic decline in relation to our European partners has been so marked that today we are not only no longer a world power; we are not in the first rank even as a European one.”

 

"I don’t need to point out that today Britain is an economic powerhouse, a political heavyweight, a military big gun and a global exporter of culture. That the United Kingdom would be in this place was far, far from certain in 1979. In fact, it was more likely that the received wisdom of the day would come true: that the end of the Empire and the economic strategy of “Butskellism” would see a managed decline in British fortunes.

 

"The policies which lifted the British trajectory upwards are well known.

 

"Mrs Thatcher’s governments stopped subsidising coal mining and other economic activity which was uncompetitive and inefficient. Council homes were sold off to their owners by the hundreds of thousands in the right-to-buy programme, barriers to entry in the financial services market were demolished (most spectacularly in the ‘Big Bang’ deregulation of the City of London in 1986), the nation’s ‘family silver’ was sold off in a massive series of industrial privatisations and share-owning became widespread.

 

"Internationally, Mrs Thatcher repeatedly spurned closer integration with the European Economic Community, now the European Union. She allied Britain closely to the United States through the personality of Ronald Reagan, which whom she had a surprising affinity: he the smooth movie star from California famed for his fireside chats, she the daughter of a grocer from Lincolnshire whose stern public personality largely masked her warmth and kindness. But the two of them played, together with Pope John Paul II, pivotal roles in managing the soft-landing of the Soviet Union as it broke up – peacefully, unlike the Arab Spring.

 

"Her biggest gamble – and, in hindsight, stroke of luck – came with the Argentine invasion of the Falklands in 1982. By many metrics, life in Britain was even worse in 1982 than it had been in 1979. Had an aircraft carrier been sunk or a few more troop carriers and warships, the British task force would have been forced back from the Islands; the war would have been lost; and with the war, the Conservatives’ chances of winning the 1983 general election.

 

"But she triumphed.

 

"The capstone to her victory, paradoxically, was Labour’s landslide victory in 1997. This was due to the invention of New Labour and Tony Blair’s recognition that the British political fulcrum is to the centre-right. This is the greatest legacy of Mrs Thatcher.

 

"It is not my intention here to revisit the politics of the 1980s nor to weigh up the benefits and costs of Thatcherism and Thatcherite policies. Yes, there were costs. Council housing was sold off without building replacements. This heralded the sub-prime era and a widespread shortage of social housing that has contributed to severe homelessness. British relations with Europe were poisoned by her intransigence and hostility, even though European integration continued, albeit at a slightly slower rate.

 

"This was the dynamic which precipitated her defenestration as Party leader and Prime Minister in November 1990. I share David Alton’s view of Mrs Thatcher’s embrace of free market liberalism: she failed to see the consequences of mass deindustrialisation. The human cost of shutting the coal pits and ‘rationalising’ the workforces of British Rail, British Gas and other fragmented monopolies was simply enormous.

 

"Alton saw it first hand, as a councillor in inner city Liverpool and then an MP in the city: “Phenomenal unemployment in cities like Liverpool paved the way for civil unrest, for today’s benefits culture and decimated the coal field communities. A failure to cushion the blow and to provide transitional work led to social unrest and division.”

 

"Norman Tebbit’s famous remark about his unemployed father getting on his bike and looking for work in the 1930s supposed that the same occupational and geographical mobility was appropriate for a radically different economy 50 years later. We Conservatives failed to build strong economic and civil communities in former industrial and manufacturing heartlands of the North. Britain still suffers today because of it.

 

"The simple fact is that there are large swathes of the North where Tory candidates lose in every election because there is an insufficient basis for enterprise and work outside of the public sector to grow. Two current policy initiatives may change this. One is Education Secretary Michael Gove’s free schools programme and his effort to lift educational achievement. The other is Iain Duncan Smith's massive welfare reforms which aim to shift the benefits system away from disincentives to work.

 

"But much of the country are off-limits to the Right, directly as a result of the failure to do enough to replace the lost industries of the 1980s.

 

"Mrs Thatcher’s personal strength as a woman is represented neatly in the dozens of famous phrases attributed to her. She quoted St Francis of Assisi’s prayer on the doorstep of Number 10 Downing Street in 1979: “Where there is discord, may we bring harmony. Where there is error, may we bring truth”. She told the Conservative conference in 1980, “To those waiting with bated breath for that favourite media catchphrase, the U-turn, I have only one thing to say: You turn if you want to. The lady’s not for turning.”

 

"My favourite, for what it’s worth, is “Being powerful is like being a lady. If you have to tell people you are, you aren’t.”

 

"In the current funk of global recession today, let’s hope for more leaders with the vision and courage to implement the necessary reforms for stable, secure job creation and economic growth. As Alton puts it, Mrs Thatcher “always described herself as a conviction politician and no one was ever in any doubt about what she believed and why.”

 

"But remember: all quotes need a context. The steely resolve that radiated from the Iron Lady must be tempered with a sensitivity to the full consequences of political actions."

 

Peter Smith is a lawyer living and working in London.

 

Source:  http://www.mercatornet.com/articles/view/a_sense_of_purpose

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publié par la Section de Pau & Pyrénées - dans Politique étrangère
22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 09:00

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On  lira plus bas le billet d'humeur, paru récemment sur un site de réflexion stratégique, d'un jeune lieutenant frais émoulu de Saint-Cyr qui pointe le dénuement de l'Armée française aujourd'hui engagée sur deux fronts au Mali et en République Centrafricaine. Il y déplore l'absence de réflexion à l'intérieur de l'Armée, l'autosatisfaction de ses chefs, généraux et colonels, le manque de moyens et d'innovation dans la communication avec le public. Le retour de la République dans l'O.T.A.N., avec son lot d'exercices en commun, permet d'ailleurs aux officiers et aux soldats de faire de cruelles comparaisons, même si le "modèle anglo-saxon" n'est pas la panacée. Un diagnostic avec lequel l'Action française ne peut qu'être d'accord; la conclusion s'impose d'elle-même: alors que la Démocratie est par essence antimilitariste, seul, un Roi indépendant des groupes de pression, ayant la formation militaire requise et conscient de l'utilité de notre force militaire, pourrait rendre à l'Armée la fierté et les moyens matériels essentiels pour assurer la sécurité de la France.

A.F.-Pau & Pyrénées

 

"En 2007, le Lieutenant-colonel Paul Wingling, de l’US Army, écrivait dans la revue officielle de l’armée américaine un article intitulé « la faillite des généraux ». Cet article remarquable prouve tout d’abord l’énorme liberté d’expression de l’armée américaine, où chacun est le bienvenu pour débattre et faire avancer les choses sans craindre, si l’esprit est respecté, de quelconques répercutions sur sa carrière. Si le titre de cet article fait référence à des problèmes parfois spécifiques à l’armée américaine, il est néanmoins tout à fait approprié à la situation dont vous faites état.

 

"La pensée dans l’armée Française est, je le déplore, un arbre à beaucoup de branches mais bien peu de fruits. Que l’on s’écarte trop de la norme, et l’on est condamné, comme Galula, à s’exiler pour faire progresser ceux qui le veulent vraiment avant de se faire redécouvrir 60 ans après par ses compatriotes (qui, au lieu d’avoir l’humilité de se taire, viennent même s’en vanter). Sorti il y a peu de Saint-Cyr, j’y ai été, comme tous mes camarades, déçu, et même choqué par la pauvreté de l’enseignement académique qui y est dispensé. Des cours disparates sur des matières sans unité réelle, on ne tire que très peu d’apport culturel (sauf pour la filière RIS qui vient de disparaître…), et la capacité de réflexion des jeunes officiers s’en trouve d’autant plus diminuée. Si bien qu’il existe un véritable fossé de connaissances (dont les frontières s’écartent au rythme croissant des fautes d’orthographes sur chaque diaporama Power Point, outil si réducteur de la pensée…), entre officiers subalternes et officiers supérieurs. J’entends souvent les colonels fraichement diplômés, ou les généraux plus anciens dire : « à l’Ecole de Guerre, je me suis refait une culture ». Il est malheureux de constater que de cette culture on ne tire que bien peu d’ouverture d’esprit, et je déplore chaque jour que nos chefs n’aient pas saisi (ou l’aient feint) l’évolution de la société du pays qu’ils servent.

 

"Car la qualité fondamentale de l’officier, celle qui fait de lui l’homme capable de s’adapter aux changements de paramètres sociétaux pour obtenir les meilleurs résultats, c’est bien l’ouverture d’esprit.
 

 

"En effet, comme on nous le répète sans cesse « le cœur du métier, c’est l’homme ». Mais avez-vous compris qui est l’homme d’aujourd’hui ? Non. Nos chefs ont manqué l’élément essentiel qui est au centre de notre société : la communication. Elle est, que l’on s’en réjouisse ou non, maîtresse de tout.
 

 

"Elle est celle qui contraint le politique méfiant qui ne voit en l’armée qu’une économie de dépense publique dont personne ne se soucie. Elle est celle qui explique au citoyen et le saisit de sorte que le politique ne peut plus considérer la défense que comme une variable d’ajustement budgétaire. Elle est celle qui attire le jeune en manque de repère vers une vie hors norme.

 

"Mais cela, nos chefs ne l’ont pas vu, ou n’ont pas voulu le voir.

 

"Trop enfermés dans le culte pervers d’une obéissance aveugle (« réfléchir, c’est commencer à désobéir »), nos chefs ont laissé la loyauté se faire docilité. La défiance du politique envers les armées n’est pas nouvelle. Face à cela l’on pouvait très bien, et c’est même une nécessité, se battre avec leurs propres armes. Cela ne veut pas dire désobéir, mais contraindre le politique à n’utiliser la défense que pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle coûte. Mais cela peut signifier des esclandres. Des démissions. Des vagues dont on a horreur dans notre institution. Bref, cela signifie du courage.

 

"Et si l’on ne veut pas en arriver à ces extrêmes là, auxquels on arrivera j’en suis convaincu, si l’on ne voulait pas en arriver à cette civilianisation des tâches « non guerrières » (...), il fallait être clairvoyant. Il fallait être ouverts d’esprit. Il fallait comprendre que pour réhabiliter l’armée dans l’inconscient collectif il faut mettre des uniformes français à la télé, au cinéma, partout, et donc commencer par lever l’énorme montagne administrative qui bloque la coopération « militaro-audiovisuelle ». Dois-je rappeler qu’il existe au Pentagone un département entier consacré aux relations entre l’armée et Hollywood ? Comment, si l’on comprend le rôle clé de la communication, laisser des généraux de tous bords se succéder tous les 2 ans à la tête du SIRPA ? Pourquoi ne pas lancer un appel d’offre aux officiers supérieurs, d’un mandat de 5 ans ou plus à la tête de la communication de l’Armée de Terre, avec un master 2 à HEC pendant l’Ecole de Guerre, pour un officier motivé par cette perspective, qui pourrait s’y consacrer pleinement au lieu d’attendre son commandement en essayant de comprendre un système qu’il quittera dès lors qu’il le maitrisera ?

 

"Mais par communication, j’entends aussi les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux et internet au sens large ont un impact bien différent que celui de ce seul pauvre « caporal stratégique » qui nous fera perdre la guerre parce qu’il a filmé un dommage collatéral. Internet, c’est le choix. Le choix est un changement fondamental entre la jeunesse d’aujourd’hui et la jeunesse d’il y a encore 15 ans. Les jeunes, il y a encore 15 ans, lorsqu’ils n’étaient pas totalement satisfaits, restaient « faute de mieux ». Aujourd’hui, ils cliquent, chattent, twittent, et vont signer ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’on a pas compris comment évolue la société. Ou qu’on s’est borné à la voir telle qu’on voudrait qu’elle soit. Nous n’avons pas d’impact sur le produit de départ mais une obligation de qualité sur le produit d’arrivée. En d’autres termes, plus vite on comprends et on accepte à qui on a affaire, mieux on sera capable de le modeler pour faire de lui un soldat, un combattant, et pas un contractuel au rabais qui vient valider les statistiques. L’image joue aujourd’hui un rôle crucial. Le jeune soldat veut pouvoir rentrer chez lui en étant fier de ce qu’il fait. Vigipirate, par exemple, doit être vu comme une opération de communication gratuite où le jeune soldat est fier d’arborer un faciès de soldat du XXIe siècle qui attire les questions de ses congénères qui lui portent ainsi une vraie considération ! Mais comment voulez-vous qu’il soit fier quand on lui interdit de porter le drapeau français à l’intérieur des frontières (même les Allemands on un drapeau cousu sur l’épaule !) ? Comment voulez-vous qu’il soit fier quand l’équipement qu’on lui fournit est proprement honteux (je vous renvoie au RETEX du 2eREP sur le Mali stipulant que les seuls équipements ayant résisté à un mandat de 4 mois sont les équipements achetés personnellement) ? Comment voulez-vous qu’il soit fier qu’en 4 mois de mandat il ait dû voler les chaussures d’un insurgé qu’il a tué parce que celles qu’on lui donne sont mortes (alors que 2 paires tempérées, une paire été, une paire hiver par combattant déjà payées et livrées sont retenues à Mourmelon sous le libellé « stock guerre ») ? Comment voulez-vous qu’il soit fier quand on n’arrive pas à lui acheminer d’eau mais qu’on lui envoie un hélicoptère plein de rasoirs jetables parce qu’un officier supérieur a vu des photos de soldats non rasés ? Comment voulez-vous qu’il soit fier quand il n’est plus payé ?

 

"Le jeune qui vient s’engager vient pour beaucoup de raisons diverses, mais nul ne s’épanouit dans un travail qu’il n’aime pas. La différence, c’est qu’aujourd’hui on ne fait plus contre mauvaise fortune bon cœur. Si on ne nous propose pas mieux, on va voir ailleurs.

 

"L’Armée de Terre a manqué sa professionnalisation. Nous allons commencer à le voir à partir de maintenant, car elle se maintenait jusque là par la compétence d’anciens qui, par la force des choses, se font de plus en plus rares. Car l’avènement du « taux d’attrition », véritable saint-patron de nos armées et première préoccupation réelle des unités, a engendré un virage démagogique dont l’armée de terre ne pourra que difficilement se remettre. Tous les moyens sont bons désormais pour garder les jeunes, qu’ils correspondent ou non à l’emploi à honorer, pourvu que les chiffres soient respectés. Mais cela est complètement contre productif : trop dorloté (je ne parle pas ici des violences physiques qui n’avaient plus leur place chez nous), le jeune engagé est très vite déçu par la vie en compagnie où il s’ennuie – en partie aussi parce que leurs supérieurs sont accaparés par des tâches administratives qui ne devraient pas être dans leurs prérogatives, et ne re signent pas. Il en résulte une perte croissante des compétences qui ne va que s’aggraver à mesure que le vivier de « vieux soldats » s’épuise. Et comment maintenir un niveau de compétence suffisant quand on doit former sans cesse des nouveaux qui partiront 5 ans après ? Et ceux qui restent ne sont pas assez endurcis moralement pour supporter les vicissitudes de la vie militaire.

 

"La première chose qu’il fallait changer lors de la professionnalisation, c’était l’état d’esprit. Mettre un terme à « un beau soldat c’est déjà la moitié d’un bon soldat ». On confond encore dans cette armée l’entretien de la tenue avec le culte de l’apparence. On confond rigueur et rigorisme. Et les contacts croissants avec les armées étrangères en sont à chaque fois une nouvelle démonstration. Une journée avec une section anglaise suffit. Sport le matin : les anglais arrivent tous dans une tenue différentes mais dans laquelle ils sont à l’aise pour tirer le meilleur parti de leur séance, les Français arrivent tous dans la même tenue, la moitié s’arrache les cuisse, certains on trop froid, etc… Tir l’après midi : les anglais s’entrainent avec le matériel avec lequel ils combattent, pas nous. Parcours naturel : on a fait les fiers le matin en sport en débardeur alors qu’il gèle, les Anglais n’ont rien dit et arrivent maintenant tous en treillis rangers T-shirt et vont casser la glace de l’étang. Soir : nettoyage armement, le Français n’a pas le droit d’écouter de musique, doit rester trempé à gratter son famas avec des ustensiles fournis inadaptés pendant que l’Anglais est en civil et se détend en nettoyant son arme, comme un soldat professionnel qui nettoie son outil de travail. Car à la fin de la journée, son arme est propre, il a travaillé ses performances physiques, la manipulation de son équipement de combat, et sa rusticité. Le Français a montré qu’il ne réfléchit pas, et qu’il n’est pas meilleur. Sauf que le soir, le Français va sur internet se chercher un autre emploi.

 

"La mentalité des chefs n’a pas changé, ils sont toujours fiers de « faire des miracles avec rien ». On peut être fier d’être capable de continuer en situation difficile quand on a plus rien, on ne peut accepter de devoir faire tout avec rien. Et c’est bien là le problème. Le rôle des généraux, c’est de défendre leur armée auprès (contre) des politiques. Mais comment voulez-vous le faire quand ils sont à ce point déconnectés ?

 

"Nous allons payer très cher leur manque de pragmatisme. Il y a de l’autre côté de la Manche un pays qui connaît les mêmes difficultés financières que nous. Un pays où les officiers sont extrêmement loyaux, mais qui ont choisi de dire « non » lorsqu’on leur demande d’honorer un théâtre sur lequel ils ne peuvent pas agir de manière professionnelle, afin de mettre les politiques en face de leurs responsabilités. Dans 10 ans, l’armée anglaise aura gardé ses savoir-faire techniques et tactiques qu’elle aura continué à entretenir à moindre échelle, et elle sera dotée de 2 porte-avions de classe Queen Elizabeth. Dans 10 ans, je ne donne pas cher de notre armée qui est d’ores et déjà, en hommes comme en matériels, moins nombreuse que l’armée Suisse."

 

Lieutenant Arène

 

Source: http://www.penseemiliterre.fr/index.php?post/2013/11/19/Humeur-%3A-la-faillite-des-g%C3%A9n%C3%A9raux

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 09:00

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On lira ci-après avec le plus grand intérêt l'analyse bien documentée d'un Français vivant sur place, parue récemment sur un site libéral, de la manière révolutionnaire dont Nelson Mandela et l'A.N.C. s'y sont pris pour déstabiliser et renverser le pouvoir sud-africain. Une lecture opportune à l'heure de la canonisation médiatique de ce curieux politicien...

Il est toutefois utile de le compléter en précisant que la tuerie de Sharpeville, sur laquelle Mandela s'est fondé pour justifier ses procédés criminels de guerre révolutionnaire, était en réalité un acte de légitime défense de policiers sud-africains contre une foule fanatisée supérieure en nombre. Il faisait suite à celle de Cato Manor, où trois d'entre eux s'étaient vu massacrer dans les mêmes conditions...

A.F.-Toulouse & Haut-Languedoc

"Une opinion divergente : Nelson Mandela et la guerre révolutionnaire

En complément des multiples commentaires hagiographiques de ces huit derniers jours, notre ami Olivier Braun (qui réside en Afrique du sud) nous rappelle un certain nombre de faits que la mémoire collective est en train d'oblitérer. 
A cette occasion, il revient sur la grande question philosophique que soulève la biographie même de Mandela : dans quelles conditions peut-on approuver la guerre révolutionnaire (dont il nous rappelle les stratégies de base) ?

Nelson Mandela s'était montré bien plus sage que les auteurs des réactions proprement hagiographiques qu'on peut lire à l'occasion de son décès le 5 décembre 2013, à 95 ans. Dans ses mémoires il dit son déplaisir à être considéré comme un saint.

Mandela a consacré sa vie à lutter contre le régime raciste de l'apartheid. Après un emprisonnement de 27 ans, suivi d'une période d'âpres négociations suite à sa libération en 1990, il fut largement élu à la présidence de la République d'Afrique du Sud, en avril 1994. Devant un parterre rassemblant presque tous les dirigeants du monde venus pour son inauguration, il étonna par son absence d'amertume en déclarant1 que :

Le temps de panser les plaies est venu.

Le moment de poser un pont au-dessus des fossés qui nous séparent est venu.

Le temps de construire est arrivé.

(…) Nous avons triomphé dans nos efforts pour implanter l'espoir dans les cœurs de millions de gens de notre peuple. Nous entrons dans un pacte pour construire une société au sein de laquelle tous les Sud-africains, aussi bien Noirs que Blancs, pourront marcher haut, parler sans peur dans leur cœur, assurés qu'ils seront de leur droit inaliénable à la dignité humaine – une Nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde.

Conformément à cette promesse, il consacra son mandat à travailler à la réconciliation et promut le Comité pour la Vérité et la Réconciliation, chargé de faire la lumière sur les crimes commis de part et d'autre, avec pouvoir d'accorder l'amnistie à ceux qui diraient toute la vérité.

Car des crimes, il y en eut. Les crimes du régime sont connus, qu'il s'agisse de répressions policières violentes, à partir du massacre de Sharpeville, où plus de soixante manifestants furent tués, ou des enlèvements d'activistes, de leur torture et assassinat. La tuerie de Sharpeville fut l'événement qui, selon Mandela, acheva de le convaincre de la nécessité de la lutte armée.

Le droit à la résistance à l'oppression...

Pour juger de l'action violente de l'ANC, il convient au préalable d'insister sur le concept de "droit à la résistance" et ses conditions. Notre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 reprend ce qui est en réalité une ancienne tradition en philosophie politique. Son article II définit les droits naturels :

Article II

"Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression".

La tradition est ancienne. La pensée grecque, en saluant les Tyrannoctones, Harmadios et Aristogiton, par l'érection d'une statue, justifie l'assassinat d'Hipparque, l'un des deux frères Pisistrates, tyrans à Athènes.2 Mais c'est dans la pensée Catholique que l'on rencontre surtout l'expression du droit à la résistance, mais aussi une réflexion sur ses conditions. Dans cette tradition, le droit de résistance, ou de révolte, doit être apprécié en fonction de la légitimité du pouvoir. L'enseignement traditionnel de l'Eglise de Rome, fondé sur une épître de Saint-Paul, est connu sous le vocable erroné de droit divin des rois. L'apôtre s'exprime ainsi3 :

"Que toute âme soit soumise aux autorités supérieures; car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par lui. C'est pourquoi celui qui résiste à l'autorité, résiste à l'ordre que Dieu a établi et ceux qui résistent attireront sur eux-mêmes une condamnation. Car les magistrats ne sont point à redouter pour les bonnes actions, mais pour les mauvaises. Veux-tu ne pas craindre l'autorité ? Fais le bien, et tu auras son approbation; car le prince est pour toi ministre de Dieu pour le bien".

Pourtant l'Eglise enseigne que tous les hommes sont faits à l'image de Dieu, qu'ils sont donc égaux en dignité et que, « sortis du néant issus du même père, sujets aux mêmes infirmités, destinés à la même fin en subissant le même arrêt de l'inévitable mort, il est certain que, par nature, abstraction faite de toute intervention divine dans les choses humaines, nous sommes tous égaux en droit, comme dans notre origine et dans nos destinées »4. La conclusion logique, que Duguit exposera dans des termes similaires5, est que :

"[A]ucun homme n'a en lui-même le droit de dominer ses semblables ni d'en être obéi".

C'est la nature humaine6 qui concilie ces deux principes en apparence opposés. L'homme, pour les catholiques, mais suivant en cela la tradition grecque, singulièrement Aristote, est un « animal social » qui ne saurait vivre selon sa nature, ni même développer ses facultés, en dehors de la société. C'est en ce sens que la société est naturelle et que, considérant impossible l'existence d'une société sans gouvernement, celui-ci, étant nécessaire, est de droit naturel. Un théoricien remarquable, Anthony  De Jasay notait que, la « nécessité [d'un gouvernement], si elle était prouvée, emporterait l'argument moral. S'il n'était tout simplement pas possible de vivre en société sans soumettre la volonté de quelques-uns à la volonté d'autres, la moralité ne peut exiger qu'ils n'y soient pas soumis ».7 Jean-Jacques Rousseau, qui n'était pas un innovateur, ne dit guère autre chose dans l'une des premières phrases, les plus fameuses, de son Contrat social : « L'homme est né libre et partout il est dans les fers. (…) Comment ce changement s’est-il fait ? Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette question ».

Dire que tout pouvoir vient de Dieu signifie donc que l'homme devant, de par sa nature, vivre en société, et la société devant être gouvernée, l'existence d'un pouvoir social, d'une autorité, est d'essence divine. Dieu, contrairement à ce que les théoriciens du droit absolu des rois tentaient de faire accroître, contre la papauté, n'a pas donné immédiatement de droit de commander aux rois, mais médiatement, via le peuple.8 La forme républicaine ou démocratique est toute aussi valable, la question du meilleur régime dépendra des circonstances particulières.

Le point central pour le droit de résistance, est celui-ci : si Dieu veut une autorité, celle-ci est limitée par son but, qui est d'assurer le Bien commun. Un gouvernement qui s'en écarterait serait injuste et pourrait perdre sa légitimité. Saint Paul précisait : « car le prince est pour toi ministre de Dieu pour le bien. »

« On a le droit de résister à des mauvais prince comme à des brigands » écrivait Saint-Thomas9. Il s'agit là d'un principe, d'un droit moral, mais la question est bien plus délicate en raison des risques d'anarchie et de guerre civile qui peuvent résulter d'un manque de discernement. Qui peut juger de l'étendue des injustices propres à faire perdre la légitimité au pouvoir en place ? Des moyens de résistance moralement licites ? Les Français connaissent un exemple fameux de cette thèse, exemple qui a eu pour conséquence de limiter voir de supprimer l'idée du droit de résistance : le jésuite espagnol, Juan de Mariana, dans son De rege et regis institutione publié en 1598, justifie le régicide d'un monarque, sous certaines conditions ; l'assassinat, en 1610 du roi Henri IV fut imputée à l'influence de ces idées.

L'effort des théologiens par la suite, et surtout au XIXème siècle consista à clarifier les limites jugées indispensables, sans que le principe ne soit remis en cause. L'abbé Jacques Leclercq résume les conditions de la résistan,ce10 : celle-ci doit être nécessaire, utile, et être proportionnée.

La nécessité implique d'abord que les moyens légaux ne soient d'aucun secours pour redresser une injustice. L'Afrique du Sud était alors formellement une démocratie parlementaire avec une opposition, et un Etat de droit ? Une démocratie raciale certes, avec le droit de vote réservé à la seule minorité blanche, et s'enfonçant toujours davantage vers le totalitarisme. Il était concevable que l'opposition parlementaire, ou l'opinion publique blanche puisse être convaincue de l'illégitimité de l'apartheid. Si les premières lois raciales furent adoptées par le colonisateur britannique, puis, dans les années 1920 et 1930 sous la pression violente des syndicats ouvriers blancs et du parti travailliste, ce n'est qu'en 1948 que le Parti National afrikaner gagna de peu les élections sur le programme d'apartheid. D'élections en élections la majorité grandissait et débordait l'électorat Afrikaner, mais la radicalisation de l'opposition à l'apartheid a pu contribuer à la radicalisation de l'électorat blanc. Strictement, si l'on ne peut pas dire que les moyens légaux étaient impossibles, l'on peut raisonnablement estimer que les chances du succès étaient faibles, compte tenu de l'enjeu.

Mais pour que la nécessité justifie la résistance, encore faut-il justifier l'exercice de certains moyens. Si, au-delà des moyens légaux, des solutions non-violentes sont possibles, qu'il s'agisse de grèves, de boycotts, de renforcement de la conscience politique des Noirs, la doctrine catholique n'admet pas le recours à la violence. Il est particulièrement difficile pour un observateur extérieur de décider si la non-violence pouvait réussir. Mandela et l'ANC après Sharpeville estimèrent que non. La majorité des leaders d'opinion Noirs pensait au contraire que la voie pacifique était toujours ouverte. Kaizer Matanzima par exemple, voyait dans les bantoustans la possibilité de libérer les Noirs.11 Il était un neveu de Mandela, issu de la famille Thembu, et devint premier ministre du bantoustan du Transkei. De même, le chef zoulou Mangosuthu Buthelesi, à la tête de l'Inkatha Freedom Party qu'il fonda en 1975, se sera toujours opposé à la violence.

L'utilité s'entend comme étant une chance raisonnable de succès, ou la capacité des rebelles à rétablir un ordre juste là où le pouvoir, en violant la justice, créait du désordre. Cela signifie surtout que des conditions pires ne doivent pas remplacer l'injustice présente. « Les actes révolutionnaires deviennent illégitimes lorsqu'ils se font avec tant de désordre qu'ils entraînent pour le pays plus de dommages que la tyrannie elle-même ».12 Les conditions physiques de l'Afrique du Sud, de l'aveu des partisans de l'ANC, interdisaient tout succès militaire lors d'un soulèvement face à l'armée. C'est la raison pour laquelle une autre stratégie a été adoptée, stratégie qui reposait sur le chaos et l'ingouvernabilité du pays.

Enfin, la proportionnalité consiste à maintenir une proportion entre la gravité du désordre et l'importance des moyens employés.

et la guerre révolutionnaire

A la suite d'autres mouvements nationalistes, et après la tuerie de Sharpeville, surmontant d'importantes divisions au sein de l'ANC, Mandela sut convaincre l'organisation de se lancer dans la lutte armée, d'organiser des campagnes de sabotage et de poser des bombes dans des endroits symbolisant le pouvoir. Umkhonto we Sizwe fut alors formée, entreprise commune entre l'ANC et le parti communiste sud-africain, le SACP.

Mais l'ANC avait été interdite par le pouvoir suite à son rôle dans la manifestation de Sharpeville, et la police a eu finalement raison du « mouton noir » (« Black Pimpernel », surnom inspiré du « Scarlett Pimpernel » de la baronne Orkzy), Mandela, qui fut capturé, jugé et emprisonné d'abord pour des actes mineurs comme d'avoir quitté sans autorisation le territoire. Après la découverte du complot de Rivonia, Mandela fut rejugé et cette fois condamné à la prison à vie. L'on ne peut qu'admirer les derniers mots que prononça le condamné, regardant ses juges après avoir lu plus de cinq heures durant un discours condamnant le régime en place13 :

"Ma vie durant je me suis consacré à cette lutte du peuple africain. J'ai combattu la domination blanche, et j'ai combattu la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société démocratique et libre, dans laquelle toutes les personnes peuvent vivre en harmonie et avec des opportunités égales. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et que j'espère réaliser. Mais s'il le faut, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir".

Influencé par le communisme et l'expérience de Fidel Castro à Cuba, Mandela et ses amis pensaient pouvoir abattre facilement le régime. Il n'en fut rien et en peu d'années, l'ANC avait quasiment disparu de l'opinion africaine. L'Occident refusait de soutenir ce mouvement communiste et prônant la violence, mais l'Union soviétique, en plus des affinités idéologiques, désirait renverser un régime allié à l'Ouest, contrôlant de vastes ressources minières et des routes maritimes.

L'ANC était surtout présente à l'étranger, en exil, et bénéficiait, outre l'aide de l'URSS, de camps d'entraînement au sein desquels, d'ailleurs, les violations des droits, tortures et exécutions sommaires contre les recrues contestant la ligne ou se plaignant des conditions, étaient monnaie courante - surtout après l'afflux d'étudiants de la mouvance Black Consciousness ayant dû fuir le pays. En Afrique du Sud cependant elle était devenue largement absente de la scène depuis 1963 et les succès policiers. Les mouvements tout différents du Black Consciousness de Steven Biko, inspiré de la théologie de la libération version « noire » développée aux USA, et le mouvement Inkatha de Buthelezi, dominaient largement la scène. Malgré le développement du militantisme auprès des jeunes, le gouvernement persista dans l'imposition de l'Afrikans comme langue d'enseignement. La révolte inspirée par le mouvement de Biko, à Soweto, en 1976, prit le gouvernement et l'ANC au dépourvu. Le gouvernement intensifia la répression dans l'année, mais l'ANC comprit qu'une révolte d'ampleur était possible et, profitant d'une masse de jeunes devant fuir la police, intensifia sa politique de recrutement, notamment pour sa branche armée Umkhonto we Sizwe.

Un voyage d'études au Vietnam

Dans la seconde moitié des années 1970 fut donc décidée une nouvelle stratégie, inspirée de la toute récente guerre du Vietnam : la « guerre révolutionnaire » ou encore, « guerre populaire », « guerre du peuple ».14 L'URSS de son côté amplifia ses livraisons d'armes dès décembre 1976 et l'ANC se concentra sur les relations internationales pour se faire reconnaître, par l'Internationale socialiste d'abord, en 1977, puis en 1978 par la Finlande, l'Irlande, la Norvège et la Suède, comme « seule représentant authentique » du peuple sud-africain. Pourtant, même au sommet de sa popularité en 1978, Mandela, avec 24 % de soutiens auprès des Africains de Soweto, Durban et Pretoria, était loin derrière Buthelezi qui recueillait 43 % des soutiens.

Les cadres de l'ANC, dont Thabo Mbeki, futur premier vice-président sous Mandela, puis son successeur, firent le voyage du Vietnam pour apprendre d'Ho-Chi-Min et du général Giap les principes de la guerre révolutionnaire. Mandela était emprisonné à cette époque mais lui-même aurait bénéficié, au début des années 1960, d'un entraînement, certainement moins systématique, en Ethiopie puis en Algérie auprès de l'Armée de Libération Nationale. Ce dernier souvenir lui aurait fait dire lors d'une visite à Alger deux mois après sa libération : « C'est l'Algérie qui a fait de moi un homme. »15 Les méthodes du FLN algérien n'étaient pas éloignées des méthodes du FLN vietnamien.

La guerre du peuple n'est pas un combat militaire classique, ni même une simple action de guérilla, mais un effort d'organisation et d'opérations de communication, décidément non conventionnelles : le peuple y devient l'instrument principal. Ses deux aspects sont la « lutte politique » et « le programme de violence » qui doivent prendre en étaux les adversaires, et où la distinction entre civils et militaire n'existe plus. Toute personne pouvant servir la cause est une ressource utilisable, pouvant être sacrifiée, dépensée, qu'il s'agisse d'adultes ou d'enfants. Les enfants particulièrement étaient utiles car, utilisés comme agents ils pouvaient plus facilement déjouer la surveillance et prenaient davantage de risques, et en tant que victimes, avaient une grande valeur pour la propagande et la mobilisation.

La version vietnamienne distinguait deux phases de préparation et trois phases de combat. La préparation consistait d'abord en une guerre psychologique pour laquelle l'agitation devait permettre d'engranger des soutiens et de créer une base, en mettant l'accent sur les injustices bien trop réelles. Ensuite, il s'agissait d'organiser des unités propres à se lancer dans la « propagande armée », dans un réseau de cellules clandestines. Cette propagande armée devait, par la visibilité des attaques, donner une meilleure publicité au mouvement et gagner des adhérents.

Les trois phases de combat comprennent une phase dite « défensive », une phase de guérilla (mobile warfare) ou de guerre de mouvement, suivi de l'assaut final ou, de l'acceptation d'une négociation d'un règlement. La phase « défensive » est également liée au renforcement de l'organisation, mais par la création de mouvements légaux ou le noyautage de mouvements existant, afin de multiplier les « mouvements de libérations » liés au sein d'une organisation plus large, un front uni. Il s'agit également de prendre le contrôle de « lieux libérés » au sein desquels l'organisation révolutionnaire installe ses institutions facilitant l'intimidation et le recrutement.

La guerre de mouvement se fera par la multiplication des attaques, visant à porter à bout les capacités de déploiement des adversaires. Ces attaques, bien planifiées, relèvent de la terreur, avec des assassinats ciblés, visant les notables, les hommes modérés et chefs traditionnels, mais également les rivaux. Il s'agit de créer un climat d'insécurité, de préparer des guets-apens contre les forces de l'ordre en les obligeant à intervenir pour protéger les civils innocents afin de les piéger.

La phase finale peut être l'assaut général, ou l'acceptation d'une négociation pour la création d'un gouvernement de coalition au sein duquel on se sera assuré des conditions les plus favorables, propres à permettre, par la suite, de prendre une position hégémonique.

C'est cette ligne, apprise au Vietnam, qui sera codifiée avec les adaptations nécessaires à la situation sud-africaine, par l'ANC/SACP, « l'alliance révolutionnaire » dans un « livre vert », dont le titre devait rappeler un ouvrage récent publié par le colonel Kadhafi en Libye.

L'application de la guerre révolutionnaire en Afrique du Sud

Les mots « lutte armée » sont des euphémismes. Les éléments de la guerre révolutionnaire furent mis en œuvre et l'ANC consacra les années 1980 à 1983 à sa préparation, renforçant ses cellules clandestines, créant et noyautant de multiples organisations légales, dont des organisations étudiantes, syndicales, politiques, comme l'United Democratic Front (UDF) créé en 1983. La « propagande armée » débuta par des séries d'attaques spectaculaires à la bombe, dont une attaque contre la centrale nucléaire près du Cap (qui réussit à retarder d'une année sa mise en service). La plupart des attaques à la bombe eurent cependant lieu au Natal, fief de l'Inkatha.

Il fallait populariser l'ANC. Deux vecteurs furent choisis. L'ANC avait, 25 ans plus tôt, rédigé une Charte des libertés, document largement oublié et prônant le vote égal pour tous, la fin des discriminations et la redistribution des terres. Aussi, même si l'organisation avait radicalement changé, l'ANC décréta l'année 1980 « année de la Charte », mobilisa ses membres, et diffusa massivement le document. Comme bien des mouvements de libérations en Afrique, les slogans furent largement utilisés pour l'embrigadement des masses et des militants.

Toujours afin de souligner l'ancienneté de l'engagement de l'ANC dans la lutte contre l'apartheid, des comités de libération de Nelson Mandela, alors emprisonné depuis 18 ans, furent formés, et permirent de mettre en avant son nom et son sacrifice pour la cause. Des campagnes furent menées et des pétitions soumises au gouvernement qui, se bornant à rappeler que la condamnation avait été décidée selon les règles de la justice, pu être dénoncé comme intransigeant.

Cette campagne eu un échos international, avec notamment l'aide active de l'URSS et, sur ce terrain, l'ANC chercha à obtenir des sanctions contre l'Afrique du Sud, contre l'avis majoritaire de la population noire et de leaders comme Buthelesi, ou d'opposants blancs comme le romancier Alan Paton16. Vers le milieu des années 1980, grâce à ses donateurs internationaux qui, outre l'URSS incluaient les pays scandinaves et certaines organisations internationales, des organisations non gouvernementales comme Oxfam, l'ANC avait un budget annuel de 100 millions de dollars pour ses actions.

Les détails de la campagne de terreur qui suivit, après son démarrage en 1984 et son accélération à partir de 1985, sont trop nombreux et trop longs à décrire ; seules quelques grandes lignes et illustrations, pour mieux faire comprendre la réalité de l'horreur, seront données ci-après.

La conférence ANC/SACP de Kabwe, en Zambie, en réalité préparée par une conférence antérieure à Moscou, décida de l'intensification de la guerre populaire, et officialisa la fin de la distinction entre cibles civiles et militaires et recommanda l'utilisation de « toutes formes et méthodes de lutte ». L'objectif défini était de « rendre l'Afrique du Sud ingouvernable », expression dont la paternité est attribuée à Thabo Mbeki, membre du comité central. On y trouve des boycotts scolaires, privant deux générations de toute scolarité (en comprenant les enfants nés de la première génération active ou contrainte), la création de zones libérées, l'élimination des rivaux - dont les membres du parti de la mouvance Black Consciousness, Azapo, pourtant idéologiquement proche-, et surtout des sympathisants de l'Inkatha, tués par milliers. On comptera vers 1994, l'assassinat, dans de véritables embuscades, de plus de 420 cadres du mouvement. Devant l'indifférence face à ces crimes, Buthelesi ne pouvait que se lamenter de l'indifférence des médias en donnant à la presse une liste de nom des cadres tués, en avril 1993 : « Je me sens amer, très amer maintenant, du fait qu'alors que tant de membres de notre peuple ont été tués, cela est sans conséquence. »17

Mais ce sont les méthodes d'une brutalité inouïe qu'il faut évoquer. L'une des cibles, outre les policiers noirs et leur famille, étaient les conseillers municipaux des townships. Ceux-ci étaient intimés de démissionner, et en cas de refus, attaqués, leurs maisons brûlées avec des cocktails Molotov, les membres des familles tués avec les conseillers. Un exemple illustre l'horreur de cette guerre18 : Kinikini était le seul conseiller de KwaNobuhle à ne pas avoir démissionné comme ordonné. Sa maison fut alors attaquée par une foule à coup de cocktails Molotov. Il se trouvait avec ses deux enfants, Silumko et Kwala ainsi que deux neveux. Silumko et ses cousins tentèrent de s'enfuir mais furent pris par la foule, hachés à demi-morts, arrosés d'essence et brûlés vifs. Voulant éviter à son second fils, alors âgé de 12 ans, Kwala, de connaître le même sort que son frère, Kinikini prit une arme et le tua, avant d'être pris à son tour, tailladé puis brûlé vif. Ces violences étaient alors justifiés par un leader de l'UDF qui expliquait que ces conseillers noirs pratiquent une forme subtile de violence contre leur peuple et sont en réalité des « petits Vorsters et Bothas à la peau noire ». Il ne s'agissait pas, loin de là, d'un acte isolé, mais d'une action systématique, et les enfants n'étaient pas épargnés.

De même, pour assurer le succès des boycotts ou des grèves, lorsqu'un mot d'ordre était lancé par une organisation de l'ANC, les bus étaient contrôlés aux arrêts, les travailleurs qui descendaient passés à tabac, les commerces ouverts incendiés. Des professeurs ou directeurs d'écoles furent lapidés. Des tueries étaient faites au hasard, des grenades artisanales lancées dans les cafés par exemple, pour assurer un climat de terreur.

Des guets-apens étaient aussi montés pour attaquer la police, dorénavant équipée de fusils à balles réelles : des barricades préparées, des fossés pour y faire tomber les véhicules (les casspirs), et alors, pour attirer les forces de l'ordre, des attaques étaient organisées dans les townships. La police était ainsi forcée d'intervenir pour tenter de protéger la vie et les biens des civils noirs, victimes innocentes. Mais la police était alors accusée de provocation, du seul fait de sa présence dans les citées noires.

Les assassinats par inflammation de pneus arrosés d'essence et placés autours des victimes étaient courants, les victimes étant accusés d'être des collaborateurs pour justifier ces monstruosités.

Ce sont souvent les jeunes, adolescents et jeunes adultes, qui furent utilisés pour perpétrer ces violences. La propagande les célébrait comme les « young lions ». Une tentative de la part des adultes, des anciens, de refréner leur violence, échoua misérablement.

Les journalistes africains dans les townships, s'ils ne sympathisaient pas, se voyaient contraint de se taire pour protéger leur vie. Les jeunes membres de ces gangs qu'on envoyait étaient si crains qu'il leur suffisait parfois de montrer une boîte d'allumette pour s'assurer du suivi d'un mot d'ordre. Ce n'est pas sans raison que les Etats-Unis inscrivirent l'ANC parmi les organisations terroristes, sous la présidence de Ronald Reagan19 avant d'en être retirée, en 2008, sous la présidence de George W. Bush.

Il fallait rendre ingouvernable l'Afrique du Sud, créer un climat de terreur et faire comprendre à la population noire qu'il était de son intérêt de se ranger derrière le vainqueur, qui ne saurait être autre que l'ANC. L'état de siège décrété alors par les autorités, les opérations de police, voire de l'armée, ont permis de circonscrire les émeutes dans les banlieues noires du Cap, du Natal et du Rand.20

La libération de Nelson Mandela

Dès 1985 le président Pieter W. Botha entrepris de démanteler, petit à petit, l'apartheid, jugeant que les Blancs devaient « s'adapter ou mourir ». Mais il voulait imposer son rythme et obtenir les meilleures garanties pour la minorité blanche. La même année il proposa à Nelson Mandela sa libération sous la condition qu'il appelle publiquement à l'arrêt de la violence avant de renoncer définitivement à la politique. La presse a abondamment souligné le refus héroïque de Mandela, préférant rester fidèle à son combat que de recouvrer la liberté ainsi proposée. Deux aspects méritent pourtant d'être soulignés : il s'agissait d'une décision collective de l'ANC et de Mandela : un Mandela en prison, martyr pour la cause, avait davantage de prix pour l'ANC qu'un Mandela libre. Aussi, Mandela ne voulait pas renoncer à la violence. Un plan proposé par Margaret Thatcher prévoyait la libération de Mandela, la légalisation de l'ANC, l'arrêt des violence et des négociation entre tous les acteurs. Une tournée de Thatcher en Afrique du Sud permit d'engranger le soutien des principaux dirigeants. L'ANC cependant refusa, voulant, conformément aux enseignements vietnamiens, faire des négociations un train de lutte additionnel devant servir la cause révolutionnaire, et voulant être en position d'en dicter les termes.

Peu après le changement à la présidence du pays, consécutivement à la constatation de l'incapacité pour cause de santé de P. W. Botha en 1989, Frederik De Klerk rencontra Mandela et le fit libérer sans condition, le 11 février 1990.

Le discours que Mandela prononça à cette occasion, lors d'un rassemblement à Cap Town, fut une profonde déception. Il dit entre autre21:

"Je salue le Parti communiste sud-africain pour sa contribution toujours excellente à la lutte pour la démocratie. Vous avez survécu 40 ans d'une persécution sans répit (…) Je salue son Secrétaire général Joe Slovo, l'un de nos plus grands patriotes. Nous sommes encouragés par le fait que notre alliance avec le Parti demeure aussi forte qu'elle l'a toujours été. (…) Le recours à la lutte armée en 1960, avec la formation de l'aile militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, était une action purement défensive contre la violence de l'apartheid. Les facteurs ayant nécessité la lutte armée existent toujours encore aujourd'hui. Nous n'avons d'autre choix que de continuer. Nous exprimons l'espoir qu'un climat propre à conduire à un accord négocié pourra être créé prochainement afin qu'il n'y ait plus besoin de la lutte armée".

"Je suis un membre loyal et discipliné du Congrès National Africain. Je suis par conséquent en total accord avec ses objectifs, stratégies et tactiques".

L'année 1990 fut l'occasion d'un « nouvel élan »22 pour la guerre populaire. Parmi les objectifs il fallait écarter les rivaux, notamment les partisans d'un fédéralisme qui s'étaient alliés de l'Inkatha aux gouvernements des bantoustans autonomes ou indépendants. L'ANC voulait négocier seule avec De Klerk, et la négociation pour le Congrès signifiait former un gouvernement transitoire et faire élire une assemblée constituante par tous les citoyens selon le principe one man one vote. Il fallait donc faire monter la pression et durant cette période de transition et de négociation, les affrontements, attaques et assassinats continuèrent. A chaque fois l'ANC sut faire porter le blâme sur le gouvernement ou sur l'Inkatha accusée du travailler pour lui et de vouloir semer le trouble. L'Inkatha a cependant toujours été opposée à la guerre révolutionnaire et était victime des campagnes de terreur de l'ANC, mais ces Zoulous non seulement se défendaient mais se lançaient dans des attaques punitives. La presse anglophone sud-africaine et la presse internationale relayaient promptement les accusations de l'ANC, sans esprit critique, malgré les enquêtes de différentes commissions. Des propos tels ceux de Tokyo Sexwale, l'un des plus importants dirigeants de l'ANC, tenus en mai 1993 devant une foule enthousiaste de 9.000 personnes n'attira guère l'attention et aucune condamnation23 :

"Nous continuerons de tuer ceux que nous voulons tuer, qu'ils soient de l'Inkatha ou de la police importe peu".

L'une des nombreuses tueries qui fit la une fut l’œuvre des forces de police du Ciskei, le massacre de Bisho24. Les Bantoustans étaient une cible politique de l'alliance révolutionnaire ANC/SACP et une clef pour les négociations, afin d'empêcher toute solution fédérale. Le 7 septembre 1992 une troupe forte de 50.000 manifestants fut rassemblée près de la ville et débuta sa marche, aiguillonnée par les slogans traitant le chef du Ciskei, le général Gqozo, entre autres de chien. La foule fut conduite vers Bisho malgré l'interdiction et les avertissements préalables selon lesquels la police ouvrirait le feu. Sur place, guidée par un véhicule transportant des officiels de l'ANC, elle trouva une voie par le stade sportif pour entrer dans la capitale contournant les barricades et barbelés. Une force de police locale de 50 hommes ouvrit le feu à balles réelles et sans sommation, tuant 29 personnes et en blessant 300 autres. L'ANC, et Mandela en particulier, blâmèrent de Klerk. Il s'avéra cependant que la confrontation était recherchée et prémédité25, et que la police n'ouvrit le feu qu'après la mort de l'un des leurs. Le juge Pickard, chargé de l'enquête, critiqua sévèrement la réaction disproportionnée de la police mais estima que les premiers tirs étaient justifiés, et surtout, que la foule, ignorant les risques, avait délibérément été lancée par la direction de l'ANC. Cette tactique entre parfaitement dans le cadre de la « guerre du peuple », celui-ci étant une arme d'attaque et de propagande peut être sacrifié. La commission Goldstone conclut de façon similaire.

Le rôle de Mande

Il est difficile d'apprécier justement le rôle de Mandela. Emprisonné depuis 1963 il n'a pas pu participer à la planification des attaques et à l'élaboration de la stratégie monstrueuse de la guerre populaire. Il était d'abord en isolement. Mais pouvait-il ignorer la situation ? Qu'en pensait-il ? Le début réel de cette guerre date de 1985, année où on lui proposa sa libération. C'est l'une de ses filles qui annonça au monde son refus. Mandela se vante d'avoir pu déjouer la surveillance et avoir des contacts avec ses compagnons de lutte. Afin de renforcer les structures à l'intérieur du pays, et surtout les communications, l'opération Vulindlela, ou Vula, fut montée et activée en 1988. La partie communication reposait sur des technologies sophistiquées de codage, entre Tambo et Slovo à l'étranger et Maharaj en Afrique du Sud. Ce dernier était en contact avec Mandela emprisonné, transmettant des messages et recevant ses réponses grâce à des livres possédant des compartiments secrets. Mandela était ainsi en communication avec les chefs en exil.26 De plus, à partir de décembre Mandela fut transféré près de Paarl et disposa d'un cottage où il pouvait recevoir librement des visites et conférer avec les chefs politiques de l'UDF ou autres en Afrique du Sud.

On peut imaginer, ou espérer, que, alors en prison, il comprit petit à petit les limites de la violence, comprit la peur des Blancs face à un pouvoir noir et fut, une fois libéré, un artisan essentiel auprès de son parti pour l'abandon de la violence, officialisé par l'accord dit du Pretoria Minute du 6 août 1990. Mais il menaça De Klerk de cesser les pourparlers et d'envisager « d'autres options » si les négociations n'aboutissaient pas à la solution d'un gouvernement intérimaire27.

Les violences n'ont d'ailleurs pas cessé, ni les livraisons d'armes à l'ANC, comme le démontra plus tard, à la stupéfaction de De Klerk, la découverte de l'opération Vula. Ce sentiment de trahison ou de double-jeu peut expliquer la visible acrimonie entre De Klerk et Mandela, lors de la remise de prix Nobel de la paix, à Oslo en 1993.28 Les principaux ministres du gouvernement reconnaissaient être médusés par le double langage de Mandela, si différent en privé et en public. Magnus Malan s'exclama29 :

"M. Mandela est en effet un homme à plusieurs langues, et il est temps pour lui de parler un seul langage et qu'il dise ce qu'il pense réellement".

Comme le souligne Anthea Jeffery, l'ANC avait au fil des ans développé un réseau au sein de la société civile, dans la presse locale et internationale, et de nombreuses sympathie dans bien des ambassades étrangères et organisations internationales. Avec l'aura de Mandela, il y avait peu de risque qu'elle fut pointée du doigt pour les violences, et que sa réputation fut mise en cause.30

L'ANC profita ainsi du discrédit et de l'élimination de toute opposition, et su imposer la plupart de ses volontés au gouvernement et gouverne maintenant sans partage, sûre, selon les mots du président actuel, Jacob Zuma, ancien chef des renseignements de l'ANC en exil à Maputo, de rester au pouvoir jusqu'au nouvel avènement de Jésus Christ.

Mandela n'est pas celui qui a mis fin à l'apartheid31 comme on peut l'entendre souvent, même si la situation insurrectionnelle avait fini par faire douter le gouvernement sur les réponses à apporter. La transition, fut loin d'être pacifique. Plus de 15.000 personnes furent tuées depuis février 1990, dont plus de 1.500 assassinats politiques durant les premiers mois de 1994.32

Certes, Mandela lutta contre ce régime, donna 27 ans de sa vie pour la cause. Dès 1985 le président Botha entreprit de démanteler, de façon contrôlée, l'apartheid, e,t, sous la pression accéléra les contacts, négocia secrètement avec Mandela en Afrique du Sud et Mbeki en Angleterre.

Profitant de la situation géopolitique avec la Glasnost en Union soviétique et de l'ouverture de De Klerk, Margaret Thatcher proposa, au printemps 1989, un plan prévoyant la libération de Mandela, la légalisation de l'ANC, l'arrêt des violence et des négociation entre tous les acteurs y incluant Buthelesi. L'objectif était de négocier une nouvelle constitution avec droit de vote universel mais aussi garanties des droits et procédure permettant aux minorité une participation. Une tournée de Thatcher en Afrique du Sud au mois d'avril, permit d'engranger des soutiens des principaux dirigeants. L'ANC cependant refusa, voulant, conformément aux enseignements vietnamiens, faire des négociations un train de lutte additionnel devant servir la cause révolutionnaire, et voulant être en position d'en dicter les termes.

De Klerk, élu chef du Parti National après la démission de Botha pour raisons de santé, s'engagea résolument en faveur du démantèlement de l'apartheid. Mais surtout, en 1989, un événement géopolitique bouleversa le monde : le communisme s'écroula presque partout, le mur de Berlin fut abattu, et seuls quelques bastions allaient rester dans l'orbite totalitaire, Cuba et la Corée du Nord. En URSS, sous Gorbatchev, la Glasnost avait déjà été entreprise. Les enjeux pour le pouvoir et la population blanche changeaient et le risque jusqu'alors réel d'une Afrique du Sud connaissant un sort voisin de la Rhodésie s'éloigna. De Klerk, devenu président, entreprit une révision complète des perspectives d'avenir33 et s'engagea alors totalement vers la libéralisation, avec l'appui, donné par un « oui » au référendum du 17 mars 1992, de l'électorat blanc, véritable vote de confiance.34

La présidence de Mandela

Elu au poste suprême en avril 1994, Mandela prononça à l'occasion de son investiture un discours de réconciliation et d'harmonie et su donner confiance à la majorité des Blancs qui avaient, deux ans plus tôt, décidé, par référendum, la fin de l'apartheid. Il consacra son unique mandat à la réconciliation et créa la commission Vérité et Réconciliation visant à établir la lumière sur les crimes commis dans le passé avec possibilité d'une amnistie pour ceux qui dévoileraient la complète vérité sur leur rôle.

En 1980, au nord de l'Afrique du Sud, dans l'ancienne Rhodésie devenue le Zimbabwe, Robert Mugabe devenu premier ministre prononça la veille de la proclamation de l'indépendance de son pays ces mots s'adressant aux Blancs35 :

"Si je vous combattais hier en ennemis, aujourd'hui vous êtes devenus des amis et des alliés avec le même intérêt national, loyauté, droits et devoirs que moi-même. (…) Les fautes du passé doivent maintenant être pardonnées et oubliées. Si jamais nos regardons le passé, faisons-le pour voir la leçon qu'il nous aura appris, c'est à dire que l'oppression et le racisme sont des inégalités qui ne doivent plus jamais trouver de place dans notre système politique. Le fait que les Blancs nous ont oppressés hier alors qu'ils avaient le pouvoir ne sera jamais une justification correcte pour une oppression du fait des Noirs maintenant au pouvoir. Le mal demeure le mal, qu'il soit pratiqué par un Blanc envers un Noir ou un Noir contre un Blanc".

Trente-trois ans plus tard, Mugabe est toujours au pouvoir, les dignitaires de son parti plus riches que jamais, plus de 200.000 Blancs partis, plus de 4 millions de Noirs vivent hors du pays pour pouvoir survivre, et le pays est plus pauvre que jamais. Le taux de chômage est de 80 % et l'espérance de vie a chuté à 38 ans l'année des 83 ans du dictateur.

Nelson Mandela n'a voulu faire qu'un mandat36. Son renoncement peut être salué et Mandela sut s'élever et œuvrer pour le Bien une fois élu. Mais il est difficile de voir en lui une « conscience morale », ni un apôtre de la non-violence à la Gandhi comme on peut le lire trop souvent. Certaines déclarations qu'il a faites depuis sa libération nous montrent un Mandela toujours amis des tyrans pourvu que ceux-ci aient été un soutien de l'ANC, faisant l'éloge37 de Fidel Castro, de Khadafi ou encore d'Arafat, sans condamner les violations massives des droits de l'homme dans ces pays. Ironiquement, compte tenu de sa position en faveur de sanctions économiques contre l'Afrique du Sud, lors d'un voyage en Libye, Mandela dit qu'il était de son devoir de soutenir son « frère dirigeant », surtout pour la levée des sanctions affectant les masses ordinaires du peuple : « Nous ne pouvons pas ne pas être émus de la souffrance de nos frères et sœurs africains ».38 Durant sa présidence il continua de rechercher à développer des liens avec les régimes cubain et libyen, au grand dam pour l'investissement occidental en Afrique du Sud.39 Robert Mugabe, en revanche, ne bénéficia pas de la même sympathie et Mandela, à plusieurs reprise, critiqua l'absence de leadership dans ce pays, ou invita le dictateur à se retirer.

D'autres déclarations ne sont pas très dignes d'une « conscience morale » et sont tout simplement mesquines, comme d'accuser George W. Bush de racisme à cause de sa volonté d'agir en Irak sans l'aval de l'ONU, ou de traiter Tony Blair de ministre des affaires étrangères des Etats-Unis.40

Mandela est mort à l'âge de 95 ans, après avoir consacré sa vie à la lutte contre l'apartheid. Le lecteur pourra se faire un début d'opinion sur le fait de savoir si le droit à la révolte était justifié, surtout tel qu'il fut pratiqué, et si c'est la révolte qui a obtenu le renversement de ce régime. Mais, après son élection à la présidence d'une nouvelle Afrique du Sud, Mandela a incontestablement consacré ses forces à la réconciliation. Si l'on croit en la rédemption, et s'il regrette les crimes commis par son organisation, admirons Mandela d'avoir su s'élever, mais restons aussi lucide que lui sur sa personne.

Il n'est donc pas exactement celui qui, comme l'a dit Barack Obama lors de la cérémonie du 10 décembre en sa mémoire, « a libéré le prisonnier », mais cette réserve posée, les mots41 du président américains touchent la vérité :

"Il a fallu un homme tel que Madiba pour libérer non seulement le prisonnier, mais également le geôlier, pour montrer qu'il faut faire confiance en l'autre pour qu'il puisse vous faire confiance ; pour enseigner que la réconciliation n'est pas ignorer le passé, mais un moyen de le confronter en y ajoutant générosité et vérité. Il a changé les lois, il a aussi changé les cœurs".

Olivier Braun

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NOTES

1  Texte en anglais disponible sur le site de l'ANC :

The time for the healing of the wounds has come.

The moment to bridge the chasms that divide us has come.

The time to build is upon us. (…)

We have triumphed in the effort to implant hope in the breasts of the millions of our people. We enter into a covenant that we shall build the society in which all South Africans, both black and white, will be able to walk tall, without any fear in their hearts, assured of their inalienable right to human dignity - a rainbow nation at peace with itself and the world.

http://www.anc.org.za/show.php?id=3132

2 La réalité est cependant bien différente. Selon Thucydide, Harmadios et Aristogiton étaient deux amants, et après avoir été repoussé par Harmadios, Hipparque humilie délibérément la sœur de ce dernier, qui se vengera.

3 Epître aux Romains, XIII, 1-4. Souligné par moi.

4 Mgr Parisis, La démocratie devant l'enseignement catholique, 2ème édition 1849, page 9.

5 En introduction à son Traité de droit constitutionnel, il pose la question « Comment comprendre qu'une volonté individuelle puisse être supérieure à d'autres volontés individuelles ? », page 2, dans la 3ème édition, tome 1, 1927. On trouve également p. 572, ces phrases : « C'est aux théologiens du moyen-âge que revient le mérite d'avoir posé la question et d'avoir essayé de la résoudre méthodiquement. La théologie au XIIè et au XIIIè siècles est l'asile de la pensée ; c'est elle qui se dresse contre la force et vient lui demander quel titre elle a pour s'imposer aux hommes. »

En plus des développements de l'abbé J. Leclercq (Cf. note 5), voir aussi Duguit, à partir de la page 572.

6 Sur l'origine du pouvoir, voir Jacques Leclercq, Leçons de droit naturel, Tome II, L'Etat ou la politique, 2ème édition 1934,chapitre 3, p. 124 et s., et surtout p. 171 et s.

7 Anthony de Jasay, Against Politics, Routeledge, 1997, page 1. De Jasay tentera de montrer qu'un gouvernement n'est pas indispensable.

8 Voir notamment les thèses développées par Bellarmin et Suarez, contre Jacques Ier d'Angleterre. Bien des idées ont été développées à l'occasion de controverses et dans des circonstances particulières. Cette idée de pouvoir médiat ne signifie pas forcément que seule la démocratie soit légitime. Comme l'écrivait Saint-Marc Girardin, « Bossuet aimait tous les régimes ».

9 Somme IIa IIae, q.69 art.4, cité pat Jacques Leclercq, Leçons de droit naturel, Tome II, L'Etat ou la politique, 2ème édition 1934, page 189.

10 Voir surtout n°55 « Le droit de résistance », p. 190 et s.

11 Voir à ce sujet les deux livres de Paul Giniewski, Une autre Afrique du Sud, Berger-Levrault, 1962, et chez le même éditeur, en 1975, L'an prochain à Umtata. Sur la politique dite du « grand apartheid » par opposition au « petit apartheid » et tâchant de comprendre le point de vue du gouvernement nationaliste, le lecteur courageux pourra consulter le livre du philosophe d'origine hongroise, Thomas Molnar, L'Afrique du Sud, publié en 1962.

12 Leclercq, paraphrasant St-Thomas, Leçons, p. 193.

13 Cité par Martin Meredith, The Fate of Africa, PublicAffairs, 1995, page 127.

14 People's War, en anglais. Voir, pour ce qui suit, les recherches très fouillées et les conclusions d'Anthea Jeffery, People's War, publié en Afrique du Sud, Jonathan Balls Publishers, 2009, par le South African Institute of Race Relations, une ancienne organisation opposée à l'apartheid.

15 Si l'on en croit Wikipedia qui cite cet article d'El Watan qui met la phrase en titre.

16 Patrick J. Buchanan, cite Paton dans un article récent paru dans The American Conservative. « I am totally opposed to disinvestment … primarily for a moral reason. Those who will pay most grievously for disinvestment will be the black workers of South Africa. I take very seriously the teachings of the Gospels, in particular the parables about giving drink to the thirsty and the food to the hungry. I will not help to cause any such suffering to any black person. »

Anne Paton, la veuve de l'écrivain, a fui en 1998 la nouvelle Afrique du Sud, devant l'explosion de la criminalité et donna au Sunday Times un texte émouvant, où elle dit être heureuse que son mari, opposant de toujours à l'apartheid, ne soit plus là pour voir ce qui se passe maintenant dans son pays bien-aimé.

17 Cité (en anglais) par Jeffery, page 388. Le jour où il tint ces propos, le nombre de cadre tués s'élevait à 275.

18 Jeffery, p. 90.

19 Reagan décrivait ainsi les pratiques de l'ANC : « In this barbaric way of reprisal, a tire is filled with kerosene and gasoline, placed around the neck

of an alleged collaborator and ignited. The victim may be a black policeman, a teacher, a soldier, a civil servant — it makes no difference, the atrocity is designed to terrorize blacks into ending all racial cooperation and to polarize South Africa as a prelude to a final climactic struggle for power. » Cité par Patrick Buchanan, qui travailla avec lui sur la question du véto présidentiel à une loi imposant des sanctions économiques dans The American Conservative. Le texte de la déclaration de véto est disponible ici.

Margaret Thatcher fut l'un des rares dirigeant à s'opposer également aux sanctions qu'elle jugeait improductive et qui sut percer l'hypocrisie de bien des gouvernements qui s'en firent les avocats. Charles Crawford analyse cette lettre secrète de Thatcher à Botha, qu'il qualifie de « of the finest pieces of statecraft ever written », dans son article Margareth Thatcher and apartheid : a study in diplomacy.

20 Lugan, p. 426.

21 « I salute the South African Communist Party for its sterling contribution to the struggle for democracy. You have survived 40 years of unrelenting persecution. The memory of great communists like Moses Kotane, Yusuf Dadoo, Bram Fischer and Moses Mabhida will be cherished for generations to come.

« I salute General Secretary Joe Slovo, one of our finest patriots. We are heartened by the fact that the alliance between ourselves and the Party remains as strong as it always was (…) Our resort to the armed struggle in 1960 with the formation of the military wing of the ANC, Umkhonto we Sizwe, was a purely defensive action against the violence of apartheid. The factors which necessitated the armed struggle still exist today. We have no option but to continue. We express the hope that a climate conducive to a negotiated settlement will be created soon so that there may no longer be the need for the armed struggle.

« I am a loyal and disciplined member of the African National Congress. I am therefore in full agreement with all of its objectives, strategies and tactics. »

Voir le texte complet sur le site de l'ANC : http://www.anc.org.za/show.php?id=4520

22 Selon l'expression de Jeffery, « fresh impetus », titre du chapitre 10, page 235 et s.

23 Voir Jeffery, page 393, pour la citation et la couverture unilatéralement favorable à l'ANC de la part des médias.

24 Jeffery, page 338-344. Voir aussi Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique du Sud, Ellipses, 2010, encadré consacré à l'événement, pages 443-444.

25 Ce qu'admit l'un des leaders de l'opération, Kasrils, dans la presse. D'ailleurs une carte du stade par lequel la foule avait été conduite a été retrouvée, de même que l'arme ayant servi à tuer le policier.

26 Jeffery, p ; 191, citant la biographie Shades of difference, Mac Maharaj and the struggle for South Africa, écrite par Padraig O'Malley, publiée par Viking Penguin à New-York en 2007.

27 Selon le Los Angeles Times, article de 1991.

28 Voir Meredith, p. 438.

29 Cité (en anglais) par Jeffery, p. 260.

30 Jeffery, page 363, au sujet de la recherche des responsables de la tuerie du train dite Denver, mi-septembre 1990. L'attaque de ce train, à Johannesburg, entre les stations Jeppe et Denver, en véritable opération commando armés de machettes et armes à feu, causa la mort de 26 personnes et plus de cent blessés. L'origine de l'attaque est incertaine.

31Outre Jeffery, voir sur la transition, Lugan, chapitre 10, p. 439 et s.

32 Chiffres donnés par Jeffery, People's War, page 473-474. Voir aussi l'intéressant article Why is Mandela so Revered, de l'ancien diplomate britannique Charles Crawford, qui se demande comment l'opinion mondiale aurait réagi si la révolte de Solidarité en Pologne avait été si violente.

33 Voir aussi dans Meredith, The Fate of Africa, chapitre 24, « A Time of Triumph », p. 423 et s. p. 434-435.

34 « Chèque en blanc » disaient les Conservateurs qui voulaient des consultations ou contrôles pas à pas.

35 Voir le texte en anglais dans Meredith, The Fate of Africa, page 328. Il s'agissait de la deuxième indépendance, « légale » après une première déclaration unilatérale d'indépendance proclamée le 11 novembre 1965 par le gouvernement de Ian Smith.

36 voir cet article, sur Contrepoints, de l'économiste George Ayittey qui compare Mandela aux dirigeants africains.

37 Voir cet article du L.A. Times en 1991. La Maison Blanche était bien embarrassée, Mandela devant continuer sa tournée en visitant les USA et y rencontrer George H. Bush.

38 "We cannot be unmoved by the plight of our African brothers and sisters", cité par le LA Times en 1997. Voir aussi RT.com. Avec d'autres citations douteuses.

39 Meredith, p. 663.

40 "Is it because the secretary-general of the United Nations is now a black man? They never did that when secretary-generals were white," dit-il concernant Bush, et, pour Bair, "He is the foreign minister of the United States. He is no longer prime minister of Britain." Voir http://www.cbsnews.com/news/mandela-slams-bush-on-iraq/ Mandela s'opposait à l'invasion de l'Irak sans l'aval de l'ONU mais disait cependant y être favorable si le Conseil de sécurité en prenait la décision.

41 Texte du discours disponible sur le site de Wall Street Journal. (lien pas forcément permanent). Extrait original : « It took a man like Madiba to free not just the prisoner, but the jailer as well — (applause) — to show that you must trust others so that they may trust you; to teach that reconciliation is not a matter of ignoring a cruel past, but a means of confronting it with inclusion and generosity and truth. He changed laws, but he also changed hearts. »

Source: http://blog.turgot.org/index.php?post/Braun-Mandela

 

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 09:00

Pnina Tamano-Shata député Yesh Atid

Le député Pnina Tamano-Shata (photo D.R.)

 

La vérité sur l'enfer sur terre que constitue la Terre sainte commence à percer, même dans la grande Presse conformiste: les deux articles que l'on lira plus bas en témoignent éloquemment. Leur rapprochement est saisissant. On savait ce que l'Etat sioniste fait subir comme meurtrissures dans leur chair et leur fierté aux Palestiniens. Le cas des noirs israéliens, rachetés par Israël à l'Ethiopie pour lui servir de chair à canons, pour particulièrement odieux qu'il soit, est moins connu du grand public, sauf par le film Vas, vis et deviens du cinéaste roumain Radu Mihaïleanu.

Dans l'un comme dans l'autre article, l'on voit à nu de nouveaux exemples, actuels, du racisme et de l'eugénisme israéliens. Ce ne sont pas des phénomènes isolés, mais bien le résultat d'une politique démocratique suivie par la Gauche et par la Droite de la Knesset, visant à réduire à l'impuissance démographique et politique tout ce qui n'est pas ashkénase ou séfarade. Pour l'Etat juif, en effet, Arabes comme Falachas sont des citoyens de seconde zone, taillables et corvéables à merci. A l'heure où l'on enterre en grande pompe Nelson Mandela, adversaire irréductible de l'apartheid sud-africain alors soutenu par... Israël, il n'est pas mauvais de se rappeler que le troisième Reich a, lui aussi, pratiqué la ségrégation raciale et l'eugénisme à grande échelle sur sa population. N'est-il pas dans l'essence des régimes totalitaires de détruire leurs propres peuples et finalement d'autodétruire leur Système? Tristes similitudes pour l'Etat "le plus moral du monde"...

La fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'Action française et ses sections de Bordeaux & Basse-Guyenne, de Toulouse & Haut-Languedoc, de Pau & Pyrénées et de Bayonne & pays basque condamnent fermement ces pratiques inhumaines du Pouvoir de Tel-Aviv. Ceux qui s'en rendent coupables devant l'humanité disqualifient sans appel leur "cause", si jamais elle eut la moindre légitimité.

A.F.-Grand Sud-Ouest

 

1/ Le racisme israélien à visage découvert:

"L'affaire scandalise en Israël. Le refus du Magen David Adom, l'équivalent israélien de la Croix-Rouge, d'accepter le don de sang de la députée noire d'origine éthiopienne Pnina Tamano-Shata a fait grand bruit, mercredi, dans l'État hébreu. L'élue a souhaité offrir son sang à l'occasion d'une opération de don organisée dans l'enceinte du Parlement à Jérusalem. Mais une responsable de cet organisme, filmée et enregistrée par une caméra vidéo, lui a expliqué : "Selon les directives du ministère de la Santé, il n'est pas possible d'accepter le sang spécial d'origine juive éthiopienne."

"Selon les médias, le ministère de la Santé estime que le sang des juifs d'origine éthiopienne, les Falash Mura, qui ne sont pas nés en Israël, est susceptible de propager des maladies, notamment le sida. La députée s'est insurgée lors d'une interview sur la chaîne de télévision privée 10 contre "cet affront fait à toute une communauté en raison de la couleur de sa peau". "J'ai 32 ans, je suis arrivée à l'âge de 3 ans en Israël, j'ai effectué mon service militaire et j'ai deux enfants. Il n'y aucune raison de me traiter de la sorte", s'est-elle indignée.  

"Elle a rappelé qu'il y a 16 ans une grande manifestation de la communauté des juifs éthiopiens avait eu lieu à Jérusalem lorsque les médias avaient révélé que les autorités sanitaires se débarrassaient sans l'utiliser du sang donné par les membres de cette communauté. "Depuis cette époque où j'ai moi-même manifesté, rien n'a changé", a-t-elle déploré. Après des consultations, les responsables du Magen David Adom ont indiqué qu'ils étaient prêts à accepter le sang de la députée, mais que celui-ci serait congelé et ne serait pas utilisé, a précisé le site internet Ynet.

"Alerté, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a appelé la parlementaire membre de Yesh Atid, un parti centriste membre de la coalition, pour lui exprimer son "admiration" et a indiqué qu'il allait faire examiner les directives à l'origine de cette affaire. En tout, plus de 100 000 juifs d'Éthiopie ont immigré en Israël au cours des trente dernières années, notamment lors des opérations Moïse et Salomon, en 1984 et en 1991. Actuellement, plus de 120 000 juifs éthiopiens, dont 80 000 nés en Afrique, vivent en Israël, où ils sont victimes de discriminations."

Source: http://www.lepoint.fr/monde/israel-le-don-du-sang-d-une-deputee-noire-refuse-12-12-2013-1768659_24.php

 

2/ L'eugénisme israélien contre les noirs

"Le mystère est enfin levé sur l'étonnante baisse de 50 % du taux de fécondité des Juifs éthiopiens d'Israël depuis 2000. Après cinq années de démentis successifs, le gouvernement israélien a admis qu'il avait instauré un système de contraception des femmes immigrées d'origine éthiopienne avant leur arrivée en Israël. L'affaire a fait grand bruit en décembre dernier, après la diffusion par la télévision israélienne d'un reportage dans l'émission d'éducation Vacuum.

"Trente-cinq immigrées éthiopiennes y affirment avoir été forcées d'accepter, il y a huit ans, une injection de Depo-Provera, un agent contraceptif de longue durée, au risque de ne pas être autorisées à pénétrer sur le territoire israélien. "Ils nous disaient qu'il s'agissait d'un vaccin", raconte une femme interrogée par la journaliste Gal Gabbay, rapporte dimanche le quotidien israélien Haaretz. "Ils nous disaient que les gens qui ont beaucoup d'enfants souffrent." "Nous leur disions que nous ne voulions pas l'injection", affirme de son côté Emawayish, une autre Éthiopienne.

"Nous étions effrayées" (immigrée éthiopienne)

"Ils nous répondaient que, si nous n'en voulions pas, nous n'irions pas en Israël. Et que nous ne serions pas autorisées non plus à accéder au bureau du Joint [American Jewish Joint Distribution Committee, la plus grande organisation humanitaire juive, NDLR] et que nous ne bénéficierions pas d'aides ou de soins médicaux. Nous étions effrayées, insiste-t-elle. Nous n'avions pas le choix." D'après le reportage, l'"opération" avait lieu dans des ateliers situés dans des camps de transit. La pratique était ensuite répétée tous les trois mois après l'arrivée des femmes dans l'État hébreu.

"Des accusations qui, en décembre, ont été formellement démenties par le Joint. D'après l'organisme, cité par Haaretz, les ateliers de planning familial faisaient partie des services fournis aux immigrants afin de leur apprendre à espacer les naissances d'enfants. "Nous ne leur conseillons pas d'avoir de petites familles", affirmait à l'époque le Joint. "C'est une question personnelle, mais nous les informons de cette possibilité."  

"Volte-face

"Même son de cloche du côté du ministère israélien de la Santé, qui jure, en décembre, "ne pas recommander ou ne pas essayer d'encourager l'usage du Depo-Provera". Toutefois, le ministère ajoute que, si ces injections ont réellement été administrées, cela s'est fait sans son consentement. La diffusion du reportage a en tout cas provoqué l'ire de l'Association pour les droits civiques en Israël (ACRI), qui, dans une lettre, a demandé la "fin immédiate" des injections et le lancement d'une enquête.

"Six semaines plus tard, le professeur Roni Gamzu, directeur général du ministère de la Santé, intime l'ordre de mettre un terme à la pratique, a révélé Haaretz. Dans une directive officielle, il demande à tous les gynécologues du pays de "ne pas renouveler les prescriptions de Depo-Provera pour les femmes d'origine éthiopienne ou d'autres femmes qui, pour toutes sortes de raisons, ne comprennent pas les implications de ce traitement". Le ministère souligne néanmoins que cette consigne "ne constitue pas une prise de position ni un constat des faits" à propos de cette contraception forcée.

"Discriminations

"Pour le porte-parole de l'ACRI, Marc Grey, cette lettre constitue "un aveu important que ce phénomène a bien existé". Une mauvaise publicité dont l'État hébreu se serait bien passé. Lui qui a déjà été épinglé en 2012 pour ses campagnes haineuses d'expulsion de réfugiés africains ne l'avait pas été jusqu'ici concernant les Juifs falashas (ou Beta Israël), et donc citoyens israéliens. Longtemps coupés des autres communautés juives, les Juifs d'Éthiopie n'ont été reconnus comme tels qu'en 1975 par le gouvernement israélien. Celui-ci a organisé, notamment dans les années 1980 et 1990, deux vastes opérations de rapatriement, permettant à 35 000 d'entre eux de s'installer en Israël."

Par Armin Arefi

Source: http://www.lepoint.fr/monde/quand-israel-force-ses-ethiopiennes-a-la-contraception-30-01-2013-1622050_24.php

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 09:00
On lira plus bas la mise en garde sur la dégradation des conditions - déjà tragiques - de vie à Gaza par le commissaire de l'O.N.-U. chargé des réfugiés palestiniens au Proche-Orient. Edifiant sur la hiérarchie des préoccupations de la "communauté internationale".
 
Sur le sujet connexe de l'occupation par l'Etat sioniste des terres des paysans palestiniens, on peut regarder ci-après l'excellent reportage qui a reçu un grand prix aux Emmy Awards.
A.F.-Pau & Pyrénées
   
V Victoire   
 
"Un avertissement de l’UNRWA

 

"Gaza est tout simplement
en train de devenir
inhabitable
 
"Le commissaire général de l’office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), Filippo Grandi, a averti que « la situation désespérée des Palestiniens et des réfugiés palestiniens sous l’occupation israélienne dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, incluant Jérusalem-Est, continue de s’aggraver. »
29 novembre 2013

 

"L’UNRWA est l’agence des Nations-Unies concernée par le problème des réfugiés palestiniens depuis 1949. Grandi s’exprimait ainsi à l’ouverture de la session de la Commission consultative de l’UNRWA en Jordanie.

 

"Il a déclaré : « La situation à Gaza s’est détériorée considérablement – et je le répète, considérablement – au cours des derniers mois. Je regrette de devoir soulever une fois encore des problèmes alors que nous espérions qu’ils seraient finalement surmontés par un assouplissement partiel et progressif du blocus d’Israël depuis 2010. »

 

"Grandi a poursuivi : « Au lieu de cela, depuis mars nous n’avons eu aucun projet de construction autorisé par le gouvernement israélien, et pour le mois passé, nous avons été incapables d’importer des matériaux de construction. Dix-neuf de nos vingt projets de constructions sont mis maintenant au point mort et ceci est susceptible aussi d’avoir des conséquences financières. »

S’exprimant plus largement, Grandi a dit : « Suite à la fermeture de la plupart des tunnels de contrebande et étant donné qu’Israël ne permet aucune exportation ni reprise d’activités économiques normales, les prix ont augmenté en raison de la rareté des denrées. »

 

« Le manque de carburant a provoqué la fermeture de la centrale électrique, les rares emplois disponibles dans l’industrie de la construction sont en train de disparaître… et la liste continue. »

Se basant sur ses propres expériences, Grandi a expliqué : « J’ai personnellement observé cette situation se détériorer progressivement au cours des dernières années, avec un conflit qui éclate par intermittence – dont deux avec les conséquences les plus graves ».

 

"Il a déclaré que pendant que le monde porte son attention sur des problèmes plus vastes en Syrie, des personnes paient le prix de l’inattention, ce sont celles de Gaza.

 

« L’UNRWA a une responsabilité majeure pour le bien-être des deux tiers de la population (de Gaza), et de ce point de vue, je dois vous rappeler, une fois encore, que Gaza est en train de devenir inhabitable, » a averti Grandi.

 

"Il a demandé de porter attention sur la sécurité humaine dans la Bande afin de garantir la stabilité de la région, suggérant que : « Peut-être que la consolidation de la sécurité humaine de la population de Gaza est un meilleur moyen pour assurer une stabilité régionale que les bouclages physiques, l’isolement politique et l’action militaire. »

 

"Pour atteindre cet objectif, il a demandé la fin du siège « illégal » de Gaza par Israël. « En attendant, les Nations-Unies doivent être autorisées à au moins poursuivre ses projets de construction et à fournir quelques emplois supplémentaires à la population assiégée, » a-t-il noté. Et il a insisté : « Ceci est urgent, ».

 

"Grandi a également noté l’importance d’une direction palestinienne unie dans la diminution de la détresse des Palestiniens. Il a ensuite exhorté les donateurs à ne pas oublier Gaza, spécialement en ce qui concerne l’aide alimentaire."

 

Middle East Monitor , 21 novembre 2013.

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publié par la Section de Pau & Pyrénées - dans Politique étrangère
11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 11:00

On lira avec attention ci-après le compte rendu officiel établi par les services de la Chambre des députés, de la séance de commission du 20 février dernier où a été auditionné le directeur des services secrets français, un... préfet. Celui-ci semble faire preuve d'une autosatisfaction énarchique à tout le moins déplacée, dans un Pays où la défense nationale est sinistrée. Mais sa petite entreprise ne souffre sans doute pas de la crise!

 

Aux questions ineptes des représentants du peuple (du genre "Pouvez-vous me garantir que les terroristes somaliens seront bien punis?"), on voit le fonctionnaire désemparé se plaindre que la Presse du Régime ne comprenne pas les "barbouzes". Désopilant!

 

On n'avait jamais vu, jusqu'à M. Corbin, un directeur sérieux se féliciter de la multiplication des contrôles entravant la liberté d'action de ses services! Il pousse même la naïveté jusqu'à émettre le vœu pieux que la "ligne rouge" du respect (par des parlementaires) du secret des opérations en cours ne sera pas franchie!

 

Malgré quelques données chiffrées et techniques intéressantes, le préfet pratique la langue de bois tous azimuths, qu'il s'agisse des rapports avec la police politique (excellents), les services étrangers (peu partageurs) et le patriotisme des Français (peut mieux faire)! Seul l'aveu que l'antiterrorisme autorise tout vaut son pesant d'or!

 

Il est par ailleurs amusant d'apprendre que, tant à l'usage du Pouvoir politique et de l'opinion publique qu'à usage interne, les services viennent de pondre une directive énonçant les "valeurs" des espions français. Figurez-vous qu'elles consistent en quatre points: Loyauté, - Exigence, - Discrétion, - et Adaptabilité (http://www.defense.gouv.fr/dgse/tout-le-site/les-valeurs-de-la-dgse). Cela va de soi, me direz-vous? Si cela allait sans dire, on n'aurait pas besoin de le mettre noir sur blanc... Avec l'embauche ces derniers temps de nombreux "spécialistes" civils, trentenaires issus d'une Société délabrée et n'ayant pas de vocation patriotique ou militaire particulière, dont des femmes (http://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/exclusif-quelles-sont-les-valeurs-morales-de-nos-espions-23-09-2013-1734265_53.php), on comprend bien que la direction ait du mal à unifier, au service du Pays, un personnel civilo-militaire disparate (hors le service "Action", il n'y a guère qu'un quart de militaires dans les services!), et à lui insuffler le patriotisme et la discipline qui étaient élémentaires avant la Deuxième Guerre mondiale et l'infiltration, par le biais du gaullisme, de la politique dans le monde du renseignement.

 

Il est à craindre pour le préfet Corbin que ce genre de slogans "libéraux", dérivés de l'influence américaine qui plane sur les services français (http://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/exclusif-concours-de-vertu-entre-services-secrets-25-09-2013-1735135_53.php), ne trompera aucun observateur et ne servira à rien pour dissiper la méfiance naturelle que la Démocratie, ennemie de la raison et du secret d'Etat, entretient avec les Services depuis l'affaire Dreyfus. Seul un Roi pourrait en comprendre la nécessité... les agents qui connaissent l'histoire du Service et croient en son avenir le savent bien!

 

Action française-Toulouse & Haut-Languedoc

 

P.S. Pour faciliter la lecture, nous avons souligné les passages les plus importants.

 

31 Lisez A.F

 

"La séance est ouverte à neuf heures trente.

 

"Audition du préfet Erard Corbin de Mangoux, Directeur Général de la sécurité extérieure (DGSE) au ministère de la Défense

 

"Mme la présidente Patricia Adam. Nous recevons aujourd’hui, après le directeur du renseignement militaire hier, M. le préfet Érard Corbin de Mangoux, directeur général de la sécurité extérieure.

 

"M. le préfet Érard Corbin de Mangoux, directeur général de la sécurité extérieure. La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a succédé au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE). Elle est régie par le décret du 2 avril 1982. Spécificité française, notre service de renseignement en charge de la sécurité extérieure est rattaché au ministère de la Défense. Ailleurs, les services homologues sont plutôt rattachés aux services diplomatiques en raison de la « couverture » qu’ils utilisent ainsi fréquemment. C’est le cas du Royaume-Uni. Le rattachement à la Défense offre plusieurs avantages à la DGSE. Il lui permet de « sanctuariser » plus facilement son budget, qui représente environ 1,3 % du budget du ministère. Il est cohérent avec l’origine de ses personnels : 25 % est d’origine militaire, sans compter les membres du service action dont la direction générale dispose pour emploi.

 

"La DGSE est un service de renseignement extérieur dont la mission est de recueillir des informations concourant à la sécurité de la France et à la défense de nos intérêts à l’étranger. L’information que nous recherchons étant par nature cachée ou secrète, il nous incombe donc de la recueillir de façon clandestine, ce qui exige des capacités et des modes d’action particuliers. À ce titre, la DGSE est un service intégré concentrant entre ses mains différentes capacités de recueil du renseignement, qu’il soit d’origine humaine, technique, opérationnelle ou d’échanges avec les services partenaires. Cette concentration optimise l’analyse et limite les difficultés de coordination, ainsi que les pertes en ligne d’informations.

 

"La DGSE dispose aussi d’une capacité d’action clandestine et d’entrave. Cette dernière vise à empêcher la survenance d’un événement non désiré par tout moyen, y compris militaire. Le service est soucieux du respect de la légalité et je m’attriste des allégations de la presse lorsqu’elle nous qualifie de « barbouzes ». Nous sommes des agents de l’État agissant sous les ordres de l’autorité politique pour la défense des intérêts de la République. Si le secret est au cœur de son travail, la DGSE est la première à réclamer un contrôle de ses activités. Je me félicite en particulier de la création, en 2008, de la Délégation parlementaire au renseignement (DPR), qui vient s’ajouter aux dispositifs de contrôles déjà existants, tels que la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), la Commission de vérification des fonds spéciaux, la Cour des comptes, la Commission consultative du secret de la défense nationale, ou encore la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité. Si nous pouvons présumer que les orientations du prochain Livre blanc proposeront de renforcer la capacité de contrôle de la DPR, il existera toujours une « ligne rouge constitutionnelle » prohibant toute divulgation d’éléments relatifs aux opérations en cours.

 

"Nos missions sont de recueillir, d’analyser et de diffuser le renseignement stratégique. Néanmoins, la différence avec le renseignement tactique tend à s’estomper, dans la mesure où la DGSE est de plus en plus impliquée sur des théâtres d’opération extérieure. Elle est ainsi intervenue aux côtés de la Direction du renseignement militaire (DRM) en Afghanistan, avec de nombreux moyens techniques, sachant qu’elle est en charge des interceptions électromagnétiques à l’étranger. Dans ce cadre, elle a souvent assuré des missions de renseignement tactique visant à la protection des forces armées, étant alors placée sous l’autorité directe du chef d’état-major des armées.

 

"Ses champs d’intervention sont divers. Je mentionne tout d’abord le renseignement géopolitique et de crise ainsi que le contre-terrorisme. On compte également la contre-prolifération, qui concerne les États dotés ou non de l’arme nucléaire, ainsi que contre les trafics duaux. Enfin, la DGSE s’investit particulièrement dans la sécurité industrielle.

 

"Elle recueille le renseignement par tous moyens, notamment en disposant d’une centaine de postes à l’étranger et en diligentant entre 1 500 à 1 800 missions par an. S’agissant des moyens techniques, nous disposons de l’ensemble des capacités de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM). À la suite des préconisations du Livre blanc de 2008, nous avons pu développer un important dispositif d’interception des flux Internet. En outre, nous travaillons également beaucoup sur l’imagerie, même si ce secteur relève davantage de la DRM. Ceci établi, c’est le croisement des sources d’origine humaine, technique et opérationnelle qui fait notre force.

 

"Notre dernière source d’information est alimentée par les partenariats avec les services étrangers. Nous travaillons avec un peu plus de 200 services ; 50 appartiennent à un « deuxième cercle » avec lequel les relations sont fréquentes. La relation est très dense avec 10 d’entre eux : « le premier cercle ». Nous traitons des informations et faisons des recherches communes. Il s’opère parfois une sorte de partage de compétences en fonction des points forts de chacun, certains pays pouvant disposer d’informations de « niches » particulièrement utiles.

"

Nous n’avons qu’un petit nombre de lecteurs : nos notes n’ont généralement que 10 à 15 destinataires, parfois un seul. Dans pratiquement tous les cas, le Président de la République, le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et le ministre de la Défense en font partie.

 

"Nous disposons d’environ 5 000 agents. Le Livre blanc ayant consacré la fonction « connaissance et anticipation », nos effectifs ont augmenté depuis 2008, notamment parmi le personnel technique. De surcroît, la DGSE bénéficie d’un soutien sans faille des armées. Grâce à elles, nous disposons d’une capacité opérationnelle permanente.

"Nos effectifs comprennent environ 25 % de militaires – proportion en deçà de laquelle nous ne voulons pas descendre – et 25 % de femmes, ce qui n’est pas assez. La moyenne d’âge de nos agents est de 41 ans et 70 % d’entre eux se situent dans la fourchette 30 – 40 ans. Nous disposons d’un statut autonome, indépendant de celui de la fonction publique, mais qui permet la mobilité.

 

"Notre budget est essentiellement inscrit dans les programmes 144 « Environnement et prospective de la politique de défense » et 178 « Préparation et emploi des forces » de la mission « Défense » mais aussi dans le programme 129 « Coordination du programme gouvernemental » de la mission « Direction de l’action du Gouvernement ». La loi de finances initiale pour 2013 nous a octroyé 655 millions d’euros d’autorisations d’engagement.

 

"Ce budget doit nous permettre de prolonger nos efforts d’équipement. Il s’agit d’une course permanente : la cryptologie, qui constitue le cœur de notre métier, requiert des techniques de plus en plus sophistiquées et demande un investissement constant.

"Nos priorités sont fixées par le Livre blanc et le plan national d’orientation du renseignement (PNOR). Ce document, validé par le Président de la République, fixe l’orientation du renseignement pour l’ensemble des services, afin d’éviter les chevauchements. Il fixe un cap pour trois ans mais est réactualisé chaque année. Il est important pour nous de disposer d’un horizon pluriannuel, car nous ne travaillons pas dans l’actualité.

 

"M. Serge Grouard. Est-ce que votre dispositif de renseignement est géographiquement bien réparti, bien ciblé ? La répartition des tâches entre la DGSE et la DCRI fonctionne-t-elle bien ? Vos relations avec les décideurs politiques sont-elles bonnes ou pâtissent-elles d’une mauvaise culture du renseignement de leur part ?

 

"M. Francis Hillmeyer. Vous avez indiqué que votre budget avait augmenté grâce à la dernière loi de programmation militaire : celui-ci représente-t-il toujours 1,3 % des crédits du ministère de la Défense ?

 

"Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les opérations d’hier au Mali et celles de Somalie, le mois dernier ?

 

"M. Érard Corbin de Mangoux. Notre dispositif est en constante évolution : nous ouvrons ou fermons des postes en fonction de nos besoins.

 

"Globalement, nous avons besoin d’accroître nos capacités. Il nous faut en effet développer notre dispositif en Asie du Sud-Est, sans pour autant abandonner nos positions traditionnellement fortes en Afrique – l’actualité suffit à s’en convaincre.

 

"La menace terroriste semble impossible à oublier : il existera toujours des groupes armés en rupture par rapport à l’ordre international. Il faut d’ailleurs prendre au sérieux ce que disent les terroristes eux-mêmes, notamment AQMI, qui présente la France comme son principal ennemi. C’est pourquoi nous investissons sur cette menace, comme nous le ferons sur les menaces qu’identifiera le prochain Livre blanc.

 

"L’articulation de ma direction générale avec la Direction centrale du renseignement intérieur – la DCRI – n’a jamais été aussi bonne. Mais rapprocher les structures ne suffit pas : encore faut-il que les hommes se parlent, et de ce point de vue, les efforts que nous menons depuis cinq ans sont fructueux. La création de l’Académie du renseignement a d’ailleurs contribué à faire que les services se connaissent mieux. Nous avons désormais des relations très étroites, qui permettent des échanges quotidiens d’informations sur des cibles ou des individus signalés.

"Bien entendu, il ne peut pas y avoir de système de renseignement parfait. Le filet a nécessairement des trous, mais nous essayons de tenir les mailles aussi serrées que possible.

 

"Nous n’avons jamais travaillé en aussi étroite collaboration qu’aujourd’hui avec la DRM. L’expérience de l’Afghanistan a favorisé l’établissement de contacts et nous entretenons certains postes en commun, notamment à Djibouti, à Kourou et à Nouméa. La DRM appartient à la sphère militaire : elle est en quelque sorte « branchée » sur les systèmes d’information des armées dont elle partage les outils et les modes d’action. Nous avons donc entrepris de fédérer les systèmes d’information de nos services, ce qui nous permet aujourd’hui d’échanger des flux d’information.

 

"La DGSE n’a pas de problème avec le donneur d’ordres politiques. Avec l’accumulation des crises, ses capacités sont pleinement employées. Quant à notre budget, il est nécessairement faible : 1,3 % des dépenses de la défense, c’est à peine le prix d’un navire de type frégate multi-mission.

 

"M. Gilbert Le Bris. Quelle appréciation portez-vous sur vos homologues étrangers, notamment au regard de leurs moyens, de la qualité de leur action, de leur disposition à collaborer avec la DGSE ?

 

"M. Jean-Jacques Candelier. Il me semble souhaitable que le Gouvernement fasse preuve de plus de transparence vis-à-vis des parlementaires au sujet des quinze otages français détenus à l’étranger. C’est par une ancienne ambassadrice américaine que l’on apprend le versement de rançons. Une commission d’enquête parlementaire pourrait se saisir de la question dans des conditions qui ne porteraient nullement atteinte à la nécessaire confidentialité des informations concernées.

 

"Mme la présidente Patricia Adam. Je ne peux pas laisser dire que l’activité des services de renseignement échappe au contrôle des parlementaires. Au contraire, il existe une Délégation parlementaire au renseignement, dont c’est précisément la mission et qui assure un contrôle sur les services tout en respectant le secret nécessaire à la bonne marche de leurs activités. Ce sujet fait d’ailleurs partie des discussions de la Commission du Livre blanc, au sein de laquelle les acteurs du renseignement se sont montrés ouverts et même demandeurs d’un développement du contrôle parlementaire.

 

"M. Alain Moyne-Bressand. Les attentats du 11 septembre 2001 ont mis en lumière le manque de coordination des services de renseignement. Constate-t-on encore des cas de rétention d’informations entre différents pays, voire entre différents services d’un même pays, notamment en matière de lutte contre le terrorisme ?

 

"M. Érard Corbin de Mangoux. La meilleure mesure de l’efficacité de mon service me paraît être le regard que nos homologues étrangers portent sur nous ; or la DGSE est vue comme crédible et compétente, sa plus-value est reconnue. Elle est d’ailleurs souvent sollicitée par les services étrangers.

 

"L’efficacité d’un dispositif de renseignement ne tient pas seulement à sa capacité à acquérir des informations : la question est surtout de savoir comment on la traite.

 

"La coopération entre services s’organise avec prudence. Le renseignement n’est d’ailleurs pas mentionné par le traité de Lisbonne au titre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Chacun défend d’abord ses intérêts nationaux et les rivalités ou les accords prennent forme au gré de ces intérêts et des décisions politiques.

 

"La lutte contre le terrorisme est une exception à ce principe. Elle justifie une coopération sans limite. Ainsi à l’initiative des Américains, les services occidentaux ont mis en place une base de données permettant à chacun de disposer immédiatement de l’ensemble des informations recueillies.

 

"M. Bernard Deflesselles : Je voudrais vous redire notre soutien à l’opération en Somalie. Il s’agissait d’une mission très difficile qui s’est malheureusement conclue de façon dramatique et il est important que la représentation nationale soit à vos côtés ainsi qu’aux côtés de vos agents.

 

"Au Mali, la chute de Kidal ouvre la porte du nord et des opérations devraient s’étaler sur plusieurs semaines. La manœuvre a été conduite en coopération avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’un des trois « opérateurs jihadistes » de la région qui s’est finalement retourné. S’agit-il d’un groupe sérieux sur lequel il est possible de s’appuyer ? Peut-il jouer un rôle important dans nos opérations au nord Mali ? Surtout, peut-on compter sur lui dans la perspective de la reconstitution de l’État malien compte tenu des exactions qui ont pu se produire et le passif assez lourd existant entre les Touaregs et l’armée malienne ?

 

"M. Christophe Guilloteau : Je rejoins les propos de mon collègue sur la Somalie. Vos services utilisent des honorables correspondants, s’agit-il des contractuels dont parle parfois la presse ? Permettez-moi de noter que le Livre blanc de 2008 n’a pas prévu toutes les crises intervenues depuis – d’ailleurs, le pouvait-il ?

 

"M. Éduardo Rihan-Cypel : Je m’associe naturellement à ce qui a été dit sur la Somalie. Il s’agissait d’un des vôtres et tout le possible a été fait pour préserver sa vie. Je veux donc transmettre à vos agents un message de soutien de la représentation nationale. Pouvez-vous dresser une évaluation des risques et des menaces en matière de sécurité numérique ? La prolifération nucléaire, menace plus ancienne, est souvent oubliée bien que de première importance. Vous avez cité l’Iran, la Corée du nord, le Pakistan mais existe-t-il d’autres pays moins souvent évoqués pouvant présenter un risque à l’avenir ? Dans le cadre de l’intervention au Mali, des polémiques ont porté sur la défense de nos intérêts, et notamment de l’uranium du Niger. Aurait-il été possible, selon vous, de laisser les terroristes prendre le contrôle de l’État malien et couper ainsi la route de l’uranium qui représente un enjeu majeur pour la communauté internationale ?

 

"M. Érard Corbin de Mangoux : Le MNLA est un groupe rebelle, armé, autonomiste, indépendantiste et identitaire qui n’est ni un mouvement terroriste, ni un mouvement jihadiste comme le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO), Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ou Ansar Dine. Le MNLA a fait tomber le gouvernement d’Amadou Toumani Touré et le gouvernement malien qui a suivi en a fait son pire ennemi, quitte à oublier la présence terroriste jihadiste. La situation des Touaregs, bien qu’ils ne représentent que de 5 à 10 % de la population, constitue un problème de nature identitaire, majeur et ancien. Le Mali devra le régler car aucune place ne leur a été donnée, malgré les accords d’Alger dont aucun point n’a été mis en œuvre. Ce n’est toutefois pas le problème de la France, qui mène un combat contre AQMI et pour réduire la menace terroriste. Nous sommes entrés sur le territoire malien pour stopper la progression d’Ansar Dine et d’AQMI vers Bamako et avons reconquis par anticipation, à la place de l’armée de l’Union africaine et du Mali, les territoires tombés sous contrôle jihadiste. Dans ce contexte, le MNLA peut être un allié de circonstance. Mais nous n’avons pas à faire le travail de réunification et de remise en place du pouvoir ; une fois la menace réduite, la France laissera la place aux armées malienne et africaines.

 

"L’espace cyber est une caisse de résonance des menaces existantes, dont il représente une troisième dimension. Au-delà des menaces classiques qui s’expriment par ce canal, existent de nouveaux risques : pénétration dans les réseaux, mise en danger des systèmes de sécurité, pillage industriel… Face à ces risques, la France s’est dotée d’une organisation cyber cohérente, dans laquelle les moyens humains sont primordiaux, avec, notamment, la création de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Une coordination est assurée avec les armées et la Direction générale de l’armement (DGA).

 

"En ce qui concerne la prolifération, il ne semble pas exister de menace sérieuse hors des trois pays que vous avez cités : l’Iran, la Corée du Nord et le Pakistan.

 

"M. Damien Meslot : Vous avez évoqué vos effectifs de 5 000 personnes. Souffrez-vous comme l’a exprimé votre collègue de la DRM d’un déficit de compétences pour certaines langues ?

 

"Les services secrets russes ont pu, avant la chute du Mur de Berlin, apporter leur soutien à des organisations terroristes. Qu’en est-il de votre collaboration actuelle avec eux et parvenez-vous à travailler de façon efficace ?

 

"M. Jacques Lamblin : Vous avez indiqué que le terrorisme jihadiste était votre préoccupation principale. Pensez-vous, à la lumière des informations dont vous disposez, qu’un ou plusieurs États dont l’autorité est basée sur le fait religieux puissent être impliqués dans la coordination de ces mouvements terroristes ?

 

"M. Philippe Folliot : Je souhaite tout d’abord m’associer aux propos de mes collègues sur la Somalie. La France sera respectée si elle démontre qu’elle est à même de traquer ceux qui ont attenté à la vie de ses ressortissants. Êtes-vous en mesure de m’assurer qu’à terme les responsables du sort de notre compatriote seront châtiés ?

 

"Ma deuxième question porte sur le sens civique de nos concitoyens : le flux d’informations spontanées que vous recevez de cadres, de chefs d’entreprises, de fonctionnaires, de militaires, de touristes est-il le même que par le passé en quantité et en qualité ? Enfin, un « Farewell » chinois est-il possible ?

 

"M. Jean-Yves Le Déaut : Il a été question de pays ennemis qui agissent contre nos intérêts mais il existe également des pays protecteurs d’organisations terroristes. Les États-Unis et l’Union européenne ne seraient-ils pas laxistes en banalisant cette protection ? Que pouvez-vous nous dire des flux financiers en direction de ces organisations, pour lesquels sont cités l’Arabie saoudite et le Qatar ? Dans le domaine technologique, ne sommes-nous pas déjà morts dans certains secteurs ? Disposons-nous de suffisamment de moyens pour coordonner les différentes sources de renseignement ? Sommes-nous efficaces en matière de recherche, de moyens de calcul et de protection contre le bio-terrorisme, menace qui me semble sous-estimée ? Enfin, pourriez-vous nous décrire les progrès réalisés dans la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden ?

 

"M. Érard Corbin de Mangoux : Je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui d’États manipulateurs derrière les groupes terroristes jihadistes, qui constituent une menace pour l’existence même de ces États. Al Qaida, qui bénéficie toujours du soutien de clans ou d’individus, a été décapitée à la suite des coups portés par les Américains mais un fond culturel jihadiste, international, véhiculé par Internet, demeure. On observe des échanges logistiques, des passages de moudjahidines d’un camp à l’autre, par exemple entre les Shebab et Al Qaida dans la péninsule arabique (AQPA Yémen)… On a observé à travers le monde plus de départs pour la Syrie que pour l’Irak ou l’Afghanistan. Il s’agit d’une matière vivante, très mouvante derrière laquelle nous ne voyons pas d’État l’instrumentalisant.

 

"Quant à la Somalie, la France ne se venge pas. Elle mènera, dans la Corne de l’Afrique, le combat anti-terroriste à son terme pour défendre ses intérêts.

 

"Pour répondre à la question relative aux honorables correspondants : ce ne sont pas des contractuels et ils ne sont pas rétribués. Il s’agit de citoyens français, au sens civique particulièrement développé, qui n’attendent rien en retour. On observe d’ailleurs un niveau raisonnable de sens civique dans notre pays, même s’il peut être inférieur à celui observé dans d’autres pays comme le Royaume-Uni.

 

"En ce qui concerne les services russes, la DGSE et la DCRI ont noué une coopération avec le Service fédéral de la sécurité de la fédération de Russie (FSB) qui s’inscrit notamment dans la perspective des jeux olympiques de Sotchi en 2014. Quant à un « Farewell » chinois, il est toujours possible.

"

Concernant les linguistes, le problème est récurrent, bien que des solutions ponctuelles soient toujours trouvées. La Légion étrangère est un vivier important tant il est difficile de recruter des traducteurs, qui doivent être habilités, parmi des étrangers souvent entrés dans notre pays comme réfugiés politiques. Mais le véritable enjeu économique et technologique, pour lequel tout est à construire, est le traitement automatisé des données dont la quantité ne cesse de croître.

 

"M. Jean-Yves Le Déaut : Comment se fait-il que l’Europe donne au Qatar la possibilité d’organiser des événements sportifs majeurs ?

 

"M. Érard Corbin de Mangoux : La collaboration avec le Qatar est un sujet de politique étrangère.

 

"À la question portant sur les progrès réalisés dans la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden, je dirais que l’opération Atalante a mis un frein aux dérives constatées et, si la piraterie n’est pas résorbée, elle est entravée. En revanche, dans le golfe de Guinée se développe une piraterie endémique préoccupante autour des installations pétrolières. Elle est le fait de groupes indépendantistes mafieux. Pour y faire face, la France entretient une présence maritime restreinte.

 

"Enfin, pour revenir à la question portant sur l’enjeu technique majeur pour la DGSE, je le répète, c’est celui du traitement de l’information et du développement des outils capables de traiter cette information.

 

La séance est levée onze heures quinze."

 

Membres présents ou excusés

 

Présents. - Mme Patricia Adam, M. François André, M. Jean-Pierre Barbier, M. Sylvain Berrios, M. Daniel Boisserie, M. Jean-Jacques Bridey, M. Jean-Jacques Candelier, M. Laurent Cathala, Mme Nathalie Chabanne, M. Alain Chrétien, Mme Catherine Coutelle, M. Bernard Deflesselles, M. Lucien Degauchy, Mme Marianne Dubois, M. Richard Ferrand, M. Philippe Folliot, M. Jean-Pierre Fougerat, M. Yves Foulon, M. Sauveur Gandolfi-Scheit, Mme Geneviève Gosselin, M. Serge Grouard, Mme Edith Gueugneau, M. Christophe Guilloteau, M. Francis Hillmeyer, Mme Danièle Hoffman-Rispal, M. Patrick Labaune, M. Marc Laffineur, M. Jacques Lamblin, M. Charles de La Verpillière, M. Gilbert Le Bris, M. Jean-Yves Le Déaut, M. Christophe Léonard, M. Maurice Leroy, M. Alain Marty, M. Damien Meslot, M. Philippe Meunier, M. Jacques Moignard, M. Alain Moyne-Bressand, Mme Émilienne Poumirol, M. Joaquim Pueyo, Mme Marie Récalde, M. Eduardo Rihan Cypel, M. François de Rugy, M. Jean-Michel Villaumé, M. Philippe Vitel, M. Michel Voisin, Mme Paola Zanetti

Excusés. - M. Ibrahim Aboubacar, M. Claude Bartolone, M. Philippe Briand, M. Luc Chatel, M. Jean-David Ciot, M. Jean-Claude Gouget, M. Éric Jalton, M. Bruno Le Roux, M. Alain Marleix, M. Philippe Nauche, Mme Sylvie Pichot, M. Gwendal Rouillard.

 

Source: http://www.defense.gouv.fr/dgse/tout-le-site/le-dgse-devant-la-commission-de-la-defense-nationale

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 08:00
 
Le journal Le Monde : une référence de la désinformation
 
Fabrice Garniron est l’auteur d’un livre qui vient de sortir où il étudie minutieusement les mensonges du quotidien de l’intelligentsia parisienne lors de la guerre dans les Balkans. Il a accordé à B. I. une interview exclusive.
9 juin 2013

 

B. I. : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser au conflit dans l’ex-Yougoslavie ?

 

Fabrice Garniron : Je n’avais aucun lien avec la Yougoslavie avant le déclenchement des guerres au début des années 90.

 

Je crois qu’au départ mon intérêt s’explique par une culture familiale fortement imprégnée d’antifascisme, Je ne pouvais par conséquent rester indifférent lorsque les médias occidentaux ont présenté les guerres en Yougoslavie comme le retour de la barbarie nazie par Serbes interposés.

 

Mais rapidement cette campagne m’est apparue comme fallacieuse, la référence au nazisme n’étant qu’un outil au service du bourrage de crâne. Le mois d’août 1992 a été décisif : au moment même où la seule photo d’un homme squelettique suffisait aux médias occidentaux pour faire campagne sur “Auschwitz en Bosnie”, le journal britannique The Independant, se basant sur des rapports de l’ONU, affirmait que les autorités musulmanes tiraient sur leur propre population pour mieux incriminer les Serbes. La suite n’a fait que confirmer que nous n’étions pas face à un retour du nazisme, mais à une formidable campagne de nazification en vue de diaboliser une des parties en conflit.

 

Ma méfiance en 1992 a été alimentée par plusieurs évènements où, des années 60 aux années 80, les médias occidentaux ont montré leur efficacité et leur absence de scrupules dans le formatage de l’opinion.

 

Q. : Pourquoi vous êtes-vous concentré sur Le Monde ?

 

R. : Le choix du quotidien Le Monde n’est pas du au fait que ce dernier aurait adopté une ligne originale par rapport aux autres médias. Au contraire, il s’en distingue fort peu. Ce qui m’a paru intéressant dans ce quotidien, ce n’était pas l’originalité de sa ligne mais son statut, sa réputation et sa position. Ce journal, considéré comme le “quotidien de référence”, est en France au cœur de l’information. Il influence les médias audiovisuels en même temps qu’il est le journal de ce qu’il est convenu d’appeler “l’élite” politique, économique et intellectuelle. Son rayonnement est tel que, selon moi, le critiquer sur la question yougoslave revenait à s’attaquer à la crédibilité globale des médias français sur cette question. Ajoutons que de tous les quotidiens c’est celui qui, et de loin, a offert sur la question yougoslave le plus de matière : nombre d’articles considérable, suppléments spéciaux, chronologies, rétrospectives et nombreuses contributions extérieures au journal.

 

Q. : Votre livre se compose de chapitres traitant de sujets différents. Dans chaque cas, vous présentez le texte du Monde qu’ensuite vous réfutez. Pouvez-vous nous parler de ces sujets et nous dire en quoi le journal a faussement présenté les faits ?

 

R. : Il y a d’abord ce que j’ai évoqué plus haut : la nazification des Serbes. C’est un amalgame qui a cours au Monde depuis le début des années 90. Y compris en une, ou dans ses éditoriaux. C’est le cas en août 1992 par exemple, lors de la campagne sur “les camps de la mort en Bosnie”, ou en 1995, lors des accords de Dayton, où il est fait allusion à une nouvelle Shoah en Bosnie. Les exemples sont trop nombreux pour être cités ici. Ajoutons que la désinformation à laquelle s’associe Le Monde sur Srebrenica participe de cette tentative d’attribuer au nationalisme serbe un projet génocidaire de type nazi. Les nombreux faits démentant cette assimilation fallacieuse ne sont jamais mentionnés par Le Monde.

 

Le deuxième mensonge a consisté, dès 1992, à occulter l’existence d’un nationalisme musulman bosniaque en faisant passer les dirigeants musulmans pour les dépositaires d’un pseudo projet “multiethnique”. Miracle de la propagande : alors que les autorités musulmanes campent dès 1992 sur des positions bellicistes en refusant tout partage territorial avec les Serbes et se retrouvent rapidement en guerre contre leurs anciens alliés croates, le quotidien fait passer la politique de Sarajevo pour une politique de paix ayant pour but de créer un Etat commun aux Musulmans, Serbes et Croates. C’est ainsi que Le Monde diabolisera comme fascistes et racistes les aspirations à l’autodétermination des Serbes de Bosnie, quelques mois après avoir soutenu l’éclatement de la Yougoslavie au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes…

 

Cette ligne éditoriale conduit le quotidien à dissimuler des faits essentiels. Que ce soit l’itinéraire proallemand du président bosniaque Izetbegovic pendant la Seconde guerre mondiale, son voyage en Iran pour faire allégeance à l’ayatollah Khomeiny en 1983 et sa fameuse “Déclaration islamique”, rééditée en 1990. Une Déclaration que le quotidien ne citera jamais, même pas dans la biographie qu’il fera d’Izetbegovic lors de sa mort en octobre 2003.

 

Pour mieux angéliser les Musulmans et présenter les Serbes comme les seuls fauteurs de guerre, Le Monde taira également la responsabilité des autorités musulmanes dans le déclenchement de la guerre de Bosnie : pas la moindre trace dans Le Monde du fait qu’Izetbe-govic ait retiré sa signature du plan Cutileiro en mars 1992. Quant à la politique des autorités musulmanes consistant à organiser le massacre de leurs propres citoyens pour en accuser les Serbes, elle est devenue un sujet tabou malgré la somme de témoignages de personnalités occidentales presque toujours hostiles aux Serbes.

 

Le troisième mensonge a été de présenter systématiquement les Serbes comme les responsables de l’éclatement de la Yougoslavie. A lire Le Monde, il n’y avait en Yougoslavie qu’un seul nationalisme, cause de tous les maux de la Fédération : le nationalisme serbe. Ce serait lui qui aurait suscité, à la fin des années 80, la réaction prétendument légitime des autres nationalismes.

 

Pour Le Monde, tout commence à Kosovo Polje le 24 avril 1987 lorsque Slobodan Milosevic dit aux Serbes : “Personne n’a le droit de vous battre”. Le journal cherche à faire croire que cette phrase aurait été une pure provocation prononcée dans un ciel serein, comme si à ce moment-là la situation entre Serbes et Albanais du Kosovo était caractérisée par on ne sait quelle “concorde multiethnique”. Or, je le rappelle dans mon livre, entre 1968 et 1989, les non Albanais, en particulier les Serbes et les Monténégrins, étaient au Kosovo l’objet de persécutions les obligeant à quitter la province.

 

Pour Le Monde, il s’agit de présenter à l’opinion une version expurgée d’où a disparu toute trace de nationalisme non serbe, qu’il soit albanais, croate ou slovène, pour mieux incriminer les Serbes en général et Milosevic en particulier.

 

Concluons par le quatrième mensonge, intimement lié au troisième : la désignation des Serbes comme seuls coupables sert à mieux dissimuler le rôle destructeur de l’Allemagne dans la disparition de la Yougoslavie. Ce fait – Union européenne oblige – est l’autre grand tabou des récits pseudo historiques du Monde et des médias occidentaux en général.

 

Q. : Sur de nombreuses questions, la position prise par Le Monde n’a pas été cohérente. Le “nationalisme serbe” n’a pas été considéré comme une menace, et puis il l’est devenu. Milosevic a été loué pendant un certain temps comme un réformateur, et puis il est devenu l’incarnation du mal. Quel est à votre avis l’explication de ces changements d’attitude ?

 

R. : Effectivement, lors du travail préparatoire à mon livre, j’ai été surpris de voir à quel point Le Monde, à la fin des années 80, soutenait Slobodan Milosevic. Il en faisait même l’éloge, le considérant en juillet 1989 comme “la plus forte personnalité apparue sur la scène yougoslave depuis la mort de Tito”. En cela il était représentatif de la presse occidentale de l’époque. Le Monde approuvait la volonté de Slobodan Milosevic de rééquilibrer la position de la Serbie au sein de la Yougoslavie et soutenait les réformes constitutionnelles visant à limiter, sans la supprimer, l’autonomie de la Voïvodine et du Kosovo. On ne peut qu’être surpris de cette position quand on voit plus tard cette même presse diaboliser les réformes en question comme une abominable et arbitraire suppression de l’autonomie...

 

Pourquoi alors ce soutien occidental ? A ce moment-là, les Occidentaux continuent de souhaiter le maintien de la Yougoslavie, unité à laquelle les Serbes sont les plus attachés. Ce qui nécessite de tenir compte des intérêts nationaux serbes. Tout change en 1989 avec les bouleversements que sont la chute du Mur et la réunification allemande. Cette réunification a dopé la volonté de puissance de l’Allemagne, mettant celle-ci en situation d’obliger ses partenaires européens à entériner la destruction de la Yougoslavie, vieux rêve allemand depuis la défaite de 1918.

 

La reconnaissance de la Slovénie et de la Croatie en décembre 1991 a été d’une efficacité redoutable : elle privait la Fédération de ses républiques les plus riches et entraînait la guerre de Bosnie en incitant les nationalistes musulmans et croates à proclamer eux-mêmes l’indépendance. C’est ainsi que l’Allemagne de 1991 a réussi à mettre fin à une entité qui était un des symboles de sa défaite à la fin de la Première guerre mondiale.

 

Les Serbes étaient les principaux obstacles à cette politique de destruction de la Yougoslavie : ils ne pouvaient accepter d’être séparés de la Serbie dans diverses entités hostiles, la Bosnie d’Izetbegovic ou la Croatie de Tudjman. D’autant moins qu’au même moment, les Slovènes, les Croates et les Musulmans accédaient à l’autodétermination.

 

Quant au discours médiatique occidental, il a fait ce que les discours médiatiques font en général quand des intérêts sont en jeu, à plus forte raison en période de guerre : il a rendu l’ennemi haïssable.

 

Q. : Vous êtes particulièrement critique du Monde pour son attitude lors de la guerre en Bosnie et son explication des rapports entre communautés. Pourquoi ?

 

R. : Comme je l’ai dit précédemment, la tromperie principale a été de faire croire que les Musulmans bosniaques avaient un projet “multiethnique”, autrement dit un projet pour les Bosniaques de toutes origines. Un mensonge qui permettait d’obtenir le soutien de l’opinion occidentale. Tout a été fait pour occulter que les autorités musulmanes avaient en tête les seuls intérêts de leur communauté religieuse. Si ces mêmes autorités ont finalement bien mal défendu les intérêts des Musulmans, ce fut pour des raisons qui ne tenaient nullement à la volonté de s’entendre avec les Serbes, mais au contraire à leur extrémisme.

 

J’essaie de montrer dans mon livre que si cette l’imposture du pseudo “multiethnisme” des autorités musulmanes a eu un tel succès dans l’opinion, c’est en raison d’une illusion ethnocentrique plus ou moins savamment entretenue par nos médias : la Bosnie a été prise pour la France. Mieux : les Serbes ont été explicitement identifiés au Front national et les Musulmans bosniaques aux travailleurs immigrés d’origine maghrébine ou africaine ! Un contresens d’autant plus aberrant que la Bosnie est historiquement et constitutionnellement le pays de trois communautés nationales alors que la France est celui d’un seul peuple.

 

Q. : Quelle est votre analyse de la possibilité d’Etats multiethniques et multiculturels en Europe d’après ce que vous avez vu en Bosnie ?

 

R. : Il me serait difficile de tirer des conclusions précises pour le reste de l’Europe de ce qui s’est passé en Bosnie. Surtout que ce qui s’y est passé est parfois paradoxal : la victoire au sein du camp musulman du fondamentaliste Izetbegovic ne doit pas faire oublier la popularité d’un musulman laïc comme Fikret Abdic et le fait qu’il a affronté le président de Sarajevo.

 

Il reste que la tendance à angéliser les Musulmans de Bosnie se retrouve aujourd’hui chez ceux qui œuvrent pour des sociétés européennes soi-disant “multiculturelles”, à savoir, pour l’essentiel, des sociétés à forte présence musulmane, quelle soit démographique ou culturelle. En fait, ce qui s’organise concrètement c’est une juxtaposition de communautés et non pas leur symbiose à l’intérieur des nations européennes. Je vois là une source de conflits futurs : le risque est grand de voir émerger une identité euro-musulmane qui se transforme en une identité politique.

 

Au lieu de diaboliser ou d’angéliser l’islam, au lieu de porter des jugements de valeurs stériles, mieux vaudrait re-connaître l’évidence : la conception du monde musulman est profondément différente de l’occidentale, qu’il s’agisse de morale sexuelle, du statut de la femme, des relations entre politique et religion. Supposer que cette identité forte qu’est l’islam va tout naturellement s’intégrer dans les sociétés européennes est une illusion lourde de dangers. Oui, vous avez raison de le supposer : je ne suis pas sorti indemne de ce travail sur la Bosnie. Mes représentations classiques d’homme de gauche ont été mises à mal par mon propre travail. J’ai réalisé la puissance des identités alors que la gauche et les libéraux entretiennent l’illusion que ces identités ne peuvent que se dissoudre dans les “valeurs universelles”, voire dans le progrès économique et social, comme si l’on pouvait réduire l’homme à un “homo economicus”.

 

Q. : En ce qui concerne Srebrenica, pouvez-vous nous donner un résumé de vos conclusions ?

 

R. : Il ne s’agit pas de nier que des crimes très graves ont été commis par des Serbes à Srebrenica. Mais le reconnaître n’est en rien valider la version officielle. A commencer par la thèse ab-surde du “génocide”, thèse qui atteste d’une instrumentalisation politique et juridique du génocide par le Tribunal pénal international de La Haye, le TPIY.

 

On ne peut parler de génocide quand la totalité de la population civile, femmes, enfants et vieillards, a été évacuée vers les territoires contrôlés par les autorités musulmanes, évacuation par ailleurs décidée par les autorités musulmanes elles-mêmes et voulue par la population. On ne peut parler de génocide quand la majeure partie des combattants musulmans a pu passer la ligne de front à la suite d’un accord avec les autorités serbes. On ne peut pas non plus considérer que les Musulmans tombés à Srebrenica ont été dans leur ensemble abattus sommairement puisque des combats meurtriers ont eu lieu entre Serbes et Musulmans. On sait que les exhumations effectuées par le TPIY sont au nombre de 2.028, que les preuves incontestables d’exécutions sommaires sont au nombre de 448. Quant aux chiffres donnés par les autorités musulmanes, très supérieurs, ils n’ont été jusqu’ici l’objet d’aucune enquête ou contre-enquête. Le TPIY et les autorités musulmanes cherchent en fait à valider par tous les moyens la thèse des 8.000 morts, chiffre associé dans les esprits à celle du génocide.

 

Enfin, on ne peut dénoncer les crimes commis côté serbe sans dénoncer le jeu machiavélique de Sarajevo, qui a abandonné délibérément l’enclave dans les plus mauvaises conditions pour parvenir à ce qui a été son objectif durant toute la guerre : faire intervenir l’OTAN.

 

Q. : Comment peut-on expliquer une telle différence entre l’histoire officielle et vos conclusions ? Les gouvernants sont-ils aveugles, les journalistes sont-ils incompétents, le public international est-il stupide, de ne pas voir les choses que vous voyez ?

 

R. : Les gouvernements n’ont pas pour principale préoccupation la vérité, quelle qu’elle soit. Ils agissent au nom d’intérêts, ou de l’idée qu’ils s’en font.

 

Aujourd’hui, la diabolisation des Serbes et la version officielle des évènements de Srebrenica participent d’un discours de guerre qui est l’objet d’un consensus euro atlantique depuis 1992 : les Serbes sont “les méchants”, les puissances occidentales et leurs alliés locaux, en particulier les Musulmans bosniaques, sont “les bons”. C’est une version qui vise à la fois à justifier l’implication militaire des grandes puissances entre 1992 et 1999 et à légitimer leur présence actuelle dans la région.

 

Pour les journalistes, leur situation n’est guère différente : ils sont dominés par la peur et le conformisme. Tout écart par rapport à la version officielle risquerait de leur attirer l’insulte de “négationniste” et de leur faire perdre leur place.

Quant à l’opinion, on sait que, sans être stupide, elle a tendance à se fier à ce que les médias racontent en matière de politique internationale, domaine auquel elle a du mal à s’intéresser.

 

Balkans Infos, n° 187, mai 2013.

 

Fabrice Garniron, Quand Le Monde… décryptage des conflits yougoslaves, Editions Elya, 2013, ISBN-13 : 979-1091336024.

Source : Balkans InfosB.I infos
et
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publié par la Section de Pau & Pyrénées - dans Politique étrangère
31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 08:00

Alors que le Pouvoir légitime syrien reprend un avantage décisif sur les rebelles soutenus et armés par l'étranger, nous donnons ci-après, pour l'information de nos lecteurs, une brève chronologie du conflit syrien, qui en rappelle l'intensité.

 

A.F.-Toulouse & Haut-Languedoc

 

 

4 Piliers Fédération

 

 

 

 

2011

 

 


- 15-16 mars: A Damas, rassemblements pour "une Syrie sans tyrannie". Plusieurs manifestations contre le pouvoir sont ensuite violemment réprimées à Damas et Deraa. Le régime dénonce une "rébellion armée de groupes salafistes".

- 23 mars: Au moins 100 morts lors de la répression de manifestations à Deraa. Le mouvement y avait commencé après l'arrestation d'élèves soupçonnés d'avoir écrit des slogans anti-régime sur les murs de la ville.

D'avril à juillet, la contestation s'étend et se radicalise avec des appels à la chute du régime.

- 30 juil: Création de l' "Armée syrienne libre" (ASL), faction paramilitaire rebelle.

- 18 août: Le président américain Barack Obama et ses alliés occidentaux appellent Assad à partir. Début d'une série de sanctions contre le régime.

 

 

 


2012

 

 

Syrie 2012

Le bodycount (décompte des cadavres) du conflit syrien de mars 2011 à octobre 2012: plus de 30.000 morts: un retour à la barbarie (Photo D.R.)

 

- 1er mars: L'armée régulière prend le contrôle de Baba Amr, bastion de la rébellion à Homs (centre), après des semaines de bombardements.

- 16 juin: Des observateurs de l'ONU chargés, en vertu d'un plan du médiateur international Kofi Annan, de surveiller un cessez-le-feu complètement ignoré suspendent leurs opérations.

- 30 juin: Accord à Genève entre les grandes puissances sur une transition politique, qui maintient le flou sur le sort d'Assad. Il n'a jamais été appliqué.

- 3 juil: Human Rights Watch dénonce un "archipel de la torture", avec des dizaines de milliers de détenus.

- 17 juil: Les rebelles lancent la bataille de Damas. Repoussés par l'armée, ils se maintiennent dans des quartiers périphériques.

- 18 juil: Quatre hauts responsables de la Sécurité, dont le beau-frère d'Assad, tués dans un attentat à Damas.

- 19 juil: Veto russo-chinois (le 3e) à l'ONU à une résolution menaçant le régime de sanctions.

- 20 juil: Les rebelles lancent la bataille d'Alep (nord), secouée par des combats et des bombardements.

- 2 août: Démission de Kofi Annan, remplacé par Lakhdar Brahimi.

- 11 nov: Création de la Coalition nationale de l'opposition.

 

 


2013

 

 


- 21 fév: Au moins 83 morts dans des attentats à Damas, frappé par des attaques meurtrières, dont plusieurs revendiquées par les jihadistes du Front Al-Nosra.

- 6 mars: Les rebelles, qui contrôlent en grande partie le Nord, s'emparent de Raqa, seule capitale provinciale sous leur emprise.

- 3 et 5 mai: Israël mène deux raids aériens sur des cibles militaires près de Damas, disant vouloir empêcher un transfert d'armes au mouvement libanais chiite Hezbollah, allié de Damas.

- 5 juin: Le régime et le Hezbollah prennent Qousseir (centre), ancienne place forte rebelle, puis lancent une offensive intense sur Homs.

- 13 juin: Après Paris et Londres, Washington accuse le régime d'avoir utilisé des armes chimiques.

- 8 juil: Assad écarte tous les dirigeants de son parti, le Baas, dont le vice-président critique Farouk al-Chareh.

- 11 juil: Un important chef insurgé tué par des jihadistes (ONG).

- 16 juil: 5.000 personnes meurent chaque mois dans le conflit, qui a provoqué la pire crise en matière de réfugiés depuis le génocide rwandais en 1994 (ONU)...

 

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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 08:00

 

Dans cet entretien accordé aux Clés du Moyen-Orient, Georges Corm livre une analyse d’une remarquable lucidité sur la situation au Moyen-Orient et la véritable nature de la guerre en Syrie. L'Action française reprend volontiers à son compte ses explications lumineuses de l' "Orient compliqué"! 

 

   Le professeur

(Photo D.R.)

 

 

 

 

En effet, George Corm, économiste libanais, est un des éminents spécialistes du Proche-Orient et de la Méditerranée. Outre son statut de consultant économique et financier international, il est depuis 2001 professeur à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, dans le cursus des sciences politiques. Ses ouvrages les plus célèbres sont L’Europe et l’Orient (La Découverte) ; Orient-Occident, la fracture imaginaire (La Découverte) ; La Question religieuse au XXIè siècle (La Découverte) ; Le Nouveau Gouvernement du monde, idéologie, structures, contre-pouvoirs (La Découverte) ; Pour une lecture profane des conflits (La Découverte) ; Le Proche-Orient éclaté 1956-2012, 2 volumes (Folio/histoire). Ils sont traduits en plusieurs langues.

 

 

Q. - Le Moyen-Orient est en pleine recomposition. Comment expliquez-vous cette évolution ? Etait-elle en germe, et depuis quand ?

 

R. - Il y a beaucoup d’observateurs qui pensent en effet que nous sommes dans l’ère de la fin des accords franco-britanniques dits Sykes-Picot (1916) qui ont balkanisé ce qu’on appelait, au début du siècle passé, les provinces arabes de l’Empire ottoman. Ou d’autres qui parlent de période de transition de régimes autoritaires vers des régimes de type démocratique. Je pense que dans les deux cas, nous sommes loin de tels scénarios. En effet, la remise en cause des Etats existants paraît quand même assez difficile, sauf à généraliser des situations de chaos partout. Si nous prenons le modèle syrien, ou éventuellement le modèle libyen où il y a emploi massif d’armes venues de l’extérieur, à la limite on peut dire qu’il y a des zones d’influences qui se mettent en place sous l’égide des grands acteurs régionaux et internationaux. Mais enfin je ne vois pas d’Etats disparaître de la carte et de nouveaux Etats être créés et reconnus, comme cela a pu être le cas avec l’ex-Yougoslavie. Probablement si nous étions en contact géographique direct avec l’Europe, ceci aurait pu arriver, mais sur l’autre rive de la Méditerranée cela paraît quand même nettement plus difficile. D’un autre côté, pour ce qui est de la transition vers la démocratie, le problème qui se pose aujourd’hui est essentiellement celui de la nature des mouvances islamiques sur lesquelles les milieux européens et américains ont misé depuis bien des années. Ces mouvances, trop souvent idéalisées, ont désormais montré leur vrai visage, celui d’un autoritarisme et d’un désir de contrôle des libertés individuelles.

 

Nous avons donc un problème aigu, important, qui va déterminer l’avenir : est-ce que les mouvances de type modernistes, laïques ou attachées aux libertés individuelles et qui refusent le référent religieux dans le fonctionnement d’un système politique vont pouvoir s’affirmer face aux mouvances islamiques ? On peut être inquiet si l’on prend en compte le fait que ces dernières jouissent jusqu’ici de l’appui total de l’Occident et qu’elles bénéficient en outre de très importants financements en pétrodollars, en provenance des royautés et émirats pétroliers alliés des Etats-Unis et de l’Europe. Ce sera donc une très longue bataille, très intéressante. C’est cette bataille qui va décider du sort du monde arabe et de la possibilité pour ces pays arabes d’établir non seulement de véritables règles démocratiques, mais aussi une véritable indépendance par rapport aux forces régionales et internationales.

 

Q. - Concernant la crise syrienne, de nombreux acteurs sont impliqués (Qatar, Arabie Saoudite, Turquie, Israël). Pourquoi ?

 

R. - Mais vous avez oublié dans cette liste la France, l’Angleterre, les Etats-Unis ! J’ai eu l’occasion d’expliquer dans diverses interviews que dès le départ, il y a une différence fondamentale entre la révolte syrienne et ce qui s’est passé en Tunisie, en Egypte et au Yémen. En Syrie, vous aviez un malaise rural important depuis 2007, du fait d’une série d’années de sècheresse, puis du fait que le gouvernement a voulu faire plaisir au Fonds monétaire international et aux pays occidentaux, et qui s’est mis à supprimer pas mal des subventions dont jouissait l’agriculture. Les observateurs de terrain en Syrie savaient que le monde rural, autrefois très privilégié par le régime et qui avait longtemps constitué sa base essentielle, commençait vraiment à connaître un état de mécontentement grandissant.

 

Quand vous regardez où ont eu lieu les manifestations en Syrie, quelle était la composition sociale des manifestants et quel était leur nombre, on voit bien qu’ils étaient des ruraux pauvres dans des régions rurales pauvres périphériques, situées aux frontières avec la Jordanie et la Turquie. Les images parlaient d’ailleurs d’elles-mêmes. Elles contrastaient avec les grandioses manifestations de masse, tunisiennes, yéménites ou égyptiennes, où tous les groupes sociaux et toutes les classes d’âge étaient au rendez-vous. On a très vite assisté à l’arrivée d’armes aux mains des groupes d’opposants qui se sont constitués sur le terrain. De plus, il y a eu le déchaînement d’une guerre médiatique absolument spectaculaire contre le régime syrien. Or, les manifestations de masse en Syrie ont eu lieu en faveur du régime et contre l’opposition armée ; dans ces manifestations on a vu toutes les classes sociales, tous les groupes d’âge et de très nombreuses femmes

 

C’est donc une différence absolument fondamentale par rapport aux autres situations de révoltes dans le monde arabe. Par ailleurs, l’armée ne s’est nullement effondrée et elle a fait face avec de plus en plus de détermination et de violence à l’arrivée, de l’international, de combattants qu’on appelle à tort Djihadistes, parce que lorsque des musulmans tuent d’autres musulmans, cela n’est pas un djihad. On a donc eu en Syrie un scénario qui s’est mis en place qui est en train d’aboutir à une destruction systématique de la société syrienne et de sa richesse matérielle (infrastructures, habitations, potentiel industriel). C’est une répétition de ce que la communauté internationale a fait subir à l’Irak et demain nous verrons - comme cela s’est passé en Irak ou auparavant au Liban - que sous prétexte de reconstruction, le pays sera pillé par des grosses entreprises de BTP arabes ou turques ou internationales. On a déjà vu cela au Liban où, au sortir des quinze ans de violence entre 1975 et 1990, le pays a été enfoncé dans une dette invraisemblable et où après vingt-deux ans de reconstruction il n’y a toujours pas d’eau ou d’électricité courantes ! Et en Irak, malgré son énorme richesse pétrolière, les grandes infrastructures d’eau et d’électricité ne sont toujours pas complètement reconstruites. Il faut donc s’attendre à un même scénario en Syrie.

 

Par ailleurs, il faut bien voir que les données internes syriennes sont tout à fait secondaires dans le conflit, car la Syrie est devenue un champ d’affrontement colossal entre, d’un côté les deux grandes puissances montantes, la Chine et la Russie, ainsi que l’Iran, et de l’autre les pays occidentaux, l’OTAN… dont le but est très clairement de faire sauter les derniers verrous anti-israéliens de la région, ces derniers verrous étant essentiellement constitués de l’axe Iran-Syrie-Hezbollah qu’on appelle, pour le dénigrer et pour donner dans le sensationnel, « l’arc chiite ». Beaucoup d’analyses se font à base de sensationnel communautaire qui est instrumentalisé pour faire croire que le conflit est entre chiites et sunnites à l’échelle régionale, alors qu’il s’agit d’un problème de géopolitique très profane. Il y a aussi des considérations pétrolières et gazières qui entrent en jeu.

 

Q. - Pensez-vous qu’un embrasement régional pourrait avoir lieu dans le contexte de la crise syrienne, notamment au Liban ?

 

R. - Déjà en 2007, dans la revue Futurible, j’avais évoqué un scénario de troisième guerre mondiale éventuelle, déclenchée autour la question du développement de la capacité nucléaire iranienne. Car les passions anti-iraniennes étaient déjà d’une virulence peu commune qui n’a pas baissé de registre. Le reproche fait à l’Iran étant sa rhétorique anti-israélienne et surtout son aide au Hezbollah libanais passant par la Syrie. Aussi, l’axe Iran, Syrie, Hezbollah est-il considéré depuis des années comme à abattre dans les milieux de l’OTAN. Or, il faut bien voir que même si cet axe est réduit ou affaibli ou disparaît, il rebondira ou sera reconstitué différemment, et ceci tant que l’Etat israélien continuera de se comporter comme il se comporte vis-à-vis des Palestiniens qui continuent d’être dépossédés de ce qu’il leur reste de terre, mais aussi vis-à-vis des Libanais qu’ils ont énormément fait souffrir entre 1968 (date du premier bombardement contre le pays) et 2000, lorsque l’armée israélienne est forcée de se retirer du pays après 22 ans d’occupation, puis tente en 2006 de supprimer le Hezbollah par une série de bombardements massifs qui durent 33 jours.

 

On a déjà assisté, à plusieurs reprises, à l’espoir d’avoir « débarrassé » le Moyen-Orient des forces hostiles à la domination israélo-américaine de la région. Ils ont tous été déçus. Cela a été le cas lors de la seconde invasion du Liban par Israël en 1982, qui a abouti à l’exil de l’OLP en Tunisie et dans d’autres pays loin des frontières israéliennes. Puis, cela a été le cas avec la conférence de Madrid et les accords israélo-palestiniens d’Oslo en 1993. Enfin cela a recommencé avec l’invasion de l’Irak en 2003 qui a fait penser que le Moyen-Orient serait en paix grâce à l’élimination de Saddam Hussein. C’est pour cela que je parle des « passions » américaines et européennes en faveur d’Israël, qui empêchent toute possibilité raisonnable de rendre aux Palestiniens leurs droits. Tant que cette situation n’est pas réglée conformément aux lois internationales, et non pas par la force, le Moyen-Orient va rester en ébullition avec tous ces risques d’affrontements dont nous parlons, et qui peuvent effectivement s’embraser.

 

Ceci dit, il faut bien voir que dans ces passions, la folie n’est pas totale, c’est-à-dire que les Etats-Unis, après des déploiements militaires qui leur ont coûté énormément (Afghanistan et Irak) et où curieusement ils ne sont pas venus à bout de Al Qaïda, n’ont plus envie d’aventures militaires extérieures. Ce qui est une bonne chose. Maintenant, ils ont trouvé des relais régionaux qui sont notamment la Turquie, qui avait l’air prête à se battre jusqu’au bout contre la Syrie, quatre ans seulement après avoir signé des accords de coopérations, d’amitiés, de fraternité, de libre échange avec ce pays. Ils ont trouvé également les pétrodollars qui financent les armées de combattants venus de l’extérieur.

 

L’on s’attendait, dans ces Etats intervenants extérieurs, à ce que l’armée syrienne s’effondre rapidement et tout le régime avec. Mais cela n’est pas arrivé, à la surprise générale de tous ceux qui connaissaient très mal le contexte syrien. Et aujourd’hui, l’armée semble reprendre le dessus militairement. Toutefois, tant que le gouvernement syrien ne pourra pas contrôler ses frontières, qui sont très longues avec la Turquie, l’Irak, la Jordanie et le Liban, les combats et la destruction de la Syrie vont continuer. Quant à ce projet de conférence à Genève, ce n’est qu’un mauvais théâtre. Il me rappelle celui d’il y a quarante ans, lorsque les Soviétiques réclamaient une conférence internationale sur la Palestine à laquelle ils se seraient associés. Or, il n’y a eu qu’une seule séance orpheline d’apparat, les Américains et les Israéliens ne souhaitant pas accorder de l’influence à l’URSS dans ce conflit. Donc je suis très sceptique face à ce projet de conférence. Jusqu’ici, nous voyons des rencontres américano-russes sur la Syrie pour organiser une conférence entre les parties au conflit, mais sitôt la réunion terminée, les déclarations des parties au conflit contredisent la volonté d’apaisement.

 

Concernant les retombées sur le Liban, elles sont très intéressantes. Le gouvernement libanais a prétendu sagement vouloir rester neutre dans le conflit syrien. Ceci en application du slogan qui existe depuis des années : « le Liban d’abord ». Il s’agit d’ailleurs d’un slogan que même l’OLP avait adopté après sa sortie de Beyrouth en 1982 en vertu duquel « la Palestine d’abord ». On le trouve aussi en Irak après l’invasion américaine et on l’entend dans les milieux de l’opposition syrienne. Or, l’on a vu combien ce slogan a abouti à affaiblir les dirigeants de l’OLP qui sont impuissants devant la colonisation, mais à affaiblir aussi l’Irak.

 

Au Liban, ceux qui ont porté ce slogan ne l’appliquent pas, puisqu’ils sont les premiers à s’impliquer militairement par l’envoi de combattants dans la situation syrienne, de même que le Hezbollah le fait, l’arrivée de son armement dépendant largement de la survie du régime syrien, et donc aussi à terme sa propre survie. C’est pourquoi je pense que l’insécurité va demeurer sur toutes les zones géographiques libanaises limitrophes à la Syrie, puisque les combattants vont et viennent. Tout cela alors que l’armée israélienne est toujours surpuissante et a vraisemblablement des velléités d’intervenir à nouveau au Liban dans l’espoir de réussir à faire disparaître le Hezbollah. Cependant, je ne pense pas que l’insécurité va se propager sur tout le territoire. Certes, il y a à Saïda ce cheikh salafiste, radical et anti-Hezbollah qui veut faire le coup de feu contre ce parti. Il est brusquement apparu sur la scène libanaise depuis un an, vraisemblablement financé par les pétrodollars saoudien ou Qatari. La ville de Saïda connaît donc une période troublée, mais dans l’ensemble, la population de la ville est calme, à l’inverse de la ville de Tripoli, qui peut se laisser gagner par le radicalisme islamique. Par contre, plus inquiétant est le délitement des institutions de l’Etat. Mais le Liban sait s’autogérer.

 

Q. - Que pensez-vous de la situation du pouvoir hachémite en Jordanie ?

 

R. - Je crois que les Israéliens doivent continuer à se gratter la tête : faut-il essayer de faire un Etat palestinien en Transjordanie, ce qui est un vieille idée d’Ariel Sharon pour régler le problème palestinien, et ce qui permettrait du même coup d’expulser les Palestiniens restés dans ce qui est devenu le territoire d’Israël. Ou bien faut-il mieux conserver cet allié fidèle des Etats-Unis qu’est la monarchie jordanienne, qui garantit la sécurité de la frontière avec Israël. Mais comme je ne suis pas dans le secret de la pensée stratégique israélienne, je n’ai pas de réponse.

 

Q. - Après le deuxième mandat de Barack Obama, voit-on un repositionnement de la politique américaine concernant le Moyen-Orient ?

 

R. - Non, quand on regarde les Etats-Unis et qu’on cherche à déterminer leurs objectifs principaux, on constate ceci : un, la sécurité d’Israël, et donc qu’Israël puisse continuer de coloniser comme elle le fait depuis 1967. Deux, empêcher l’Iran d’avoir l’armement nucléaire. Dans le sillage évidemment, démanteler l’axe Iran-Syrie-Hezbollah, et ce toujours pour la sécurité d’Israël. Et puis, le contrôle des routes d’approvisionnement pétrolier, et le maintien de l’hégémonie que l’Europe a eu puis que les Etats-Unis ont de concert avec l’Europe sur toute cette zone hautement stratégique pour l’économie et la géopolitique mondiales. C’est très simple à décrypter. Quand Barack Obama a fait son célèbre discours au Caire en 2009, il était dans la droite ligne de la politique américaine traditionnelle, il n’en a pas bougé d’un iota. Ce n’est pas le fait d’inclure la citation de deux versets du Coran dans le texte du discours qui exprime un changement de politique, ce que peut être certains ont naïvement pensé ! Mais simplement les Etats-Unis, comme je disais, sont aujourd’hui beaucoup plus prudents, et cet Etat n’a pas envie de nouvelles aventures militaires extérieures, ce qui est le facteur qui calme le jeu. En tous cas, entre la politique du président George W. Bush et celle de Barack Obama, les mêmes constantes sont affirmées. Lors de son récent voyage en Israël, ce dernier a prononcé des paroles inconditionnellement favorables à l’Etat d’Israël et à sa politique, comme l’ont fait tous les présidents successifs, à l’exception d’Eisenhower et plus accessoirement George Bush père et son ministre des Affaires étrangères, James Baker, qui a protesté énergiquement contre la continuation de la colonisation et a même annulé des aides américaines à l’Etat d’Israël.

 

Propos recueillis à Beyrouth par Sixtine de Thé, pour 

Les Clés du Moyen-Orient,

21 juin 2013.

Georges Corm
 
et
 
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publié par la Section de Toulouse-Languedoc d'Action française - dans Politique étrangère
10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 09:00

Voici le texte de l'intervention du père William Sidhom, secrétaire général de la commission épiscopale Justice et paix en Egypte, lors de l'important colloque organisé par Chrétiens de la Méditerranée à l'Institut du monde arabe le 19 janvier 2013, sur le thème "Entre citoyenneté et religion, où en sont les révolutions égyptiennes et tunisiennes ?"

 

Plus de deux cents personnes ont participé à ce colloque, où étaient présents six acteurs des révolutions concernées, venus d'Egypte et de Tunisie. Les contributions des différents intervenants sont - ou seront - publiées sur notre site avant d'être rassemblées en une seule parution.

 

 

"Avant de commencer, appel à respecter un minute de silence pour toutes les victimes de la révolution égyptienne.

 

"Mesdames et Messieurs, je vous remercie de m’avoir invité à ce colloque, c’est un honneur pour moi. Je vais parler en tant que témoin, acteur et observateur.

 

"Que veut dire citoyenneté pour nous en Egypte ?


"Les égyptiens de culture occidentale pensent qu’un citoyen est un homme qui a la possibilité de s’exprimer librement, qui a des devoirs, qui vit dans un état de droit, avec des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire autonomes. Mais surtout la citoyenneté signifie, en Egypte, patriotisme. C’est-à-dire attachement à une terre, à une culture, à une histoire. La citoyenneté vaut pour l’ensemble des égyptiens.

 

"L’inspiration religieuse fait partie intégrante de la perception de la personnalité égyptienne. L’Egypte, pays de sept millénaires, a toujours été imprégnée par le religieux. Non seulement l’Egypte a donné à l’humanité, avant les trois religions abrahamiques, l’éternité, la vie éternelle, l’unicité de Dieu avant le judaïsme, avec Akhenaton. Elle a reçu notre Père, dans la foi, Abraham sur son sol. Elle a élevé Joseph le fils de Jacob. Le prophète Moïse a été éduqué dans le palais du pharaon. Le prophète Jérémie est mort en Egypte. Il est la figure prophétique qui se rapproche le plus de celle de Jésus, comme le disait le regretté Cardinal Martini. Jésus et Marie, selon la tradition, ont été accueillis par l’Egypte. Que vous dire encore ?

 

"Dès que le christianisme est apparu, le siège d’Alexandrie a été un des premiers sièges apostoliques. L’Egypte a donné l’école théologique d’Alexandrie, avec entre autres Origène.

Dès que l’Islam arrive au 7ème siècle, il est bien reçu, car, à cette époque, les relations entre les Eglise d’Alexandrie et de Rome étaient difficiles.

 

"Les tribus bédouines qui sont venues avec l’Islam ont reçu la culture égyptienne et connaissent encore maintenant par cœur, surtout les paysans, les noms coptes, le calendrier copte, en fonction duquel on cultive dans les champs.

 

"Au IXème siècle, L’Azhar a été construit par les chiites, 2 siècles après, Saladin l’a transformé en mosquée sunnite. Plus tard, elle est devenue le phare du monde islamique. Et personne ne peut contester le pouvoir de l’Azhar en tant que référence principale de l’Islam international, un islam « modéré ».

 

"Tout cela pour dire que, la citoyenneté ne supprime pas la dimension spirituelle des égyptiens, qu’ils soient chrétiens ou musulmans.

 

"La problématique entre les islamistes et le courant civil en Egypte :


"Les frères musulmans, confrérie née il y a 80 ans, avaient comme mission d’apprendre la religion musulmane aux musulmans. Malheureusement, très tôt, les partis politiques et les responsables de l’occupation anglaise, jusqu’avant la révolution, nous ont manipulé, parce qu’ils jouaient sur le sentiment religieux de la majorité des égyptiens. Mais actuellement, permettez-moi de vous le dire, cette manipulation se caractérise souvent par une fausse interprétation coranique et religieuse, très arriéré, obscurantiste, elle ne libère pas les égyptiens et ni ne les aide à être ouverts à tout le monde.

 

"Les adeptes de cette confrérie ne savent qu’une chose : respecter le serment qu’ils ont fait à leur guide, sur le coran et l’épée. Ils sont privés de l’utilisation de leur raison. Nous sommes très surpris de voir des médecins, des ingénieurs qui ne réfléchissent pas, puisqu’ils sont membres de la confrérie. Attention je parle ici de la confrérie et pas des musulmans ordinaires, qui sont eux majoritaires (cette confrérie ne dépasse pas 900.000 personnes sur 83 millions, donc c’est peu ! on leur donne de l’importance grâce à l’obéissance vidée de raison, dès qu’on les appelle ils se précipitent, on donne des ordres ils exécutent, c’est leur force).

 

"Cette présentation, je crois, n’est pas nouvelle puisqu’on la retrouve partout, cela nous permet d’aller plus loin pour identifier la relation entre citoyenneté et religion dans la pensée des chefs de cette confrérie.

 

"Parmi les penseurs, Taarik Bichery (maitre de la pensée), considère qu’il n’y a pas de différence entre l’Etat religieux et l’Etat civil, c’est ce qu’il a écrit dans un article récent du journal Al Chourouk, ce qui montre bien dans quelle confusion on est.

 

"Abdel Wahab El Messiri (qui est mort) a écrit deux tomes sur le laïcisme occidental. Il n’arrive pas à accepter des laïcs qu’ils ne soient pas religieux. Pour lui un laïc c’est un athée.

 

"Et le Docteur Abdel Menahem, qui s’est présenté aux présidentielles à côté de Mohamed Morsi, a une idée très vague : souvent il parle d’une citoyenneté avec une référence religieuse. Qu’est-ce qu’une référence religieuse ? C’est écrit dans la Constitution que la charia est la référence officielle, pourquoi confondre ?

 

"Donc, une confusion totale chez les islamistes qui bloque l’évolution du dialogue entre ceux qui veulent faire l’Etat civil, l’Etat modéré, l’Etat de la loi, et ceux qui veulent faire un Etat théocratique : les frères musulmans et les salafistes.

Voilà où en sont ceux de ce côté.

 

"La révolution du 25 janvier 2011 : Comment expliquer que des révolutionnaires qui sont des citoyens de la classe moyenne, aient réussi, pour la première fois depuis des siècles, à faire bouger un peuple autour de 4 thèmes : pain, liberté, justice sociale et dignité humaine. Comment expliquer que ceux qui ont fait la révolution, ainsi que les victimes de la dictature ancienne n’en profitent pas et ne prennent pas la tête de l’Etat de la nouvelle révolution ? Seules les victimes « islamistes », qui n’avaient pas fait la Révolution, en ont profité.

 

"C’est simple, les électeurs et les élus sont les deux victimes des mêmes conditions, Quand on sait que les pauvres en Egypte sont de l’ordre de 40 millions vivant sous le seuil de pauvreté, ces gens là, pauvres, analphabètes, ce sont eux qui ont été manipulés par le slogan de charia, par les autres victimes, les leaders des frères musulmans, qui rêvent depuis 80 ans d’avoir des sièges et de restaurer le califat islamique. D’où la majorité obtenue lors des premières élections législatives. Mais sur les 5 fois où le peuple égyptien a été appelé aux urnes sur ces 5 fois, je vais vous dire comment la popularité des frères musulmans s’est dégradée. La confiance égyptienne en 6 mois de présidence de Morsi, premier président civil élu, s’effondre en raison de sa manière de gérer le pays. Ca va se dégrader et ça va continuer, à un tel point qu’on ne sait pas comment ils peuvent s’en sortir, sans aucun projet. Qu’ils soient alliés avec les militaires, ou seuls, ils n’ont présenté aucun projet, ni économique, ni politique, aucun projet pour répondre aux besoins de plus de 80 millions d’égyptiens.

 

"La révolution du 25 janvier est une révolution de citoyens égyptiens, elle ne vient pas du bureau du guide de la Confrérie. En 18 jours les citoyens ont réussi à faire chuter l’ancien régime. Cette révolution est une révolution civile par excellence. Elle a été déclenchée par des jeunes citoyens égyptiens : filles, garçons, femmes et hommes qui appartiennent à la classe moyenne et qui habitent en particulier au Caire, Alexandrie, Suez, et toutes autres grandes villes d’Egypte.

 

"Ces jeunes se sont connus via internet, et ont débattu longuement sur facebook au sujet de la torture mortelle de la police d’Alexandrie contre un jeune homme « Khaled Saïd ». Ils ont pris rendez-vous pour manifester contre le despotisme et la tyrannie le 25 janvier – grande fête de la police que le despote et ses collaborateurs étaient en train de préparer.

Plus de 100 000 jeunes se sont inscrits sur la page de « Khaled Saïd ». ils ne se connaissaient pas mais se sont mis d’accord sur le slogan : les 4 thèmes précités : pain /liberté/justice sociale/dignité humaine.

 

"Le noyau actif de cette révolution comprenait 19 jeunes de 20 et 35 ans, sans leader. Leur plan était de rentrer en contact direct et de communiquer avec la classe sociale vivant dans les bidonvilles.

 

"Qui va rendre justice à tous les martyrs et les blessés et leurs parents ?


"Une question importante s’impose après 2 ans de révolution, à tous les égyptiens, comment faire justice à ceux qui ont été martyrisés (1500 personnes, garçons et filles, grands et petits), aux milliers de blessés, sans oublier au moins 10 000 personnes qui sont encore en prison à ce jour ?

Il y a une panne quelque part dans les institutions de l’Etat, qui fait que l’Etat de droit est en congé. Et personne, malgré les promesses du président Morsi, n’est capable de rendre justice ou de prononcer une sentence contre ceux qui ont commis des crimes de morts, ou ont torturé ces égyptiens. Osons dire où il y a eu des victimes ou des massacres :

 

-25 janvier 2011, Place Tahrir et dans les grandes villes d’Egypte

-2 février 2011, autour de la place Tahrir campagne des chameaux

-11 février 2011, place Tahrir lors du départ de Moubarak

-octobre 2011, massacre de Maspero

-19 novembre 2011 à début décembre rue Mohamed Mahmoud

-16 décembre 2011 rue Kasreleini, conseil des ministres.

-1 février 2012, stade de Port-Saïd,

-décembre 2012 Palais présidentiel d’Héliopolis (Etéhadeya)

 

"Thèmes qui pourront faire l’objet de questions/réponses :

 

"Le rôle des chrétiens dans la Révolution : exemple des mobilisations de Justice et Paix et l’association Al Nahda"

 

 

 

L'auteur: Le père William Sidhom, originaire de la Haute Egypte – d’un village près de Louxor, après avoir fini ses études de philosophie et de psychologie à l’université du Caire, est entré à la Compagnie de Jésus en 1972 où il a fait quatre ans d’études à la faculté jésuite du centre Sèvre à Paris. Une maîtrise sur Averroès à Paris IV. Actuellement, il est animateur spirituel et social au collège de la Sainte-Famille. Il participe activement à la création de la société civile en Egypte. Il est responsable des deux associations, El Nahda et Khadra, avec deux équipes de jeunes et, comme adjoint, le père Mohsen Adel S.j.

 

Le père William est aussi secrétaire général de la commission épiscopale Justice et paix en Egypte et enseignant dans la faculté de théologie au Caire. Solidaire avec la jeunesse et tous ceux qui rêvent que l’Egypte réalise les valeurs de sa révolution : paix, liberté, justice sociale, et état de droit. Il s’inspire de la théologie de Libération de l’Amérique latine au sujet de laquelle il a écrit plusieurs livres en arabe pour sensibiliser le public du monde arabe.

 

Source:  http://www.chretiensdelamediterranee.com/article-colloque-19-janvier-2013-appartenance-religieuse-et-citoyennete-la-situation-egyptienne-interv-115208118.html

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publié par la Section de Pau & Pyrénées - dans Politique étrangère
21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:00

On lira ci-dessous un article de géopolitique très documenté, montrant les liens que les guerilleros islamistes que l'Armée française combat au Sahel entretiennent en fait avec les Etats-Unis.

 

A.F.-Pau & Pyrénées

 

"Un déluge d’articles a été mis en circulation très rapidement afin de défendre l’intervention militaire de la France au Mali, « The Crisis in Mali: Will French Intervention Stop the Islamist Advance? » décide par exemple que les vieux trucs sont toujours les meilleurs trucs et élit le narratif éculé de la “guerre contre la terreur” comme fil directeur.

Le “Time” clame que l’intervention cherche à arrêter les “terroristes islamistes” de renverser l’Afrique et l’Europe. L’article stipule spécifiquement que:

“… Il y a une peur, probablement fondée en France, pour que l’islamisme radical du Mali menace la France, car la plupart de ces islamistes parlent français et ont des membres de leur famille en France. (Des sources émanant du renseignement à Paris ont dit au “Time” qu’ils ont identifié des aspirants djihadistes quittant la France à destination du nord du Mali pour s’y entrainer et y combattre), Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), un des trois groupes formant l’alliance islamiste malienne et qui lui procure la plupart de ses chefs a aussi désigné la France, le représentant des puissances occidentales dans la région, comme cible principale d’attaques à venir.

"Ce que par contre le “Time” décide de ne pas dire à ses lecteurs est qu’AQMI est très étroitement lié au Groupe Libyen Combattant Islamiste au nom duquel la France est intervenue dans l’invasion par procuration de la Libye en 2011, donnant des armes, de l’entrainement, des forces spéciales et un soutien aérien important pour les aider à renverser le gouvernement libyen.

En remontant à août 2011, Bruce Riedel, du think-tank de la Brookings Institution, financé par le cartel des entreprises monopolistes, écrivit « Algeria will be next to fall, » où il dépeignait que le succès prévu en Libye renchérirait les éléments radicaux en Algérie, particulièrement ceux de l’AQMI. Entre la violence extrémiste et l’anticipation de frappes aériennes françaises, Riedel espérait voir la chute du gouvernement algérien. De manière ironique Riedel notait: “L’Algérie a exprimé ses préoccupations en ce qui concerne les troubles en Libye et que ceux-ci pourraient bien mener au développement d’un nouveau havre de sécurité et un sanctuaire pour Al Qaeda et d’autres extrémistes djihadistes.

 

"Nous pouvons donc remercier l’OTAN, car c’est exactement ce que la Libye est devenue, un sanctuaire pour Al-Qaïda sponsorisé par l’Occident (- A Western sponsored sanctuary for Al-Qaeda.). La tête de pont de l’AQMI dans le nord du Mali et maintenant l’implication directe de la France qui va voir le conflit déborder inévitablement sur le sol algérien. Il doit ici être noté que Riedel est un des auteurs du texte de commande du think-tank « Which Path to Persia?« , qui conspire ouvertement pour armer une autre organisation listée terroriste par le département d’état américain: le Mujahedin-e Khalq (MEK), qui sème les troubles en Iran et aide à renverser le gouvernement là-bas. Ceci illustre bien le canevas pour l’utilisation d’organisations clairement terroristes, même celles listées par le ministère des affaires étrangères américain, afin d’aider à réaliser l’agenda de la politique étrangère américaine.

 

"L’analyste en géopolitique Pepe Escobar a noté une relation même plus directe entre le groupe islamiste combattant libyen et AQMI dans un article publié dans Asia Times titré: « How al-Qaeda got to rule in Tripoli: »

 

Crucialement, et toujours en 2007, le No2 d’Al Qaïda d’alors,  Zawahiri , avait annoncé officiellement la fusion entre le groupe libyen islamiste et Al Qaïda dans la mouvance AQMI. Ainsi pour toute application pratique depuis lors, le Groupe Islamiste Combattant Libyen et AQMI ont été un et un seul et Belhaj était/est son émir.

 

Belhaj, référence à Hakim Abdul Belhaj, leader du groupe islamiste de Libye, mena le renversement de Mouamar el-Kadhafi avec le soutien sans conteste de l’OTAN, des armes, du financement et une reconnaissance diplomatique par les mêmes, ce qui eut pour effet de plonger la nation dans une guerre civile incessante entre factions tribales. Cette intervention a également vu l’épicentre de la rébellion, la ville de Benghazi, se séparer de Tripoli pour devenir un émirat semi-autonome.” La dernière campagne de Belhaj l’a vu bouger en Syrie où il réside de manière admise à la frontière turco-syrienne, demandant plus d’armement, d’argent et de combattants pour la soi-disant “Armée Syrienne Libre” (ASL) et ce toujours sous les bons auspices et le soutien inconditionnel de l’OTAN.

 

  

 

Du fait de la chute de Kadhafi, la porosité des réseaux terroristes et maffieux de Libye vers le Proche-Orient et le Sahel fait de l'Afrique du Nord la plaque tournante du combat entre les Etats-Unis et l'islam et un enjeu géopolitique mondial (Photo D.R.)

 

 

"L’intervention de l’OTAN en Libye a ranimé l’organisation listée comme terroriste et affiliée d’Al-Qaïda le Groupe Islamiste Combattant Libyen. Il s’est battu auparavant en Irak, en Afghanistan et a maintenant des combattants, de l’argent et des armes provenant de l’OTAN et qui s’étend au Mali à l’ouest et en Syrie à l’Est. Le “califat mondial” avec lequel les néo-conservateurs ont fait peur aux petits enfants occidentaux depuis plus de 10 ans est maintenant en train de prendre forme au travers des machinations émanant de l’alliance US-Arabie Saoudite et d’Israël ainsi que du Qatar et non pas de “l’Islam”. En fait, les véritables musulmans ont payé un lourd tribut en luttant dans cette “guerre contre le terrorisme financé par l’Occident”.

 

"Le Groupe Islamiste Combattant Libyen, qui est en train d’envahir maintenant la Syrie du nord avec des armes, de l’argent et un support diplomatique français le tout pour le compte de la tentative de changement de régime de l’OTAN dans ce pays, a officiellement fusionné avec Al-Qaïda en 2007 dans le centre de combat contre le terrorisme de l’académie militaire de West Point (Combating Terrorism Center (CTC).

 

"D’après le CTC, AQMI et le GICL ne partagent pas seulement des buts idéologiques, mais des buts stratégiques et tactiques. Les armes reçues par le groupe libyen ont certainement été transférées aux mains d’AQMI par les frontières sahariennes si poreuses et sont maintenant au nord du Mali.

 

"En fait, ABC news a rapporté dans un article: En fait, ABC news a rapporté dans un article: « Al Qaeda Terror Group: We ‘Benefit From’ Libyan Weapons, » that :

 

"Qu’un membre important d’un groupe terroriste affilié infiltré par Al-Qaïda a indiqué que l’organisation pourrait avoir acquis quelques unes des milliers d’armes puissantes portées manquantes à l’issue du chaos général en Libye, ce qui confirme les craintes de longue date de certains officiels occidentaux. Nous avons été un des principaux bénéficiaires des révolutions dans le monde arabe”, a dit Mercredi Mokhtar Belmohktar, un des chefs d’AQMI, à l’agence de presse mauritanienne ANI. “En ce qui concerne les armes libyennes, ceci est une chose naturelle en de telles circonstances”.

 

"Ce n’est pas du tout une coïncidence que le conflit tirant à sa fin en Libye, un autre conflit émergea dans le nord du Mali. Ceci fait partie d’un réagencement géopolitique prémédité qui a commencé avec le renversement de la Libye et depuis lors, l’utilisant comme tremplin pour cibler l’invasion d’autres nations, incluant le Mali, l’Algérie et la Syrie, au moyen de terroristes lourdement armés, entrainés et financés par l’OTAN.

 

"L’implication de la France va peut-être faire sortir AQMI et ses affiliés du nord du Mali, mais il est presque certain qu’ils se retireront en Algérie et ce de manière planifiée. L’Algérie a été capable de stopper la subversion durant les phases de départ du “Printemps arabe, créé par les Etats-Unis” (US-engineered « Arab Spring« ) en 2011, mais elle n’a sûrement pas échappé à l’attention de l’Occident qui est en train de complètement transformer la région s’étalant de l’Afrique aux pas de porte de Pékin et de Moscou, utilisant un réseau géopolitique schizophrénique, mettant en œuvre des terroristes pour à la fois provoquer un casus belli et avoir ainsi un prétexte à l’invasion et également avoir à sa disposition une source mercenaire quasi inépuisable pour pouvoir le faire."

 

Tony Cartalucci

 

Source: Landestroyer.blogspot

 

Article original en anglais :

The Geopolitical Reordering of Africa: US Covert Support to Al Qaeda in Northern Mali, France “Comes to the Rescue”, NATO funding, arming, while simultaneously fighting Al Qaeda from Mali to Syria, le 15 janvier 2013.

 

(Traduit de l’anglais par Résistance 71) 

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publié par la Section de Pau & Pyrénées - dans Politique étrangère
6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 09:00

Cible Iran 1

 

On lira plus bas une intelligente critique récente, par une universitaire, du dernier livre sur la destruction programmée de l'Iran du journaliste et essayiste, spécialiste de géopolitique, Jean-Michel Vernochet qui sera l'invité de la fédération Grand Sud-Ouest de l'Action française du 25 au 27 janvier 2013:

 

 Armoiries fastueuses Bx 

 

- à Bordeaux, vendredi 25 janvier 2013, à 18 h 30, au restaurant Le Xaintrailles (proche de la caserne du même nom): 114, boulevard du Maréchal-LECLERC - P.A.F.: 13 €;

 

 Toulouse, blason avec couronne murale 

 

- à Toulouse, samedi 26 janvier 2013, à 11 h 15: avenue de Grande-Gretagne - P.A.F.: 8 €;

 

 Armes Pau 2 

 

- à Pau, samedi 26 janvier 2013, à 15 h 30, à l'hôtel Quality Pau-Centre (ex-Kyriad): 80, rue Emile-Garet (près du Musée des Beaux-Arts et du centre commercial Bosquet) - P.A.F.: 8 €;

 

Armoiries pays basque fs 

 

- à Bayonne, dimanche 27 janvier 2013, à 15 h, quartier Saint-Léon - P.A.F.: 8 €.

 

Participation aux frais: 8 € par personne (à Bordeaux: 13 €). Règlement par chèque à l'ordre de: C.A.E.C. - C.C.P. 15 503 63 W BOR. Prière de s'incrire avant le 23 janvier 2013 auprès de:

 

C.A.E.C.

B.P. 80093

33035 BORDEAUX CEDEX.

 

Attention: Pour Toulouse et Bayonne, l'adresse exacte ne sera communiquée qu'après enregistrement de l'inscription.

 

A.F.-Grand Sud-Ouest

 

4 Piliers Fédération

 

"Jean-Michel Vernochet, journaliste expérimenté, sait trouver des titres équivoques qui sont autant de titres choc. Son livre de 2003, « L’islam révolutionnaire », mise en forme de la pensée de « Carlos » Ilich Ramirez

"Sanchez, a ainsi trouvé ses lecteurs, non seulement du côté des musulmans passionnés de politique et de révolution, mais aussi chez d’autres, terrifiés par l’idée que l’islam porte effectivement un projet révolutionnaire dévastateur pour les sociétés européennes telles qu’elles fonctionnaient avant la grande vague d’immigration musulmane.

"Ce nouveau livre à tonalité apocalyptique passionnera tant ceux qui souhaitent la destruction de l’Iran, que ceux qui la redoutent. Riche d’informations relevant de la géopolitique, des tendances enracinées dans l’espace et l’histoire diplomatique, il établit la centralité de l’Iran dans la conjoncture actuelle, mais ne traite nullement du potentiel idéologique subversif qu’il était censé abriter jusqu’à une date récente. C’est là la première surprise, reflet d’une mise à jour radicale.

"Effectivement, depuis ces dernières années, l’islam sunnite est le cadre de reprises en main de nombreux pays, mais bien souvent sans plus contester le système économique néo-libéral, et dialogue avec les représentants de l’ex « grand Satan » occidental dans des termes qui vont de la courtoisie à la collaboration, tandis que l’islam chiite, son concurrent, ne semble nullement soucieux de convertir l’Occident à sa foi. L’Iran réaliste cherche à se faire des alliés sur la base des intérêts économiques mutuels, et ne brandit plus guère dans sa rhétorique qu’une question passionnelle, la condamnation d’Israël comme haut lieu de mensonge, de terrorisme d’Etat et de vol des terres palestiniennes; ce bilan de l’Etat juif étant désormais partagé par toute la planète, comme vient de le montrer le vote à l’ONU en faveur de la reconnaissance de l’Etat palestinien, l’antisionisme iranien ne constitue plus un fer de lance contre l’Occident, mais un lieu commun pouvant servir de base de travail.

"Pourtant, Hollywood relance la propagande contre l’Iran avec le film Argo, sorti en novembre 2012, montrant les Iraniens révolutionnaires animés par la foi de l’iman Khomeiny comme des gens soudés par une férocité à toute épreuve. Il s’agit d’un film conçu directement par le Pentagone comme outil de brouillage de la sensibilité populaire aux questions de politique internationale, préalable indispensable à une agression militaire, qui devrait, pour réussir, passer comme une lettre à la poste dans l’opinion publique du monde entier. Et la sortie mondiale du film a été programmée pour accompagner l’entrée en vigueur de la nouvelle présidence US, et un nouvel élan guerrier. La riposte de J. M. Vernochet vise les profondeurs cachées de l’enjeu, et son livre, mémoire pédagogique, clair, précis et ordonné, établit l’existence de blocs de réalité sourds à toute idéologie, mais pour cela même, infiniment plus déterminants que tous nos divers souhaits, et concourant vers la catastrophe.
 

Vernochet_homme_de_culture.jpg

Le journaliste et essayiste
Jean-Michel Vernochet: un homme de culture 
(Photo D.R.)
 
"Se situant dans une avant guerre inéluctable, l’auteur conclut: « au demeurant l’issue de la crise iranienne se jouera au final sur une partie de poker tricontinentale. L’Amérique abattant ses cartes avec le revolver sur la table, la Russie et la Chine s’interrogeant avec anxiété » sur la part de bluff que les gens de Washington et de Tel Aviv font intervenir dans ce jeu délétère, se demandant quant à eux jusqu’où ne pas aller trop loin. » Si c’est bien là une représentation dessillée des forces en présence, le pronostic ne fait guère de doute…

"Radicalement pessimiste, toute l’analyse des facteurs financiers, énergétiques, géopolitiques et diplomatiques débouche sur le pari que l’Iran va tout perdre, dans très peu de temps: sa souveraineté, son intégrité territoriale, sa capacité à se doter d’installations nucléaires civiles, la maîtrise de ses hydrocarbures, et sa fierté nationale bâtie sur une longue histoire de résistance aux impérialismes occidentaux. C’est ce qui est arrivé à l’Irak, à l’Afghanistan, à la Libye, c’est ce qui est prévu en Syrie, la porte d’accès à l’Iran.

"Les références appuyant ce raisonnement sont détaillées, vont à la source, et font découvrir des auteurs peu connus. Comme c’est souvent le cas, on les trouve dans les notes de bas de page qui ont pour but d’étayer le discours principal, en haut de page, mais qui introduisent de fait une diversification des points de vue, contrastant avec l’homogénéité de la thèse principale, selon laquelle nous sommes, dans le monde entier, prisonniers d’un système unique, « l’Amérique-monde »: « de la même façon que la tectonique des plaques rend compte des mouvements de l’écorce terrestre des séismes subséquents, la rencontre du bloc est-asiatique Russie-Chine et de la puissance océanique, l’Amérique du Nord et son satellite européen, est régie par une logique tri-dimensionnelle dont le développement est autonome, indépendant de la volonté des hommes auxquelles elle impose ses nécessités intangibles. »

"Si nous prolongeons l’esprit des notes, où voisinent, comme références, le marquis de Sade, Max Stirner, Ayn Rand, David Friedman, Marcela Yacub, Francis Caballero, Jean Danet, Frederic Grimm, James Burnham, la sphère des idées reprend de sa vigueur, tout d’abord avec la foi quelque peu dogmatique de l’auteur dans la cohérence du système-monde.

"Il y a des forces qui nous écrasent et poussent inexorablement à la destruction de l’Iran, certes, mais la première contradiction qu’apporte le livre à sa propre lucidité fataliste, c’est la colère de l’auteur.

"Son livre intensément subjectif, porté par l’indignation contre ceux qui veulent l’anéantissement de l’Iran, c’est un excellent outil de mobilisation. Il faut protéger l’Iran, car c’est la condition de notre survie comme nation, et c’est l’indépendance de l’Europe qui est en jeu, contre USA et Israël, voilà le message que le titre maquille.

"L’avenir que « le système » réserve à l’Iran, c’est le sort de l’Allemagne, dont la ruine, l’impuissance et le morcellement ont été planifiés et mis en œuvre par les Britanniques et les Américains dès le XIXème siècle, et prolongée bien après 1945. Pourtant, l’Allemagne a retrouvé son unité, sa richesse, et sa capacité d’initiative. Le nationalisme est-il la grande idée qui porte la résilience allemande ? Fait-il toujours la force de la résistance iranienne ? Est-ce ce qui peut nous ressusciter ? Le besoin de justice sociale est tout aussi fort, pour soulever les peuples, que la fascination pour leur propre identité.

"Dans le contexte de crise financière faisant redécouvrir la misère aux anciens pays qui vivaient des rentes de l’impérialisme, la poussée révolutionnaire chez les sacrifiés et chez leurs penseurs est réelle. Comme dans toute résistance à une agression étrangère, c’est dans la synchronisation entre nationalisme et revendications à la base de la société que se cache la clé de la victoire. Vernochet n’aime pas les communistes, et il insiste lourdement sur les faits qui confortent son idée que le bloc soviétique a été soutenu, entretenu, maintenu en vie par les vivres que lui fournissaient de grands exportateurs américains.

"Mais il faudrait ajouter que le monde capitaliste a été en retour obligé par le modèle soviétique d’instaurer des systèmes de protection sociale qu’il abomine et ruine chaque fois qu’il le peut. Obama a affronté, combattu et vaincu l’Amérique wasp en implantant un minimum de sécurité sociale dans son pays, au moment où celui de l’Europe subit les coups de boutoir du rouleau compresseur de l’anarcho-capitalisme. C’est un retournement de situation au cœur du système. Il ne peut qu’être porteur d’autres surprises d’envergure.

"La guerre contre l’Iran est déjà en cours, les sanctions assassinent l’économie iranienne et déstabilisent le gouvernement, après avoir plombé le potentiel idéologique libérateur du chiisme dans l’opinion publique occidentale. Dans les facteurs concourant pourtant à une victoire de l’Iran, il faudrait développer la relative autonomie de l’Afrique du Sud, de l’Angola, du Venezuela, de l’Argentine, capables de surprendre et de consolider le groupe de ceux qui ont choisi de signer des accords de coopération en complète opposition avec les projets US: Brésil, Inde, Turquie. Comme la Turquie, les autres voisins de l’Iran ont des intérêts contradictoires, mais la Syrie et l’Irak sont d’ores et déjà ses alliés, outre la Russie et la Chine, et les atouts de l’Iran mériteraient un autre livre complémentaire. Certains dans la classe politique israélienne, envisageraient même l’alliance avec l’Iran, contre les USA, tandis qu’aux USA, il en est d’autres qui souhaitent la consolidation nucléaire de l’Iran pour parer à la folie expansionniste d’Israël ! Une chatte persane saura-t-elle y retrouver ses petits ?

"L’auteur appelle de ses vœux un miracle, qu’il se manifeste sous forme d’homme providentiel ou d’une colossale défaillance inattendue dans le camp des présumés vainqueurs. Nous parions sur l’accumulation de petits miracles, dont ce livre fait d’ores et déjà partie. Si l’Iran réchappe du plan de destruction inclus dans la logique prédatrice de l’anarcho-capitalisme hégémonique, ce sera entre autres grâce au travail de réinformation des journalistes sérieux."

 
Maria Poumier

 

Vernochet_Iran.jpg
 
 
L'ouvrage de Jean-Michel Vernochet, Iran, la destruction nécessaire, peut-être directement commandé chez l’éditeur Xénia <http://www.editions-xenia.com/livres/page123/index.html>. Il sera disponible sur les tables de presse de nos sections de Bordeaux & Basse-Guyenne, Toulouse & Haut-Languedoc, Pau & Pyrénées et Bayonne & pays basque. Prix: 15 €.
  

 

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publié par la Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F. - dans Politique étrangère
1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 09:00

"L’Iran doit être détruit. Malgré sa série d’échecs militaires, l’alliance occidentale doit mener cette campagne peut-être suicidaire. Pour quelles raisons ?

 

Cible Iran 0
"Non seulement parce que l’Iran remettrait en cause le monopole du feu nucléaire détenu au Proche-Orient par l’État hébreu. Ni en raison de la lutte acharnée que se livrent les grandes puissances pour s’approprier les gisements d’énergies fossiles, notamment le gaz iranien. Et ne parlons pas des arguments émotionnels liés aux droits de l’homme et au statut de la femme.

"Aucune de ces raisons n’est suffisante, mais toutes ensemble elles participent d’une logique d’ensemble, systémique, qui les englobe. Et qui ne peut souffrir la présence d’une puissance iranienne échappant au nivellement libéral-démocratique du monde. La cible est donc déjà verrouillée sur les écrans de guidage des centres d’opérations américains. Intégrant le contexte global et l’enseignement des décennies qui précèdent, sans s’aveugler sur le régime iranien, Jean-Michel Vernochet livre une réflexion géopolitique de haut vol sur « notre » prochaine guerre. Peut-être la guerre de trop ?"

 

Jean-Michel Vernochet, Iran, la destruction nécessaire, Xénia, 15  €. Disponible à nos bureaux.

 

Vernochet Iran

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publié par la Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F. - dans Politique étrangère
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 09:00

 

On lira ci-dessous l'interviouve, réalisée récemment par Jeune Afrique, d'un médecin étranger, spécialisé dans l'activisme "humanitaire". M. Brauman parle d'or, mais il aurait pu le faire quand il était président de "Médecins sans frontières"!  

 

A.F.-Toulouse & Haut-Languedoc

 

 

Syrie 2012

 

Le bodycount (décompte des victimes)

depuis le début des évènements:

tout simplement effrayant

 

 

  "Figure de l'action humanitaire, Rony Brauman a notamment dirigé Médecins sans frontières France, où il est toujours actif. Né à Jérusalem en 1950, il revendique sa citoyenneté israélienne mais dit ne pas en avoir la nationalité. L'État hébreu dissocie en effet les deux notions, la seconde établissant des distinctions communautaires. « Je ne suis pas retourné en Israël depuis que le gouvernement m'oblige à y entrer avec un passeport israélien, dit-il. Avec un tel document, je ne peux pas aller dans les territoires occupés. Et je refuse de me rendre en Israël si je ne peux pas me rendre dans les Territoires. » Auteur de plusieurs essais, il s'est distingué par ses mises en garde sur les dangers du devoir d'ingérence. Une position qui l'a entraîné dans un véritable duel d'intellectuels avec le philosophe français Bernard-Henri Lévy sur la question libyenne en 2011.

 

"Jeune Afrique : Comment réagissez-vous à l'octroi à la Palestine du statut d'État observateur à l'ONU ?


"Rony Brauman : C'est une bonne nouvelle. Cela mettra les Israéliens face à leur statut d'occupant d'un pays reconnu et non plus de « territoires disputés », comme ils aiment à le dire. Cela permettra aux Palestiniens de sortir du face-à-face stérile dans lequel ils sont enfermés et de faire valoir leurs revendications à l'ONU, où ils comptent de nombreux soutiens. Il faut manifestement cesser de compter sur Washington, clairement du côté israélien, pour jouer l'arbitre. La reconnaissance de la Palestine, bien qu'incomplète, va dans ce sens.

 

 

"J.A. - Le cessez-le-feu à Gaza conclu entre le Hamas et Israël, c'est l'échec de la politique de négociation pacifique ?


"R.B. - C'est en effet un échec pour la politique du Fatah et de l'Autorité palestinienne (AP), qui ont renoncé à la lutte armée et n'ont obtenu en échange que l'expansion continue des colonies. La politique israélienne a toujours été de marginaliser les nationalistes progressistes pour chercher un face-à-face avec les islamistes. Par des moyens militaires, politiques, économiques, les Israéliens ont littéralement piétiné l'AP afin d'ancrer l'idée qu'ils n'avaient pas de partenaire de paix. C'est l'un de leurs grands slogans : nous voulons la paix, mais il faut être deux pour cela. Tel-Aviv a pour stratégie de décréter quels sont ses interlocuteurs légitimes. Considérant d'un côté le Hamas comme une organisation terroriste, de l'autre l'AP comme un fantôme sans légitimité, il les invalide tous les deux et ferme la porte aux négociations.

 

 

"J.A. - L'Occident considère aussi le Hamas comme un mouvement terroriste...


"R.B. - C'est insensé, même si je ne crois pas à une issue militaire au conflit : l'intifada a été un désastre et de très nombreux Palestiniens le reconnaissent. Cela étant, une population occupée a le droit de se défendre. La légitime défense est une notion indiscutable, inscrite dans tous les textes, présente dans toutes les têtes et à laquelle on ne peut s'opposer. Utiliser la violence contre les Israéliens est une erreur politique et stratégique - compte tenu du rapport des forces complètement déséquilibré en faveur d'Israël et de ses conséquences humaines terribles -, mais considérer le Hamas comme terroriste parce qu'il se défend en est une autre. D'autant qu'il a clairement indiqué à plusieurs reprises qu'il acceptait l'existence d'Israël dans les frontières de 1967. Le Hamas doit être l'un des interlocuteurs des Israéliens.

 

 

"J.A. - Que reste-t-il du camp de la paix en Israël ?

 

"R.B. - Il y a toujours un camp de la paix composé de gens plus modérés que ceux au pouvoir. Ils bénéficient d'un soutien mesuré. Le Meretz, qui prône la solution des deux États séparés, n'a recueilli que 2,5 % des sièges aux législatives de 2009. Il y a aussi à l'extrême gauche ceux qui proposent la création d'une confédération israélo-palestinienne : la solution de l'État unique, binational. Spontanément, je suis porté vers cette forme de confédération, qui officialiserait un état de fait, avec bien sûr une égalité des droits civiques, politiques, sociaux pour l'ensemble de la population. Hélas, l'heure globale est aux rétrécissements identitaires. De facto, c'est un État binational qui se construit, mais sous les pires auspices avec la mise en place d'une situation d'apartheid.

 

 

"J.A. - Peut-on espérer des progrès du second mandat d'Obama ?


"R.B. - Rien n'a été fait pendant le premier... Espérer, on peut toujours le faire et on y est un peu forcé, les Américains étant les seuls à avoir une influence sur les Israéliens. Hélas, en dépit de l'antipathie à peine cachée d'Obama pour Netanyahou, le soutien à l'État hébreu n'a jamais été aussi fort et conforte le Premier ministre ­israélien dans son intransigeance. Et l'opinion internationale est tellement braquée contre Israël que les États-Unis restent ses seuls amis et protecteurs. Il est très imprudent pour Israël de faire reposer son existence et sa sécurité sur un unique allié, alors que beaucoup de signes montrent que même aux États-Unis la solidité de cette alliance est en train de s'effriter, y compris parmi les Juifs américains, de plus en plus éloignés de cet État violent et sectaire.

 

 

"J.A. - Quelle est votre position sur le conflit syrien ?

 

"R.B. - Mon point de vue recouvre deux aspects différents. Je regrette tout d'abord de voir que la majorité de l'opposition, après avoir longtemps joué la carte de la mobilisation populaire et de la légitime défense, a abandonné cette stratégie pour faire le choix de la guerre ouverte. La lutte armée sélectionne les plus violents, favorise les plus radicaux et effraie un certain nombre de gens, qui finissent par se réfugier dans l'attentisme. Ma sympathie va à ces opposants qui rejettent dans un même mouvement la dictature et la lutte armée, et qui ne sont, hélas, pas du tout considérés par nos médias et nos politiques. L'autre point important, c'est l'exigence du départ immédiat de Bachar al-Assad posée par les Occidentaux. Établir un préalable qui ne sera jamais accepté, c'est signer pour la guerre. L'important pour moi, c'est que le cours de la politique reprenne, avec ou sans Bachar. Que ce tyran soit à terme expulsé de ses fonctions, je ne pourrais qu'en être satisfait avec tous les gens qui espèrent une solution démocratique en Syrie.

 

 

"J.A. - La position d'Israël sur le nucléaire iranien est-elle légitime ?

 

"R.B. - Israël, qui a enclenché la spirale de la nucléarisation au Proche-Orient, avec d'ailleurs l'aide de la France, est le dernier pays fondé à défendre une telle position. L'Iran a été attaqué par les Britanniques, a subi un coup d'État fomenté par la CIA en 1953, a été agressé par une coalition américano-française par Irakiens interposés, mais l'Iran n'a fait la guerre à personne. Je n'ai aucune sympathie pour le régime des mollahs et tout mon soutien va aux opposants de la révolution verte, mais, même parmi ces derniers, un grand nombre soutient le droit de l'Iran à se doter du nucléaire et à sanctuariser son territoire, de façon à se prémunir contre une attaque. Comme avec l'Irak en 2003, on a fait de l'Iran le problème. Et la solution, c'est de l'attaquer. Quand on voit le monde comme un ensemble de clous, on n'a pas d'autres outils en tête que le marteau et la tenaille, mais en politique cela doit être l'exception, et le contraire doit être la règle. On ne parachute pas la démocratie, on ne l'impose pas à coups de bombes.

 

 

"J.A. - Vous avez détonné dans le paysage médiatique en dénonçant l'intervention en Libye...


"R.B. - L'aventure libyenne est elle-même partie d'une manipulation médiatique caractérisée. Ce qui a décidé Sarkozy et Obama a été le mitraillage aérien des manifestants de Tripoli le 21 février, une fausse information diffusée par Al-Jazira sur la base d'un simple témoignage téléphonique. Or il n'y a pas eu de manifestations à Tripoli et encore moins d'avion mitraillant la foule. Aucun des médias dominants n'a daigné faire la moindre vérification. La première page du récit de Bernard-Henri Lévy La Guerre sans l'aimer débute là-dessus : alors au Caire pour soutenir le Printemps arabe, il est sur le point de rentrer en France quand il voit sur les écrans de l'aéroport les avions attaquer en piqué la foule. Il prend soin de préciser que l'importance d'un événement c'est son commencement. À raison : ce commencement-là n'a pas eu lieu, c'était un énorme montage propagandiste, et qui donnait le ton de la suite. Autre manipulation : Benghazi, d'où la rébellion est partie, n'était pas sous le coup d'une menace d'anéantissement. Qui a vu les colonnes de chars dont on a tant parlé ? Personne. La ville rebelle était alors tout à fait en position de construire un rapport de force. Par la suite, le Conseil national de transition (CNT) aurait pu en appeler à divers médiateurs qui se proposaient, comme le Niger, le Sénégal et la Turquie. Mais tout a été fait pour que l'option de la guerre soit le premier recours. Cette guerre a été décidée dès les premiers jours du soulèvement de Benghazi, puis on a fabriqué ses justifications (massacres, viols) sans que personne ne se donne la peine de les vérifier.

 

 

"J.A. - Qu'est-ce qui a motivé cette guerre ?

 

"R.B. - Sarkozy ne pouvait qu'être furieux d'avoir été berné par Kaddafi : tous les contrats Rafale, centrale EPR, grand partenariat stratégique franco-libyen sur l'Afrique n'étaient qu'une tromperie.

 

"Il y a tout d'abord le sentiment, assez justifié, qu'a eu le président français Nicolas Sarkozy d'avoir été berné par Kaddafi : tous les contrats Rafale, centrale EPR, grand partenariat stratégique franco-libyen sur l'Afrique n'étaient qu'une tromperie. Sarkozy ne pouvait qu'en être furieux. La deuxième raison, c'est sa session de rattrapage par rapport au Printemps arabe. Je ne partageais d'ailleurs pas toutes les accusations adressées au gouvernement d'alors d'avoir ignoré l'arrivée du Printemps arabe. J'ai vu dans ces reproches de l'intelligence rétrospec­tive, toujours facile, et une ruse de la pensée impériale. Ce n'est en effet pas à la France ni à l'Occident d'ouvrir les portes de l'État de droit aux peuples. C'est aux Arabes qu'il revenait de se libérer, le rôle des pays démocratiques étant de manifester leur soutien à ces mouvements. Troisième raison : s'engager dans une guerre très probablement victorieuse, pour une cause qui est presque indiscutable - mettre un terme aux massacres commis par le tyran le plus isolé de la zone -, c'était se garantir un succès d'estime et une entrée dans l'Histoire dont rêve tout chef d'État.

 

 

"J.A. - Êtes-vous également peu favorable à une intervention française aux côtés de troupes africaines dans le Nord-Mali ?


"R.B. - On peut tout à fait apporter une aide à un État souverain qui la demande : ce n'est pas mal en soi. Mais si l'aide que demandent les Maliens n'est pas fournie, c'est qu'il y a une situation de putsch. Une règle américaine, qui n'est pas la plus mauvaise, interdit en principe d'aider une armée putschiste. Et, au-delà du putsch, il faut se demander qui tient les rênes dans ce pays. Le Mali est actuellement un État en situation de dissolution, et, en l'absence d'un pôle politique fiable, toute entreprise militaire est vouée à l'échec. Autant sur la Syrie et surtout sur la Libye je me suis senti isolé, autant ce que je pense sur le Mali rejoint ce que disent la plupart des experts politiques, économiques et militaires : il faut redonner un peu de couleurs et de substance à l'État malien, ce qui ne se fera pas du jour au lendemain. Reprendre Tombouctou, Gao ou Kidal ne devrait pas être compliqué, mais c'est le fameux jour d'après qui pose un problème ; s'il n'y a pas un État, un ensemble intégrateur, ce jour-là sera celui d'une catastrophe."

 

Propos recueillis

par Laurent de Saint Périer

 

 

Bio express

 

o 19 juin 1950 naissance à Jérusalem

o 1975 doctorat en médecine tropicale, santé publique et épidémiologie

o 1978 rejoint Médecins sans frontières (MSF)

o 1982-1994 président de MSF France

o 1994-1997 professeur associé à Sciences-Po Paris

o 1997 Prix de la Fondation Henry Dunant

 

Source: www.jeuneafrique.com, 12 décembre 2012.

 

 

 

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publié par la Section de Toulouse & Haut-Languedoc - dans Politique étrangère
2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 09:00
Nous donnons ci-après la parole à un habitant de Gaza la martyre pour expliquer les conditions politiques auxquelles une paix durable peut être envisagée en Terre sainte. Il est intéressant de le voir rejoindre saint Thomas d'Aquin: opus justitiae pax, la paix est oeuvre de justice. Ce à quoi l'Action française souscrit entièrement: pas de paix avec Israël sans justice pour les Palestiniens.
 
A.F.-Grand Sud-Ouest
 
4 Piliers Fédération
 
Ni aides humanitaires
ni visites diplomatiques,
nous cherchons une décision politique
 
par Ziad Medoukh
 
"Malgré la signature de l’accord de cessez-le feu, et malgré une trêve fragile entrée en vigueur la semaine dernière, la situation dans la bande de Gaza est toujours sous tension.
 
"Israël n’est pas satisfait de cet accord, il viole cette trêve tout le temps, il essaye de provoquer les factions de Gaza par des tirs et la présence de ses soldats sur les frontières.
 
"La population civile, qui a été la plus touchée et la plus visée par l’offensive militaire israélienne du 14 au 21 novembre 2012, est soulagée certes, en dépit des pertes humaines et des destructions massives.
 
"La vie reprenne doucement, doucement, à Gaza, malgré les conséquences désastreuses des dernières attaques .La population est en train de vivre à côté des ruines des maisons, immeubles et bâtiments détruits.
 
"Pour nous, cette trêve marque la fin de la nouvelle agression israélienne contre Gaza, mais pas la fin de l’occupation, car, sous n’importe quel prétexte, cette armée pourrait de nouveau attaquer, bombarder et pilonner cette région toujours sous blocus. D'autant plus qu’Israël n’a reçu aucun critique de la part des instances internationales vis-à-vis des opérations militaires  de la semaine dernière.
 
"Tout le monde sait que l’impunité d’Israël l’encourage à poursuivre ses attaques, et le meilleur exemple en est ses crimes commis à Gaza en 2009 sans soulever aucune réaction internationale ni aucune  sanction.
 
"Nous saluons ici la mobilisation populaire et citoyenne, partout dans le monde, au travers des manifestions, rassemblements, et protestations contre l’offensive militaire israélienne et en soutien à Gaza et sa population.
 
"Devant le silence complice de la communauté internationale officielle, cette mobilisation citoyenne avec la résistance de la population civile à Gaza, a été  l'élément principal qui a  poussé l’armée israélienne à mettre fin à son agression.
 
"Actuellement, il y a beaucoup de visites diplomatiques et de solidarité à Gaza, tout cela est important pour venir montrer son soutien et constater les dégâts de l’agression israélienne.
Des associations et des organisations internationales se mobilisent pour venir en aide aux Gazaouis, elles récoltent des fonds et du matériel pour les envoyer à Gaza, tout cela est important étant donnés  les besoins énormes de cette population qui a beaucoup souffert de attaques israéliennes.
 
"Malgré la destruction, le manque de moyens, les besoins, et l’isolement, les aides alimentaires, et les visites sur place ne sont pas une priorité.
 
"Le plus important, à mon avis, ce sont les décisions politiques qui devraient être prises par les instances internationales afin d’arrêter les attaques israéliennes contre Gaza et contre la Palestine.
 
"Nous avons besoin d’une décision politique qui oblige Israël à respecter les droits des Palestiniens, une décision qui mettra fin à l’occupation coloniale.
 
"Notre cause est politique, c’est une cause de justice, nous sommes occupés, nous sommes opprimés, nous avons le droit d’être libres et de vivre en paix sur notre terre.
 
"Jusqu’à quand  allons-nous vivre dans ce cycle infernal : attaques israéliennes, aides humanitaires pour les Palestiniens sinistrés et touchés par ces attaques, puis reconstruction des infrastructures détruites,  puis de nouvelles attaques... ?
 
"Jusqu’à quand notre cause va-t-elle rester humanitaire ? Jusqu’à quand le monde entier va-t-il s’intéresser à la Palestine, sauf quand il y a des morts et des bombardements ?
 
"Pourquoi cette communauté internationale oublie-t-elle qu’en Palestine, il y a la colonisation, le mur, le blocus, et pas seulement les besoins matériels d’un peuple qui souffre d'une occupation ?
 
"Nous voulons une reconnaissance  officielle d’un état palestinien libre et indépendant.
 
"Nous cherchons des décisions courageuses qui obligent Israël  à respecter tous les accords de paix signés avec les Palestiniens, et à respecter d’abord le droit international, sous peine  de sanctions économiques et politiques contre cet état d’occupation.
 
"Nous sommes pour une paix juste et durable, mais la paix passera en premier lieu par la justice."
 
V Victoire 

 

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publié par la Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F. - dans Politique étrangère
20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 09:00

Aucun Français normalement constitué ne lira, - sans émotion pour les victimes et dégoût pour les assassins et pour la lâcheté du pays légal républicain qui se tait, - le message et les photos transmis par M. Ziad Medoukh, citoyen palestinien de Gaza, sur les atrocités commises en ce moment par l'armée nationale d'Israël, sur l'ordre de son gouvernement et avec l'assentiment de la classe politique et de la majorité de la population. Ils jettent une lumière crue sur la nature atroce de la politique israélienne, vis-à-vis des Arabes. Les Français ne savent que trop bien ce que c'est qu'une occupation par une Puissance totalitaire; aussi, en ces heures tragiques pour la nation arabe, l'Action française se déclare solidaire des Palestiniens luttant pour leur existence nationale et leur survie sur la terre de leurs pères. Le coeur humaniste, épris de justice et charitable de la vraie France saigne pour eux. 

 

A.F.-Grand Sud-Ouest

 

4 Piliers Fédération

 

 

"Je vous envoie ce message les larmes aux yeux, moi qui ne pleure jamais, mais cet immeuble détruit se trouve à 500 métres de chez moi, et les images des enfants tués m’ont bouleversées.
 

"En dehors de l’émotion, je veux vous montrer la réalité quotidienne de Gaza sous bombardements et raids israéliens intensifs.

 

"L’armée la plus morale du monde a commis un nouveau massacre israélien ce dimanche 18 novembre 2012.
 

"L’avion israélienne a bombardé un immeuble de 5 étages dans la ville de Gaza, un immeuble qui héberge 40 personnes, et qui appartient à la famille Dalou.
 

"12 personnes de la famille Dalou sont mortes, parmi eux : 6 enfants, 3 femmes et 2 personnes âgées, il y a eu 25 blessés.
 

"Je suis désolé de ces photos choquantes prises par un ami photographe, qui se trouve dans une situation psychologique difficile après ces images terribles Je pense que les organisations de droits de l’homme et de droits des enfants dorment, je ne sais quand elles vont se réveiller ?
 

"Un nouveau crime israélien contre nos enfants et nos civiles, un nouveau massacre contre l’humanité.

 

"Et un nouveau silence complice de ces pays qui prétendent défendre les droits de l’homme.

 

"Je suis obligé à vous envoyer ces photos à vous, les amis, les gens de bonne volonté, les associations de soutien à notre cause noble pour essayer de calmer ma colère et la colère des Gazaouis.
C’est horrible, terrible, mais la réalité est plus dure à Gaza.

 

"Amitiés de Gaza la résistance, le courage, la dignité, mais surtout Gaza l’humanité.

 

"Ziad Medoukh
"Un simple citoyen palestinien

de Gaza"

 

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publié par la Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F. - dans Politique étrangère
14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 09:00

Il est rare que Le Monde fasse une analyse exacte de la situation proche-orientale. On lira donc avec plaisir la tribune qui suit. Bien que l'Action française soit opposée à la conception d'"une terre, deux Etats", qui ratifierait les spoliations intervenues au profit d'Israël depuis 1948, les faits qui sont rapportés montrent bien de quel côté penche la balance des intérêts économiques. Elle n'est pas favorable aux Palestiniens. Une information à bien méditer, si l'on souhaite une solution équitable à la question posée par la présence d'Israël en Terre sainte.

 

A.F.-Toulouse & Haut-Languedoc

 

V Victoire

 

"Dans le conflit israélo-palestinien, l'Europe, une fois n'est pas coutume, a été un précurseur. avec sa déclaration de Venise de 1980, elle a, la première, posé le principe d'une solution fondée sur deux Etats: la création d'un Etat palestinien en Cisjordanie, à Gaza et dans la partie orientale de Jérusalem - au côté de l'Etat d'Israël.

 

"Trente-deux ans plus tard, l'Union européenne (U.E.) trahit cette politique. Elle est en train de renier ses engagements, de les réduire à une pure hypocrisie rhétorique. C'est une situation aussi pathétique que désolante, dont personne ne parle à Bruxelles - et contre laquelle la France aurait dû s'insurger à l'occasion de la visite, cette semaine à Paris, du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

 

"Courageuse et visionnaire, la déclaration de Venise se prononçait pour l'autodétermination des Palestiniens et pour l'ouverture de négociations avec leur mouvement national (l'O.L.P.). Un double tabou était levé, bien avant que les Etats-Unis ne s'alignent sur cette position, en 1993, avec les accords dits d'Oslo.

 

"En bonne logique, la politique européenne suppose une condamnation sans appel des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens. Et telle est bien la ligne officielle affichée à Bruxelles : ces implantations sont "illégales au regard du droit international ; elles constituent un obstacle à l'instauration de la paix ; elles risquent de rendre impossible une solution fondée sur la coexistence de deux Etats".

 

"Vaines paroles. L'Europe participe, en fait, au développement des implantations israéliennes en Cisjordanie. Elle facilite le contrôle de quelque 40 % de ce territoire par Israël. Elle est complice d'un renforcement continu d'une présence israélienne qui empêche la reprise d'une négociation sérieuse entre les deux parties.

 

"Telles sont les conclusions d'un rapport établi par vingt-deux organisations intergouvernementales européennes. Elles appartiennent à des pays qui sont tous des amis d'Israël et entendent, à raison, le rester. Accablant pour l'Union, ce document est préfacé par l'ancien commissaire européen aux relations extérieures, Hans van den Broek - un homme qu'on ne soupçonnera pas d'engagements extrémistes.

 

"Le rapport établit que l'UE importe massivement des marchandises - produits agricoles et industriels - provenant des implantations israéliennes. L'Europe soutient ainsi la "viabilité" des implantations, dit le rapport, et facilite leur développement.

 

"Ces importations sont estampillées "Made in Israël". Il suffirait que l'Europe exige un étiquetage plus précis. Elle ne le fait pas. Elle a tort. Elle ne rend service ni aux Israéliens ni aux Palestiniens. Car elle contribue ainsi à une évolution qui est en train de torpiller l'idée même d'un Etat palestinien sur un territoire viable et continu.

 

"L'Europe appuie ce phénomène dangereux qu'est la banalisation totale du mouvement de colonisation en cours. Celui-ci ne suscite plus que des condamnations formelles de l'Europe et des Etats-Unis. Comme si on avait enterré l'espoir d'un Etat palestinien."

 

Source: http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/01/israel-palestine-l-europe-se-renie_1784419_3232.html

 

chèque éd

 

P.S. Notes sur le commerce européen

avec les colonies sionistes.

 

"La position de l’Union européenne est on ne peut plus claire : les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés sont illégales au regard du droit international, elles constituent un obstacle à l’instauration de la paix et elles risquent de rendre impossible une solution à deux Etat.(1) Pourtant, le présent rapport s’attache à montrer la manière dont la politique européenne, dans la pratique, contribue également à soutenir les colonies. Il révèle que l’Union européenne importe quinze fois plus de marchandises en provenance des colonies illégales israéliennes que des Territoires Palestiniens occupés.

 

"Les colonies israéliennes sont des communautés établies sur les territoires occupés par Israël depuis 1967. Aujourd’hui, plus de 500 000 colons israéliens vivent dans différentes régions de la Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est. Les colonies contrôlent plus de 42 % de Cisjordanie et la majorité de ses ressources hydriques et naturelles. (2) Leur empiètement quotidien sur le territoire palestinien fragilise la concrétisation de la solution fondée sur la coexistence de deux États prônée par l’Union européenne.

 

"Ces deux dernières années, l’expansion des colonies s’est accélérée, la construction de plus de 16 000 nouveaux logements ayant été annoncée ou approuvée. (3) En attendant, les démolitions de structures palestiniennes – y compris celles qui sont financées avec le soutien de fonds de l’Union européenne – se multiplient, et ont ainsi entraîné en 2011 le déplacement de plus d’un millier de personnes, soit près du double du chiffre enregistré en 2010. (4) Les deux années passées ont également été marquées par un nombre sans précédent d’attaques violentes de colons à l’encontre de Palestiniens.

 

"Un système discriminatoire

à deux vitesses

 

"En instaurant des colonies, les gouvernements israéliens qui se sont succédé ont établi en Cisjordanie un système discriminatoire à deux vitesses, les colons bénéficiant de tous les droits et privilèges attachés à la citoyenneté israélienne, tandis que les Palestiniens sont soumis aux lois militaires israéliennes qui les privent de leurs droits fondamentaux.

 

"Les déplacements des Palestiniens au sein de la Cisjordanie et leur accès aux services de base, notamment aux hôpitaux, continuent d’être entravés par quelque 542 obstacles à la circulation, dont des barrages routiers et des postes de contrôle, malgré un relatif assouplissement ces dernières années. En outre, l’accès à l’eau reste extrêmement inégal, Israël étant à l’origine d’une sur-extraction des ressources hydriques de la Cisjordanie, tout en empêchant les Palestiniens de forer de nouveaux puits et de développer leur infrastructure hydrique. Dans certains cas, le pompage des eaux souterraines destinées à l’irrigation des cultures pour l’exportation sur les exploitations agricoles des colonies a entraîné l’assèchement des puits palestiniens situés à proximité, limitant ainsi la capacité des Palestiniens à cultiver leurs propres terres.

 

"Les deux économies de la Cisjordanie

 

"Les agriculteurs et les fabricants des colonies bénéficient de diverses subventions israéliennes et d’un accès simplifié aux marchés internationaux grâce aux routes que le gouvernement israélien a construites pour contourner les zones peuplées par les Palestiniens. Offrant un contraste saisissant, l’économie palestinienne est sévèrement entravée par les restrictions qu’impose Israël à l’accès aux marchés et aux ressources naturelles, dont le coût annuel a été estimé à 5,2 milliards €, soit 85 % du PIB palestinien.(6) Conséquence de ces restrictions : les exportations palestiniennes, qui dans les années 1980 représentaient plus de la moitié du PIB palestinien, se montent ces dernières années à moins de 15 % du PIB, réduisant ainsi à néant tout bénéfice qui pourrait être dégagé de l’accord commercial préférentiel que l’UE a conclu avec les Palestiniens.

 

"Il en résulte une situation où l’Autorité palestinienne est dépendante des sommes importantes que lui octroient l’UE et d’autres donateurs étrangers et qu’elle est aujourd’hui confrontée à une crise fiscale grave.

 

"Les contradictions du commerce de l’Europe

avec les colonies israéliennes

 

"D’après les dernières estimations que le gouvernement israélien a communiquées à la Banque mondiale, le volume des importations de l’UE en provenance des colonies est de 300 millions $ (230 millions €) par an (8) ; cela représente environ quinze fois la valeur annuelle des importations de l’UE provenant des Palestiniens.(9) Étant donc que plus de quatre millions de Palestiniens et plus de 500 000 colons israéliens vivent dans le territoire occupé, cela signifie que l’UE importe plus de 100 fois plus par colon que par Palestinien.

 

"Parmi les produits des colonies les plus vendus en Europe figurent des produits agricoles tels que les dattes, les agrumes et les herbes, et des produits manufacturés dont des produits cosmétiques, des machines à gazéifier, des plastiques, des produits textiles et des jouets.

Bien qu’insistant fermement sur le fait que les colonies ne font pas partie d’Israël, l’Europe accepte que ces produits issus des colonies soient importés avec comme origine déclarée « Israël », consentant ainsi à l’extension de la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés. Nombre de ces produits sont également vendus dans des magasins en Europe et étiquetés « Fabriqué en Israël », une mention susceptible d’induire en erreur, et qui prive les consommateurs du droit de prendre des décisions, en connaissance de cause, tel que le prévoit la législation européenne sur la protection des consommateurs en vigueur. Par conséquent, de nombreux consommateurs européens soutiennent à leur insu les colonies et les violations des droits humains qui y sont associées.

 

"Au-delà du commerce des marchandises issues des colonies, certaines sociétés européennes ont investi dans les colonies et les infrastructures connexes ou leur fournissent des services. Parmi ces sociétés figurent G4S (Royaume-Uni/Danemark), Alstom (France), Veolia (France) et Heidelberg Cement (Allemagne). D’autres, comme la Deutsche Bahn (Allemagne), AssaAbloy (Suède) et Unilever (Pays-Bas), ont cessé, ces dernières années, leurs activités en Cisjordanie, montrant ainsi l’exemple que devraient suivre les entreprises qui continuent de traiter dans les colonies.

 

"À ces contradictions au coeur de la politique européenne à l’égard des colonies illégales d’Israël vient s’ajouter le fait que l’UE s’est gardée d’exclure les colonies des avantages conférés par ses programmes de coopération et les accords bilatéraux qu’elle a conclus avec Israël. Dans plusieurs cas, les fonds publics de l’UE destinés à la recherche et au développement ont servi à soutenir directement des activités dans les colonies.(10) L’Accord UE-Israël sur l’évaluation de la conformité et l’acceptation des produits industriels (ACAA) illustre également le fait que l’UE s’est abstenue d’insister sur l’établissement d’une distinction catégorique entre Israël proprement dit et les colonies illégales.

 

"La voie à suivre

 

"Les nombreuses relations avec les colonies sont contraires aux obligations auxquelles l’Europe est tenue au titre du droit international, lequel stipule que les tierces parties, dont les gouvernements européens, ont pour devoir de ne pas reconnaître ni prêter une aide ou une assistance aux colonies, ainsi que celui de s’y opposer de manière effective. En pratiquant des activités commerciales avec les colonies et en contribuant à leur permanence, l’UE porte aussi un coup aux nombreuses années qu’elle a investies sur les plans politique et financier pour contribuer à l’instauration d’un État palestinien. Les gouvernements européens sont de plus en plus conscients de la nécessité de rapprocher leurs discours sur les colonies des politiques mises en oeuvre. Les gouvernements britannique et danois ont déjà pris des mesures concrètes en adoptant des directives relatives à l’étiquetage correct des produits issus des colonies. Mais les gouvernements nationaux et l’UE ont encore beaucoup à faire pour s’assurer que leurs politiques ne soutiennent pas directement ou indirectement les colonies et les injustices qui y sont associées."

 

Source : ccfd-terresolidaire.org le 30 octobre 2012

 

 

"Une large coalition d’ONG appelle l’Union européenne à agir de manière concrète au-delà des discours sur les colonies

 

"L'Union européenne importe quinze fois plus de marchandises des colonies illégales israéliennes que des Palestiniens [1], révèle un rapport publié par 22 organisations non-gouvernementales, dont le CCFD-Terre Solidaire et la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH).

 

"Intitulé "La paix au rabais : comment l'Union européenne renforce les colonies israéliennes illégales ", ce rapport est le premier à comparer les données d'exportations disponibles concernant les colonies israéliennes et les Territoires palestiniens occupés. Il souligne les contradictions de la politique de l'Union européenne. L'Union européenne a déclaré que « les colonies sont illégales au regard du droit international, elles constituent un obstacle à l'instauration de la paix et elles risquent de rendre impossible une solution à deux Etats » [2] ; pourtant, elle continue de fournir un marché d'exportation principal pour les produits issus des colonies. La plupart des Etats membres de l'UE, dont la France, n'assurent pas un étiquetage correct de ces produits dans les magasins, laissant les consommateurs dans l'ignorance quant à leur origine, contrairement aux directives de l'UE .

 

« L'Europe maintient que les colonies sont illégales au regard du droit international, or elle continue de commercer avec elles. Les consommateurs achètent aujourd'hui des produits étiquetés comme provenant d'Israël alors qu'en réalité, ils proviennent de colonies basées en Cisjordanie. Ils contribuent ainsi, malgré eux aux injustices commises à l'encontre des Palestiniens », souligne Bernard Pinaud, Délégué Général du CCFD-Terre Solidaire.

 

"Le rapport, préfacé par l'ancien Commissaire de l'UE aux Relations extérieures, Hans van den Broek, appelle les gouvernements européens à adopter une série de mesures concrètes pour qu'ils cessent de soutenir l'expansion des colonies et que l'écart entre leurs paroles et leurs actes soit ainsi comblé. La coalition demande a minima à ce que des lignes directrices claires soient adoptées sur l'étiquetage des produits afin que les consommateurs européens n'achètent plus sans le savoir des marchandises issues des colonies. [3] De telles directives existent déjà en Grande-Bretagne et au Danemark [4] et plusieurs autres pays membres, comme la Suède et la Finlande, les envisagent.

 

"Le commerce avec les colonies est à l'agenda de l'UE depuis mai 2012, période à laquelle les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont fortement critiqué « la nette accélération de la construction de colonies » et ont appelé, pour la première fois, à une application entière de la législation européenne existante en matière de produits issus des colonies. [5]

 

"Le gouvernement israélien estime que le montant des importations européennes provenant des colonies est d'environ 230 millions d'euros par an [6] ; ce chiffre est à comparer aux 15 millions d'euros par an d'importations provenant des Territoires palestiniens [7]. Cet écart s'explique par la conjonction de deux éléments : d'une part, la politique israélienne accorde des subventions conséquentes aux colons [8], y compris pour les infrastructures, le développement des affaires et de l'agriculture ; d'autre part, elle impose des restrictions drastiques sur l'accès aux marchés et aux ressources naturelles pour les Palestiniens.

 

L"es colons bénéficient d'un accès facile aux marchés internationaux et ont pu établir des agro-industries modernes et des zones industrielles. L'économie palestinienne est, à l'inverse, "fortement entravée par un système à plusieurs niveaux de restrictions" [9] imposé par Israël, incluant des barrages routiers, des points de contrôles et un accès limité à la terre, à l'eau et aux engrais. En conséquence, les exportations palestiniennes qui, dans les années 80, représentaient plus de la moitié du PIB palestinien, ont chuté ces dernières années à moins de 15% du PIB [10], réduisant ainsi à néant tout bénéfice qui pourrait être dégagé de l'accord commercial préférentiel que l'UE a conclu avec les Palestiniens.

 

« L'Union européenne dépense des centaines de millions d'euros chaque année dans l'effort de construction d'un Etat palestinien. Mais ce soutien est remis en question par son commerce avec les colonies illégales qui contribue à leur rentabilité et à leur expansion » déclare Phyllis Starkey, du Conseil d'Administration de l'ONG Medical Aid for Palestinians et ancienne députée britannique.

 

"Parmi les marchandises des colonies vendues en Europe et en France, on retrouve des produits agricoles tels que les dattes, les raisins, les agrumes et les herbes, les vins, et des produits manufacturés, dont les produits cosmétiques d'Ahava, certains composants de machines à gazéifier de SodaStream et les meubles de jardin en plastique fabriqués par Keter.

 

« Les marchandises provenant des colonies de Cisjordanie sont produites grâce aux démolitions de maisons, aux confiscations de terres et à l'occupation militaire. Il est temps pour les gouvernements d'aller au-delà des condamnations rhétoriques des colonies et de s'assurer au minimum que les consommateurs puissent prendre des décisions éclairées au sujet de ces produits en magasins. Ceci est la condition qui permettrait d'être en accord avec le droit européen et international », signale Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH.

   

"Organisations signataires : APRODEV, Broederlijk Delen (Belgique), Caabu (GB), CCFD - Terre Solidaire (France), Christian Aid (GB et Irelande), Eglise de Suède, Cordaid (Pays-Bas), DanChurchAid (Danemark), Diakonia (Suède), Fédération internationale de droits de l' Homme (FIDH), FinnChurchAid (Finlande), ICCO (Pays-Bas), IKV Pax Christi (Pays-Bas), Medical Aid for Palestinians (GB), Medico International (Allemagne), Medico International Suisse, the Methodist Church in Britain, Norwegian Church Aid, Norwegian People's Aid, Quaker Council for European Affairs, Quaker Peace and Social Witness (GB), Trocaire (Irelande).

 

[1] Etant donné qu'il y a plus de 4 millions de Palestiniens et plus de 500,000 colons vivant dans les Territoires Occupés, ceci veut dire que l'UE importe plus de 100 fois plus par colon que par Palestinien. Source : voir ci-dessous.

 

[2] Dont voici un exemple : http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/EN/foraff/116778.pdf

 

[3] En outre, des mesures plus complètes sont recommandées dans le rapport notamment :

 

Exclure les colonies des accords et des instruments de coopération avec Israël

Dissuader les entreprises européennes de mener des activités commerciales et d'investir dans les colonies

Empêcher les transactions financières qui soutiennent les colonies et les activités connexes

Interdire l'importation des marchandises issues des colonies

 

[4] Ces directives devraient être étendues pour couvrir également les produits non-alimentaires : http://archive.defra.gov.uk/foodfarm/food/pdf/labelling-palestine.pdf .

Les directives Danoise ont été récemment publiées le 05 Octobre 2012 : http://www.foedevarestyrelsen.dk/Foedevarer/Maerkning/Oprindelsesmaerkning_af_foedevarer/Maerkning%20af%20f%c3%b8devarer_fra_Israel_hhv_de_besatte_palaestinensiske_omraader/Sider/forside.aspx

 

[5] http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_Data/docs/pressdata/EN/foraff/130248.pdf , page 12.

 

[6] Chiffre du Ministère Israélien des Affaires étrangères à destination de la Banque Mondiale en 2012 ; ceci représente environ 2% des exportations israéliennes vers l'UE. See : http://siteresources.worldbank.org/INTWESTBANKGAZA/Resources/AHLCReportFinal.pdf , p. 13.

 

[7] Moyenne de cinq ans sur la période de à 2007 à 2011 : http://trade.ec.europa.eu/doclib/docs/2006/september/tradoc_113382.pdf . Etant donné qu'il y a plus de 4 millions de Palestiniens et plus de 500,000 colons vivant dans les Territoires Occupés, ceci veut dire que l'UE importe plus de 100 fois plus par colon que par Palestinien.

 

[8] Selon une estimation récente, le gouvernement dépense 330 millions d'euros par an pour les colonies en sus des aides et subventions distribuées annuellement aux citoyens israéliens en Israël proprement dit : http://settlementwatcheastjerusalem.files.wordpress.com/2012/07/peacenowsavingsplan.pdf

 

[9] http://siteresources.worldbank.org/INTWESTBANKGAZA/Resources/AHLCReportFinal.pdf , page 11.

 

[10] http://www.imf.org/external/country/wbg/RR/2010/041310.pdf , page 4.

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publié par la Section de Toulouse & Haut-Languedoc - dans Politique étrangère
5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 08:00
On nous prie d'insérer:
 
 "L’émission Radio Gaza du dimanche 30 septembre 2012

"La cinquième émission en français «Bonjour de Gaza »  du dimanche 30 septembre 2012, émise à partir de la radio des jeunes journalistes de Gaza, et présentée par Ziad Medoukh, a été consacrée au thème de la santé dans cette région sous blocus.
 
"En commençant de l’émission, Ziad Medoukh a remercié le Comité Solidarité Palestine de la région nazairienne, de sa participation financière à l’émission en français et à la radio des jeunes journalistes, puis il a lu quelques messages reçus.
 
"L’invité principal était Ahmed Jebril, médecin francophone, et fonctionnaire au ministère de la santé. Il a évoqué dans sont intervention  le fonctionnement et l’organisation du secteur de la santé dans la bande de Gaza, les conséquences du blocus israélien sur ce secteur crucial pour la population civile vivant dans une prison à ciel ouvert, la volonté du personnel de ce secteur de défier le blocus inhumain, la pénurie des médicaments.
 
"Il a parlé aussi du rôle de la solidarité internationale et des visites des médecins et chirurgiens venant sur place aider le personnel à affronter les nombreuses difficultés. L’invité a répondu à toutes les questions posées par Ziad Medoukh au sujet des problèmes de la santé à Gaza.
 
"Des appels depuis la France furent reçus pendant l’émission, témoignant du soutien du public francophone.
 
V Victoire
 
"Les personnes qui n’ont pas réussi à écouter l’émission en direct, peuvent la suivre depuis ce lien :
 
 
"Pour toutes propositions,  remarques et suggestions, vous pourrez envoyer des SMS au : 00972599881347, ou des courriels à l’adresse électronique : ziadmedoukh@hotmail.com 
 
"Je rappelle que vous pouvez suivre cette émission en direct et en image de chez vous, tous les dimanches à partir de 14h-heure française- sur le site: www.yjctv.ps
 
"La prochaine émission aura lieu le dimanche 7 octobre 2012, de 14 à 15h, heure française, les invités seront  deux prisonniers libérés, qui témoigneront de leur vie un an après leur libération des geôles israéliens. Ils parleront de leur existence actuelle et de leur réintégration dans la société.
 
"Pour soutenir ces prisonnier  libérés et la cause des prisonniers palestiniens, pour dialoguer avec eux en direct,  vous pourrez appeler le: 0097282863367 lors de l’émission.
 
"Merci beaucoup de votre soutien, de vos encouragements, de votre fidélité à notre émission,  et de votre confiance.
 
Ziad Medoukh"

 

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Nos Principes Élitistes-Populaires Et Ce Que Nous Offrons: "du Sang, De La Sueur Et Des Larmes" (Churchill, Qui N'était Pas D'a.f.)